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Jupiter au-dessus des lois ?

Ce qui fonde désormais l’obéissance des Français, c’est la volonté du président.

C’était au début du mois de novembre. Alors que le deuxième confinement commençait, un jeune secrétaire d’État, le dénommé Gabriel Attal, commettait une grosse bourde en laissant entendre que le couvre-feu (l’interdiction de sortir entre 21 h et 6 h) serait également applicable en plus du nouveau confinement décidé fin octobre. Autrement dit, les Français auraient cumulé deux régimes restrictifs : celui du nouveau confinement et celui du confinement nocturne qui date de la mi-octobre 2020, déclenché dans les grandes villes de France, mais pas sur tout le territoire national. Une telle confusion – qui révèle des carences dans le raisonnement juridique et même dans le raisonnement tout court… – est révélatrice du mépris le plus complet pour la loi. Car Macron n’en a cure. Pour lui, la loi, c’est ce que doivent subir les Français. C’est surtout ce que lui a décidé. Point barre. Ou comment en plein XXIe siècle, une élite s’investit de la mission de définir le bien commun à défaut de le respecter. Les exemples ne manquent pas. Ils abondent.

Macron fait du Hollande (et en pire)

Petit retour en arrière. Il y a quelques mois, en juin 2020, Emmanuel Macron invitait le Garde des Sceaux à se pencher sur l’affaire Traoré, cette histoire où un jeune serait décédé à la suite d’un plaquage ventral effectué par de gendarmes. Un dossier pourtant dans les mains de magistrats chargés de l’instruire. Quand une affaire était traitée par des juges, les hommes politiques avaient au moins le courage (ou la peur ?) de parler de séparation des pouvoirs et d’indépendance de la justice. Pas chez Macron qui demande au ministre de la justice de l’époque, Nicole Belloubet, de recevoir la famille Traoré. Macron ne veut sacrifier qu’à un seul tribunal : celui de l’opinion publique. Alors qu’Adama Traoré semble loin d’avoir été l’innocent qu’ont voulu dépeindre ses partisans, Macron a préféré s’asseoir sur le droit pour ne pas déplaire à une élite de gauche. Macron a fait du Hollande. Mais en pire.

L’état d’urgence sanitaire improvisé

Autre retour en arrière. Le premier confinement a été décidé non sans improvisation. Pris en application d’un obscur article du Code de la Santé publique adopté en 2007, le confinement a finalement dû se fonder sur un régime d’exception, prévoyant une restriction des libertés publiques : l’état d’urgence sanitaire. Mais voilà : alors que la loi qui institue l’état d’urgence sanitaire est promulguée le 23 mars 2020, le gouvernement prend le même jour le décret qui prescrit les mesures générales nécessaires pour faire face à l’épidémie. En toute logique, la procédure aurait dû être la suivante : d’abord la loi, puis le décret qui ne pouvait au mieux qu’être pris le lendemain de la publication de la loi au Journal officiel. À partir du moment où les choses étaient enclenchées avec un confinement décidé le lundi 16 mars 2020, qu’est-ce qui coûtait d’attendre quelques jours ? Rien, si ce n’est une volonté de confiner le plus rapidement possible les Français…

La preuve par la messe…

C’est probablement l’aspect religieux qui résume le mieux les contradictions de la crise sanitaire et, au-delà, les ambivalences de la société moderne. Comme en mars 2020, les offices publics sont interdits par le décret du 29 octobre 2020. Ils sont relégués au rang de services « non essentiels » (sic). On pourra donc se réunir dans les supermarchés, laisser ouvertes des écoles où les élèves sont entassés, mais quand il s’agit de prier, c’est impossible ! Le plus triste est que des écoles ouvertes ont continué à propager le Covid. La raison de leur ouverture ? Les parents qui n’ont pas envie de rester en journée avec leur progéniture… Autrement dit, le gouvernement LREM a préféré écouter les parents d’élèves enragés que les cathos minoritaires. En revanche, les fidèles peuvent prier individuellement à l’église. Dans ce cas, le prêtre qui dirait la messe seul, mais dans une église où des fidèles seraient réunis, ne célèbre pas un office public. Ou plutôt si, dès lors que les fidèles s’unissent spirituellement au prêtre… On frise l’absurdité d’une interdiction, car rien n’empêche des fidèles présents de s’unir à la liturgie du prêtre sans pour autant communier. Alors, c’est interdit ou non ? Il en ressort une chose : on est en plein arbitraire et c’est tout simplement à la tête du client, selon son poids médiatique, politique et social que les décisions sont prises. Jauger selon un rapport de forces ? C’est bien la preuve que l’on se moque de la loi.

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Auteur de l'article : Jean Bouër

Publication de l'article : 3 décembre 2020