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Bérézina médiatique pour l’ICES sur fond de troubles place Napoléon

Le communiqué publié par l’Institut Catholique d’Etudes Supérieures le 31 mai arriva deux jours après celui du parquet de la Roche-sur-Yon qui, pour sa part, avait anticipé le pont de L’Ascension. Alors que les autorités judiciaires annonçaient dès mercredi la convocation de douze jeunes gens devant le tribunal correctionnel pour des faits allant d’injures en raison de l’orientation sexuelle aux violences en passant par la dissimulation du visage dans un espace public et le vol avec dégradation, l’ICES annonçait une longue série d’exclusions en parallèle des travaux du ministère public.

Pour rappel, le 18 mai dernier, le centre LGBT Vendée publiait la vidéo d’un groupe d’une quinzaine de personnes s’infiltrant dans un stand qu’ils avaient monté sur la place Napoléon, crevant les ballons de baudruche arc-en-ciel placés en décoration et renversant un panneau sur lequel flottait un drapeau LGBT, le tout en scandant slogan « homo-folie, ça suffit ». L’action en elle-même fut rapidement qualifiée de stupide et contre-productive par un grand nombre d’acteurs locaux dont La Manif Pour Tous 85 qui se réservait le droit d’engager des poursuites judiciaires (l’un des jeunes activistes arborant un sweat LMPT). L’agitation politique et médiatique fut immédiate, la secrétaire d’État Marlène Schiappa ouvrant le bal. Dès dimanche, elle publia un tweet condamnant l’action homophobe de la place Napoléon et fut suivie de près par Bruno Retailleau, sénateur de la Vendée et président du groupe Les Républicains au sénat. Le préfet de la Vendée reçut pour sa part le centre LGBT Vendée afin de lui apporter son soutien et le premier maire yonnais de droite depuis 1945 condamna la haine des agresseurs ; cependant que Mareva, militante du centre LGBT Vendée, reconnaissait sur TF1 le caractère anodin des « ballons éclatés et de [l’arrachage] d’un drapeau ».

Tout ceci est plutôt ordinaire dans une France de 2019 dans laquelle chaque fait divers peut devenir un scandale municipal voire national et même étatique en quelques heures grâce au bon vouloir des politiques et de leurs collaborateurs aux comptes Twitter acérés. Mais c’est la politique de communication de l’ICES, qui peut paraître incompréhensible par l’espace inespéré qu’il a offert à ses détracteurs, qui nous intéresse.

Des mesures disciplinaires

Dans un même communiqué publié le lundi 20 mai, le directeur de l’ICES, Eric de Labarre, assurait que, hors de l’ICES, les étudiants mis en cause étaient responsables de leurs actes et devraient en répondre devant la justice et en même temps annonçait des mesures disciplinaires exemplaires contre ces jeunes. Alors que les premières auditions par la police n’étaient pas toutes terminées, les étudiants suspectés d’avoir participé à cette action seraient convoqués en conseil de discipline le 28 mai (qui a donné lieu le 31 mai à 12 exclusions dont 3 immédiates). Dès le lundi 20 mai, en parallèle du communiqué officiel de l’institution, le directeur ainsi que son chargé de communication digitale, Cyril Pasquier, demandent aux présidents d’associations étudiantes d’assurer le centre LGBT Vendée de leur attachement à la lutte contre l’homophobie et la transphobie. Sans même avoir consulté le bureau des étudiants (BDE), seul organe élu pour représenter les 1300 étudiants de l’ICES, la direction annonce au président du BDE et à ses équipes, jugés trop conservateurs, qu’ils sont démis de leur mandat et qu’un nouveau BDE prendrait leur suite dans la matinée pour signer la tribune au nom des étudiants. Par la suite, l’ICES s’attèlera tout au long de la semaine à faire remonter un maximum de commentaires publiés par des étudiants visiblement de gauche et athées revendiqués afin de donner une « meilleure » image de l’institution. La structure tentera même de lancer une pétition en ligne pour dénoncer les mouvements radicalisés de l’ICES sur la plateforme Avaaz spécialisée dans la défense de causes liées par exemple à l’écologie ou aux migrants. En parallèle, les commentaires de soutien aux étudiants mis en cause sont immédiatement censurés et Cyril Pasquier ira jusqu’à appeler certains anciens élèves très mobilisés contre ce qu’ils considèrent être une injustice et un reniement. L’un d’entre eux, qui a passé quatre ans à l’ICES il y a près de dix ans, a été lui-même contacté par le community manager de l’université catholique :

Cyril Pasquier m’a en effet appelé pour me demander d’arrêter d’écrire des commentaires en soutien aux mis en cause suite à l’affaire de samedi [18 mai]. Je lui ai répondu qu’en aucun cas je ne souhaitais écorner l’image de l’institut dans lequel j’ai étudié durant 4 années, mais que je ne laisserai pas non plus ses dirigeants actuels se renier et livrer de jeunes étudiants en pâture aux médias et aux lobbys LGBT pour faire bonne impression. Dans tous les cas j’ai rejoint l’ICES pour la liberté de ton que nous offrait cette université qui se disait libre mais aujourd’hui je ne me reconnais plus dans mon école, plus soucieuse du politiquement correct que du bien commun. Un certain nombre d’anciens pensent comme moi et le font savoir.

En effet, un certain nombre d’anciens appellent aujourd’hui à se mobiliser pour demander leur radiation de la liste des Alumni de l’ICES en envoyant un message de regret.

Adrien, un ancien étudiant, nous fait suivre le texte qu’il a lui-même reçu de ses anciens camarades et envoyé au directeur : « Je ne me reconnais plus dans le projet porté par l’ICES » [dans la] « soumission totale de votre direction au lobby LGBT », « l’ICES n’est plus une faculté libre », « désormais je déconseillerai fortement cette université à ma famille et à mes connaissances » sont d’autant de formules trahissant l’amertume de jeunes professionnels pour qui l’ICES fut un creuset intellectuel et un exemple d’engagement.

Soumission totale au lobby LGBT

Ce qui a particulièrement fini d’exaspérer ces jeunes, c’est également l’instrumentalisation maladroite de la doctrine de l’Eglise catholique par l’ICES dans son communiqué du 21 mai. En effet, ce dernier fait apparaitre dans les attendus justifiant les lourdes sanctions « son engagement à promouvoir la pensée sociale de l’Eglise ». Or rappelons que la pensée de l’Eglise ne condamne à aucun moment l’homosexualité mais exige qu’elle soit vécue dans une stricte chasteté, ce qui semble être aux antipodes de la vision des activistes LGBT que l’ICES s’évertue à soutenir bec et ongles depuis quinze jours. Également, il semble aberrant de se réclamer des enseignements de l’Eglise alors qu’on sacrifie médiatiquement les jeunes dont on a la charge pour redorer son blason. En effet, dès les exclusions annoncées, elles furent communiquées via twitter par l’ICES à plusieurs médias dont Médiapart, L’Humanité et Libération afin de les assurer de sa pleine coopération.

Comment en est-on arrivé là ? Comment l’ICES a-t-il pu déclarer le message porté maladroitement par ces jeunes comme contraire à l’esprit de l’Eglise tout en félicitant d’autres étudiants qui s’étaient rendus à la manifestation LGBT du vendredi 24 mai en sweat floqué aux couleurs de l’établissement alors même que la vision prônée par l’Eglise est au cœur du combat d’opposition que mènent ces lobbys ? Comment le directeur de Labarre, chevalier de l’ordre équestre du Saint Sépulcre, s’est-il laissé déborder aussi largement sur son aile gauche ? Pour certaines sources proches du dossier, deux forces auraient été particulièrement à l’œuvre pour faire basculer le positionnement de l’ICES qui, par sa liberté de ton, dérangeait le paysage local depuis sa création en 1985.

Tout d’abord, l’ICES a dû faire face à une hostilité politique importante, mise en œuvre par les mouvements LGBT puis portée par Marlène Schiappa. Cette hostilité gagna aussi bien les élus de gauche que de droite, ces derniers craignant à quelques jours des européennes de se retrouver plongés dans un scandale homophobe. Il était donc naturel que la presse quotidienne régionale et la presse nationale se saisissent à charge du dossier poussant les acteurs locaux à s’engager dans un cercle vicieux de dénonciation et de distanciation. L’ICES, qui est depuis des années au centre des débats houleux entre majorité et opposition au conseil général quant aux subventions lui étant accordées et substantiellement liées à son fonctionnement, se retrouvait alors menacé de se voir couper les vivres. Dans un rapport de 2017, le haut conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement soulignait d’ailleurs cette dépendance et préconisait l’institutionnalisation de partenariats avec les milieux socio-économiques. Bien qu’il soit en partie du ressort des élus de dénoncer les dysfonctionnements au sein de la Polis, cet empressement et ce manque de mesure alors que l’enquête de police suivait son cours n’ont-ils pas nui au droit qu’avaient les jeunes mis en cause à une justice disciplinaire équitable et dépassionnée ? Là encore nous assistons à un deux poids deux mesures, alors que le député ex-LREM M’jid El Guerrab, mis en cause en 2017 pour violences volontaires avec arme, a été nommé en janvier 2019 dans la commission d’enquête sur les violences liées à l’extrême droite ou qu’Olivier Serva, qui avait qualifié l’homosexualité d’abomination, est aujourd’hui président de la délégation aux Outre-mer à l’Assemblée Nationale et affilié LREM…

ICES en faveur du mariage pour tous ?

La seconde dynamique qu’ont dû affronter les équipes de direction de l’ICES sont les forces internes qui jusqu’à présent se faisaient relativement discrètes au sein d’un établissement encore majoritairement conservateur mais qui ont saisi l’occasion pour enfin faire porter leur voix et démontrer le changement latent de paradigme. En effet, outre certains étudiants et présidents de groupes étudiants envoyant des invectives par message privé à ceux commentant la page de l’ICES en faveur des mis en cause, certains professeurs et membres du corps administratifs ont exercé des pressions très fortes. L’un des fers de lance de la fronde : Loïc Floury, responsable de la filière économique de l’ICES, qui, lorsqu’on lui demande s’il serait en faveur d’un conseil de discipline pour un jeune professant le strict catéchisme de l’Eglise catholique relatif à l’homosexualité, répond tout de go : « oui nous sommes fondés à le passer en conseil de discipline. Relisez le règlement intérieur. » Dès 2012, alors que le débat s’amorçait autour du mariage pour les couples de même sexe, ce dernier par voie d’article militait déjà en faveur. Nous ne reviendrons pas sur le rôle du gestionnaire de la communication digitale, Cyril Pasquier, qui fut la face publique d’un ralliement volontariste à la cause LGBT.

Alors que plusieurs autres professeurs « canal historique » ont également fait savoir leur désapprobation des méthodes employées par la direction de l’ICES en sacrifiant ses étudiants pour se dédiaboliser, il semblerait que la stratégie empruntée par Eric de Labarre marque un tournant dans l’histoire de l’Institut fondé par Philippe de Villiers et dont la devise, « l’Audace d’être libre » a façonné des générations d’étudiants. Malgré la richesse des programmes et des enseignants de l’institutions vendéenne, il semblerait cependant que le changement de population chez les étudiants et les salariés et la dépendance financière de la structure n’augure rien de bon quant aux orientations futures de l’établissement.

Par François Lecahm
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Auteur de l'article : PM