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Quel sang pour un drone ?

Existe-t-il marronnier plus pénible que la critique journalistique des excès de Donald Trump ? De l’essence de sa chevelure à ses amitiés russes, le lecteur aura découvert le personnage sous toutes ses coutures par la benoîte entremise de rédactions postulant que #POTUS ferait vendre puisque les gens le détestent.

En Orient, la consternation est mieux établie. Inscrit dans la longue tradition américaine, il est bénéficiaire, et son pays avec lui, d’un ordre né du chaos qui enrichit les entreprises tout en damnant Washington. Ses récentes divagations sur l’opportunité d’un bombardement de Téhéran le démontrent encore.

Téhéran … Ce chauffeur de taxi qui nous engueulait car, circonspects, nous refusions de lui donner notre avis sur la République islamique qu’il ne portait pas en son cœur. Cette bande de jeunes lycéennes qui nous poursuivit pour apprendre de nos voix ce que la France pensait de leurs voiles. Nous nous en sortîmes mieux en leur faisant remarquer que nous avions bien compris le jeu de leurs aînées quand le hasard contraignait le tissu à tomber sur leurs épaules une dizaine de fois en un court instant. Les musées qui n’ouvrent que dans la matinée, ce directeur d’hôtel qui exigea que nous lui livrions nos téléphones portables afin d’y installer immédiatement l’application idoine pour explorer ce que nous souhaiterions d’internet. Nous prétendîmes ne pas comprendre son sous-entendu.

Le « camp du bien » met au ban du monde des pays qui pratiquent une charia bien plus implacable

L’Iran est une civilisation. Et nous sommes trop chrétiens pour acquiescer à tout ce que l’islam politique y impose. Mais les poèmes d’Hafez, les cars nocturnes, cette doctorante en littérature française croisée au hasard d’un aéroport régional, les marchés d’Ispahan… Tout cela est tellement loin des horreurs qu’on nous dit y trouver. Tout cela exsude une liberté qui n’a aucun besoin de pressions occidentales, de bombardements libéraux ou de correspondant des Échos pour mettre à bas ce qui doit l’être. Les chrétiens iraniens ont leurs clubs, leurs rues, leurs paroisses. Téhéran y exerce un contrôle trop important pour que nous puissions nous en satisfaire. Il faut qu’un Iranien puisse devenir chrétien sans ne risquer rien d’autre qu’accroître ses devoirs envers son pays. Il faut, c’est certain, que les mœurs n’y soient plus le sujet d’une police mais l’objet d’une harmonie sociale. Je ne crois néanmoins pas que le « camp du bien » mette au ban du monde des pays avoisinants qui pratiquent une charia bien plus implacable que celle-ci.

Il faudrait que Donald Trump médite le constat amer de Pierre et Christian Pahlavi : « Rétrospectivement, lorsqu’on s’attarde sur les origines de la Révolution islamique de 1979, il est difficile de ne pas remarquer que tout a commencé avec les discours prodémocratiques du président Carter contre le régime Pahlavi. Les historiens réalisent à quel point l’hostilité idéologique du président américain vis-à-vis du Chah a accéléré la chute de ce dernier, scellé le destin de l’Iran et influencé celui du monde ». Iranité ? Perséité ? Axe chiite ? Chacun débat pour comprendre le creuset de l’identité iranienne. Et l’histoire montre aisément combien le réveil chiite du pays fut intrinsèquement lié à la résistance à l’occupant ottoman. Toute contrainte qu’elle soit, la jeunesse iranienne ne sera pas entraînée par les sirènes du vaste monde pour soutenir une agression armée contre son pays. Pis, nous savons bien qu’en agissant de la sorte les États-Unis ne feraient qu’encourager les plus intransigeants. La politique actuelle d’asphyxie économique de l’Iran n’a d’ailleurs pas d’autre conséquence.

Le zoroastrisme d’aujourd’hui, douce méditation devant un feu inextinguible, n’a que peu à voir avec ce que fut la radicalité de sa foi originelle. Alentours de Yazd, nous vîmes les tours du silence. Nous mîmes nos pas dans ceux des familles qui, quelques millénaires avant nous, déposaient là le corps des défunts. Était-ce cruor ou sanguis qui coulait des cadavres ? Nous préfèrerions que Donald Trump ne nous donne pas à en connaître.

Par Charles de Meyer, Président de SOS Chrétiens d’Orient

 

  • Pierre et Christian Pahlavi, Le Marécage des ayatollahs, Perrin, 2015
  • Houtchang Nahavandi, Yves Bomati, Les Grandes Figures de l’Iran, Perrin, 2015

 

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Auteur de l'article : PM