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Tous fachos !

Après l'extension du domaine de la lutte, voici l'extension du domaine du fascisme.

Le mot est désormais employé à tort et à travers par les progressistes les plus intransigeants dont le credo peut se résumer à ceci : « pensez comme nous, ou fermez-là !« . C’est à présent le magazine Causeur qu’un réseau social bien connu qualifie d’extrême-droite, quand sa rédactrice-en-chef, Mme Lévy, est pointée du doigt comme membre de la « fachosphère ». On croit rêver.

Alors voilà. L’auteur de ces lignes est en litige avec un réseau social, mondialement connu, dont il taira cependant le nom afin de ne pas perturber la sérénité des débats. Ce réseau a décidé de le faire mourir, sinon réellement, du moins virtuellement. On l’a désactivé, comme on dit pudiquement dans le jargon de ces gens, c’est-à-dire qu’on l’a enjoint de fermer son clapet, car c’est un très vilain garçon. Il n’est pas le seul à se trouver dans ce cas, il s’en faut de beaucoup. Ce réseau sans nom exerce sa censure avec de plus en plus de sévérité, car les vilains garçons et les vilaines filles se multiplient à l’envi. A moins que ce ne soit ce réseau qui se montre de plus en plus ombrageux – Allez savoir !

Selon que vous serez puissant ou misérable

Le crime du susdit auteur (du moins le principal) ? Avoir partagé, certain jour dont il n’a pas souvenance, un article du magazine Causeur dans lequel Mme Chazaud traitait des sanctions prononcées par un tribunal correctionnel, que l’on ne nommera pas non plus, à l’encontre de quelques membres d’une association identitaire, aujourd’hui dissoute (notez la prudence de Sioux qu’il convient d’observer pour échapper à une nouvelle censure pour le cas où quelqu’un aurait l’idée saugrenue et, pour tout dire, nauséabonde, de partager cet article), lesquels avaient mené une action pacifique (mais rappelant tout de même les heures les plus sombres de notre histoire), quelque part dans l’un de ces jolis massifs montagneux dont s’enorgueilli le doux pays de France. En l’occurrence, Mme Chazaud, philosophe et essayiste de son état, jugeait ces sanctions un peu excessives ce qui, après tout, est bien son droit. Une cour d’appel (elle aussi anonyme), lui donnera d’ailleurs ultérieurement raison en relaxant les galapiats.

Le texte, commentant une actualité politique et judiciaire, n’exprimait aucun soutien à l’organisation ou à ses membres. Il se bornait, en gros, à dire : « là, les juges ont peut-être tapé un peu trop fort et cela ne se justifiait probablement pas en droit. » Le partage, de même, ne précisait en rien ce qu’inspirait la décision de justice au partageur ayant partagé. Mais le réseau mondialement connu, très à cheval sur les avis qu’il est permis d’avoir, vit dans l’article et dans le partage l’apologie d’une organisation incitant à la haine ce qui, convenons-en, est très mal, du moins lorsque les faits sont avérés, ce qui n’était nullement le cas, mais on ne va quand même pas se formaliser pour si peu. Ce qui importe, c’est l’avis du réseau, lequel incarne l’opinion des Gentils, des déboulonneurs de statues, des contempteurs du mâle blanc hétérosexuel, des « éveillés » de tous poils, de ceux qui pensent que l’importance d’une vie dépend de la couleur de peau de la victime, bref des progressistes dont le credo se résume à ceci : « pensez comme nous ou fermez-là !« . Ce n’est pas non plus comme si ce réseau hébergeait les pages de personnalités comme l’ayatollah Ali Khamenei (guide suprême de la République iranienne, pays dans lequel on pend les homosexuels et les femmes adultères, on jette les avocats en prison, on fouette les femmes qui osent se dévoiler, etc.), de MM. Tariq et Hani Ramadan (prédicateurs musulmans intégristes, l’un d’entre-eux ayant déclaré qu’une femme non voilée vaut moins qu’une pièce de deux euros qui passe de main en main), de M. Idriss Sihamedi (qui sur un plateau de télévision a affirmé ne pas serrer la main aux femmes et a explicitement refusé de condamner les exactions de Daesh) de M. Sylvain Afoua (président de la Ligue de défense noire africaine et repris de justice notoire) ou de Mme Houria Bouteldja (fondatrice des Indigènes de la République et auteur du livre polémique – pour ne pas dire plus – intitulé « Les blancs les juifs et nous« ) ou encore une page à la gloire du dictateur Saddam Hussein. Ah, si ! c’est le cas ! Bon, passons. N’en faisons pas tout un plat et souvenons-nous de La Fontaine : « selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous feront blanc ou noir. »

La fachosphère ? un merveilleux fourre-tout

Mais ce n’est pas encore la cerise sur le gâteau. Dans les conclusions déposées à l’encontre du soussigné, les avocats du réseau mondialement connu ont cru bon de préciser que Causeur est un magazine d’extrême-droite et Mme Lévy, son rédacteur-en-chef, un membre de la fachosphère (un frisson me parcourt l’échine), autant dire quasiment une nazie.

Ah ! la fachosphère, ce merveilleux fourre-tout dans lequel les Gentils (voir la description complète ci-dessus) enfournent, sans distinction, tous ceux qui ne partagent pas (fut-ce pour partie seulement) leur conception du progrès. C’est que les Gentils sont partisans de « la démocratie des gens d’accord« , comme l’auteur de ces lignes l’a naguère expliqué dans ce magazine [1]. En résumé, tout ce qui contrarie le credo progressiste (en réalité une idéologie haineusement réfractaire à toute forme de contradiction) est, au mieux, tourné en ridicule, au pire présenté caricaturalement comme une opinion dangereuse et obscurantiste aussitôt étiquetée « fachosphère« , sans billet de retour.

D’extrême-droite, donc, Causeur, qui accueille ou a accueilli au fil du temps des auteurs, des journalistes, des philosophes, des essayistes provenant d’horizons variés, depuis le philosophe Alain Finkielkraut en passant par Marcel Gauchet, François Tallandier, Luc Rosenzweig (ancien journaliste du Monde), Jérôme Leroy (communiste, qui a aujourd’hui quitté la rédaction), Régis de Castelnau (avocat honoraire, communiste lui aussi – et ancien conseil de la C.G.T. -), Chantal Delsol (éminente intellectuelle, membre de l’Académie des sciences morales et politiques), Roland Jaccard, Malika Sorel, Natacha Polony (rédacteur-en-chef du magazine Marianne) ou encore le célèbre essayiste Pascal Bruckner.

Membre de la Fachosphère, donc, Mme Lévy, qui certes vient de la gauche souverainiste (souverainiste, c’est très mal. Retenez !), mais qui appela aussi à voter pour François Mitterrand en 1988 avant de devenir la compagne de route de M. Chevènement et de cofonder la Fondation Marc-Bloch (du nom du célèbre résistant juif fusillé par les nazis). Surtout, ne riez pas !

Babar et Pépé le Putois

Il est vrai qu’on peut légitiment désespérer d’un monde dans lequel ce bon vieux Babar incarne l’archétype du colonialiste, Pépé le Putois le prototype du harceleur, Speedy Gonzalez et les chats siamois de ‘La Belle et le Clochard » des caricatures racistes ou le prince charmant, qui a le culot d’embrasser la Belle au bois dormant sans son consentement, un violeur en puissance.

Tout ceci passerait pour drôle si ce n’était tragique. Car ce qui se trouve derrière ces affirmations grotesques n’est rien d’autre qu’une forme de terrorisme (à peine) intellectuel qui revient à disqualifier toute pensée divergente ou, mieux, à dissuader de l’exprimer, en renvoyant fantasmatiquement aux régimes honnis que sont le fascisme et le nazisme lesquels, pourtant, ne sont vraiment plus de saison sous nos climats. Comme l’écrivait Henri Lemaître, exhiber le fascisme à tout bout de champ comme un épouvantail, le plus souvent sans raison, conduit inévitablement «  […] selon la pente qui est celle de la passion […] à marquer du sceau infamant du fascisme tout ce que [l’on] n’aime pas. »

[1]  Politique MagazineLa démocratie des gens d’accord – Politique Magazine

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Auteur de l'article : Eric Cusas

Publication de l'article : 15 mars 2021