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Vigilance, confiance et relance

On aimerait parler d’autre chose que de Macron. Mais il réussit, avec un rare bonheur, à occuper le devant de la scène, nous laissant pantois devant tant de tranquille assurance et d’impudique certitude.

À y bien réfléchir, ce qu’il assène avec conviction est toujours contredit par les faits avant même que l’intelligence, appliquée à ses déclarations, ne finisse invariablement par conclure que le Président a dit des sottises, a affirmé sans savoir, a promis sans capacité, s’est enflammé au seul son de sa voix, a roucoulé des heures durant, ravi dans son propre monde par la grâce de son chant. Macron pérore quand même, sans péril et sans gloire, acclamé par toute la presse, conforté par ses députés, appuyé par les financiers, sans doute déçus que les réformes n’aillent plus vite plus loin mais quand même satisfaits de tout ce qui est défait qui protégeait les petits et de tout ce qui est conforté qui aidait les puissants.

Relancer la France ou le Liban ?

Comme Macron ne peut pas expliquer aux électeurs qu’il est heureux de servir la soupe aux riches et aux puissants, comme il s’échine à trouver en permanence un hypothétique second souffle pour un prétendu acte deux d’un quinquennat qui fait du surplace depuis le début, tant le Président est satisfait de lui-même quelques signaux qui lui soient envoyés, Macron est obligé, régulièrement, de prononcer de graves discours. Sur la relance, par exemple. Il en parle depuis ses débuts. On ne comprend plus bien s’il s’agit de relancer la France, l’économie, la république ou son mandat (tout ça, c’est un peu la même chose), mais il s’emploie à relancer sans relâche. Car il ne gouverne pas, il avance, il marche – et donc il se lance et relance la France. Quand, par malheur, la machine s’arrête pour des détails contrariants (une épidémie mondiale mal gérée et grossie à plaisir, une réforme mal préparée pendant un an et mal négociée pendant une autre année), Macron piaffe : que ne le laisse-t-on relancer ! au lieu qu’on lui demande de se pencher sur la France, sans prononcer de grands discours sur elle, à la Sorbonne ou en Allemagne … Mais pourquoi veut-on qu’un pur-sang nerveux, fragile, élevé pour la course et la victoire, s’échine à labourer lentement ? Alors Macron laisse aux autres le soin de décider – ce qu’ils ne font pas, ou mal – et va relancer ailleurs. En ce moment, il relance le Liban. Après l’Europe, juste avant la France, qui attend d’être relancée depuis juin et juillet, mais il y a eu les vacances, on a dû se contenter de lire que Macron voulait relancer, mais on y arrive, il a juste pris une semaine pour régler l’épidémie (qui s’est relancée elle aussi, par pure mimétisme, d’enthousiasme, pour faire comme Macron), nous bouclons ce numéro avant de tout savoir mais ça sera épatant, cent milliards et plus, c’est baptisé « France Relance », ça repose sur trois piliers doubles (avec vilebrequins intégrés et poussée axiale certifiée conforme) : environnement et transition climatique, indépendance et souveraineté, inclusion et cohésion, pleuvez, picaillons ! « Avec ce plan de relance, ce qui compte est de recréer la confiance et de dire où on va », espère un ministre, selon Les Échos, ministre qui devra « décliner ce plan dans son domaine de compétence au cours des semaines suivantes », mon Dieu, comme ça va vite !

« L’amende est le carburant de la relance confiante. »

Comme Macron n’est pas certain que la relance va fonctionner, il a prudemment fait expliquer que ce “plance” de relance est pour « préparer la France de 2030 », autant relancer loin le cochonnet, ça distraira les joueurs. En attendant, il nous exhorte à la vigilance et explique que l’inconfort grandissant dans lequel il nous plonge est, somme toute, « une contrainte raisonnable, que nous devons accepter pendant un temps », sans préciser ce temps, qui a l’air très suspendu pendant que Macron vole relancer ailleurs. Comme des chagrins s’émeuvent que les libertés soient en même temps suspendues, Macron exhorte les bons citoyens à la vigilance. Vigilance est un mot que Macron aime bien, il l’emploie régulièrement : ça veut dire que nous devons nous surveiller les uns les autres. C’est une des valeurs de la République. Surveille ton prochain comme toi-même, sois vigilant, dénonce ton voisin, indigne-toi et parles-en aux autorités compétentes, qui verbaliseront, car « l’amende est le carburant de la relance confiante », comme le dit très bien un proverbe de Bercy. Voilà, dans une France que Macron relance, le citoyen place toute sa confiance dans la vigilance. Il veille sur les autres, et réciproquement. Au loin, tous voient Macron caracoler à Beyrouth, Berlin ou Bruxelles. On leur a dit que c’est un spectacle réconfortant. Espérons qu’ils vont s’en lasser.

 

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Auteur de l'article : Philippe Mesnard

Publication de l'article : 2 septembre 2020