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Cette pesante manie du dialogue

On m’a fait parvenir le texte d’Ecclesiam Suam qui justifie la pratique ecclésiale du “dialogue”. Couplée avec le discours de François à Naples, ce texte est en effet remarquablement éclairant. Mes réticences à l’endroit de ce nouveau schibboleth s’en trouvent encore mieux justifiées :

1. Dans un cas comme dans l’autre, la pratique du dialogue est clairement identifiée comme une méthode pastorale d’évangélisation : « le dialogue est un moyen d’exercer la mission apostolique » (Ecclesiam Suam). Mettre de la douceur dans son enseignement, aller chercher les âmes là où elles sont et au niveau où elles sont, faire croître en elles les questionnements qui mènent à la conversion… tout cela était déjà recommandé par saint Thomas d’Aquin. Mais s’agit-il vraiment d’un “dialogue” ? Au sens où ce n’est pas un monologue, certes. Dieu dialogue avec son peuple, car il ne se lasse jamais de l’entendre récriminer. Mais si l’on entend par dialogue autre chose, alors c’est beaucoup moins évident. Quoi d’autre ? Le dialogue comme procédé heuristique pour trouver la vérité : le dialogue socratique. Il ne me semble pas que, dans ce sens, l’Église soit le moins du monde appelée à “dialoguer” avec les autres religions, à moins justement de liquider le dépôt de vérité qu’elle est supposée détenir. Une chose est d’enseigner la Vérité, autre chose de la chercher. Autre solution, alors : le dialogue comme méthode diplomatique pour trouver des solutions de compromis. Dans ce sens, effectivement, l’Église dialogue, mais en principe seulement pour éviter le pire… jamais pour dépasser ses différents avec les autres religions. C’est de “négocier” plus que “dialoguer”, dont il s’agit alors.

2. Même si on supposait que le dialogue est une méthode d’évangélisation (concedo), jamais le dialogue n’a exclu le principe de la réfutation. Contredire, montrer qu’une thèse est fausse, dénoncer l’erreur… sont aussi des moyens efficaces de dialoguer. Croire qu’on dialogue d’autant mieux qu’on se refuse au moindre discours critique est une façon assez bizarre de dialoguer. En ce cas, il s’agit moins de dialoguer que de “partager” ou “communiquer”, “communier”. D’où l’hostilité de principe de François pour toute forme de discours apologétique, qu’il compare à un art de la scolastique décadente ! Se faire des papouilles n’est pas mauvais, mais c’est tout autre chose qu’une virile disputatio ! L’étonnant est que François ne semble jamais tant vanter les valeurs de ce dialogue (où l’on n’échange que des amabilités et où l’on ne fait que se donner raison) que lorsqu’il s’agit des non-chrétiens. Avec les catholiques qui ne sont pas d’accord avec lui, il sait en revanche dénoncer l’erreur !

3. Enfin, en aucune façon dans le texte d’Ecclesiam suam, le dialogue n’engage le contenu des études théologiques. Précisément parce qu’il n’est qu’une méthode pastorale, et non pas un appel à modifier le contenu des études théologiques. Or, dans le discours de François, vous noterez que c’est bien de cela dont il s’agit : François veut que les élèves qui étudient la théologie fassent dialoguer dans leur propre formation intellectuelle l’apport du christianisme avec l’apport du judaïsme et de l’Islam. Autant dire qu’il ne s’agit plus de dialoguer pour aller plus efficacement vers l’autre, mais qu’il s’agit carrément de faire entrer l’autre en soi pour modifier une identité dogmatique trop exclusive et pas assez inclusive. C’est assez gênant, non ?

Par Damien Clerget-Gurnaud
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Auteur de l'article : PM