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« Changer la vision que les Italiens ont de la monarchie »

Institutions. En Italie aussi la monarchie est une idée vivace. Rencontre avec Simone Balestrini qui, à la tête des Jeunes monarchistes, entend démontrer la pertinence et même la nécessité d’une institution stable et au-dessus des partis.

Vous êtes considéré comme l’étoile montante de la jeunesse monarchiste italienne, qui est donc Simone Balestrini ?

J’ai 26 ans. J’habite à Milan et je suis actuellement étudiant en droit international à l’Université catholique du Sacré-Cœur. Aussi loin que je peux remonter, depuis mon enfance, j’ai toujours été intéressé par la monarchie, tant pour les traditions qu’elle incarne que pour les cérémonies et l’histoire qui l’entoure. J’ai d’ailleurs même rédigé une thèse intitulée La monarchie au troisième millénaire, directement inspiré d’un livre de SAS le prince Hans Adam II du Liechtenstein. En 2011, j’ai commencé mon engagement politique au sein d’un parti politique en Italie tout en participant aux activités de l’Union monarchique Italienne (UMI) avant d’y adhérer en 2013 et de devenir secrétaire général du Front de la jeunesse monarchique de 2015 à 2018.

Pourquoi avoir quitté ce mouvement ?

En juillet 2018, la présidence de l’UMI a décidé de me démettre de mes fonctions de secrétaire. Ces dernières années, ma vision politique, la stratégie que je souhaitais et mes idées pour l’avenir étaient devenues complètement différentes de celles du mouvement. La monarchie doit changer pour survivre, être en phase avec son époque. Les associations monarchiques doivent suivre ce chemin pour être pérennes mais l’UMI semble incapable de le comprendre. Pour toutes ces raisons, il était préférable pour moi de commencer, avec une jeune équipe à mes côtés, un nouveau projet, différent et moderne, qui regarde vers le futur et non vers le passé.

Quel est le but du mouvement Jeunes monarchistes¹ que vous avez fondé ?

Je souhaite changer la vision que les Italiens ont de la monarchie (qui ne s’oppose pas à l’idée de démocratie ou qui ne serait pas inscrite dans le passé). Je souhaite même que les familles royales d’Italie puissent jouer à nouveau un rôle qui les mette au service de notre pays. Mes modèles sont les monarchies européennes que nous connaissons. L’Italie traverse depuis ces dernières années une difficile crise politique et sociale. Les gens ont besoin d’un nouveau projet qui s’ancre dans la stabilité et la continuité. Nous avons besoin d’un rôle de représentation plus prestigieux pour nos institutions et pour l’Europe que celui que nous avons actuellement. Je pense que la monarchie est la solution, compte tenu du rôle important que joue un monarque en tant que chef d’État (sens de l’unité, diplomatie, super partes, père du pays). N’oublions pas que la monarchie est aussi une excellente chose pour les affaires et le tourisme ! La monarchie pourrait revenir en Italie dans quelques années, et mon projet entend aider mon pays et mes concitoyens à surmonter cette crise, à envisager l’avenir avec une meilleure sérénité.

Est-ce la base de départ d’un projet plus vaste comme celui d’un vrai parti politique monarchiste qui se présenterait aux élections ?

Peut-être que oui, l’avenir nous le dira. Mais je pense que ce n’est pas encore le bon moment pour créer un parti politique. Il y a beaucoup de travail à faire avant cela !

Quelle est votre vision d’une monarchie du XXIe siècle ?

Je crois qu’aujourd’hui encore, au XXIe siècle, les monarchies européennes ont un rôle important et utile à jouer. Elles défendent l’idée de stabilité des institutions, la continuité, le prestige et assure le développement de l’économie en générant de forts revenus. Les pays gouvernés par la monarchie sont modernes, possèdent un grand sens de la démocratie, du respect de l’histoire et des traditions. La figure du monarque aide à créer un sentiment d’unité et d’identité nationale. Il est éduqué pour devenir chef de l’État et n’appartient à aucun parti politique. La monarchie doit changer constamment pour survivre, être en phase avec son époque. Cela aide le pays à rester moderne et jeune. Au cours des dernières années, nous avons constaté que certaines abdications ont été révélatrices d’un renouveau au sein de ces institutions ! Nous avons également pu voir le rôle de stabilité que jouent les monarchies, comme par exemple dans deux pays pas si éloignés de l’Europe, le Maroc et la Jordanie. Enfin, les monarchies coûtent moins cher que les républiques : la monarchie britannique coûte seulement 37,9 millions d’euros contre 221 millions pour la présidence de la République italienne !

Le monarchisme italien est divisé en deux branches, les Savoie et les Savoie-Aoste, qui revendiquent chacun le trône du roi Humbert II. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi cette guerre des trônes ?

Je me suis éloigné de cette « guerre », car ces divisions ne nous aident aucunement pour atteindre nos objectifs. Pour les partisans de la monarchie, le seul ennemi possible devrait être la République et non les branches d’une même et seule famille ! Il est désormais important de travailler tous ensemble, pour le bien commun de l’Italie et c’est ce que je fais avec les jeunes de mon équipe. Avec succès.

Un récent sondage affirmait récemment que 15 à 20% de la population italienne seraient prêts à soutenir le retour de la monarchie, abolie par un référendum truqué en 1946. Pensez-vous que la monarchie est la solution aux problèmes sociaux, politiques et économiques que connaît l’Italie ?

Bien entendu, la monarchie pourrait être une excellente solution. Les gens ont besoin d’une nouvelle stabilité institutionnelle, d’un projet ambitieux pour que puisse revivre l’Italie et lui donner plus d’énergie ! Je propose une monarchie parlementaire, utile non seulement pour un vrai projet politique, mais aussi pour notre société qui retrouvera ses valeurs, son sens de l’histoire, l’élégance de son éducation et sa culture. Les gens sont très attirés par la monarchie… regardez la Roumanie… surtout les jeunes. C’est très curieux cet engouement.Cela me motive tous les jours dans ce projet qui est le mien.

Et si la monarchie revenait en Italie, peut-on imaginer une confédération monarchique qui réunirait les différentes maisons qui ont régné en Italie avant le Risorgimento, comme les Bourbon-Deux-Siciles, les Bourbon-Parme et les Habsbourg, avec à leur tête la maison royale de Savoie ?

Bonne question. Toute dépend de l’évolution politique future de l’Italie. Si l’Italie reste unie, selon le sens de notre histoire, la famille royale la plus légitime est celle des Savoie. Cependant j’estime qu’il est important de promouvoir et soutenir chaque famille royale, toutes ont été intimement liées à l’histoire d’une région de l’Italie.

Souverainiste, populiste et identitaire, Matteo Salvini est l’homme fort du gouvernement italien. Que pensez-vous de la politique qu’il a mise en place ? A-t-il le soutien des mouvements monarchistes ?

Une partie du mouvement monarchiste soutient Matteo Salvini. Il représente le désir de changement que semblent souhaiter aujourd’hui les Italiens. En ce qui me concerne, je ne me reconnais pas dans son programme politique qui est populiste et grossier. Mon équipe et moi-même avons une idée différente de ce que doit être ce changement et le projet Giovani Monarchici le démontre sans ambiguïté ! Nous sommes pour l’Europe, pour une Europe plus forte et meilleure que ce qu’elle n’est actuellement, que nous appelons à construire pas à pas. Je souhaite développer mon projet dans différents pays européens, tisser des liens et créer une collaboration étroite entre nous tous. Nous avons plus en commun (culture, idées, histoire…) que ce que nous ne croyons.

Demain, Simone Balestrini, député monarchiste ?

Pourquoi pas ? Je suis vraiment déterminé à aider à faire redécouvrir à l’Italie toutes ses beautés… et bien entendu, la première d’entre elles, c’est la monarchie !

Propos recueillis et traduits par Frederic de Natal

 

http://www.giovanimonarchici.it/

 

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Auteur de l'article : PM