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Crise du coronavirus : mais qui sont les experts officiels ?

La République s'est dotée d'un Conseil scientifique à la hauteur des enjeux : docile, relativiste, léger, et surtout présidé par un partisan inconditionnel de la Macronie.

Le développement des organismes consultatifs, des comités d’experts et des conseils scientifiques, cela existe partout. Y compris dans le domaine médical et sanitaire, comme on a pu le voir dans la crise du coronavirus. Ainsi, le « conseil scientifique Covid-19 », créé le 11 mars 2020, a été métamorphosé en « comité de scientifiques constitué au titre de l’état d’urgence sanitaire déclaré pour faire face à l’épidémie de Covid-19 » par décret du 3 avril 2020. Il s’inscrit dans « l’état d’urgence sanitaire » institué par la loi du 23 mars 2020. À l’origine, il a pour objet d’« éclairer la décision publique dans la gestion de la situation sanitaire liée au coronavirus ». Le 12 mars 2020, le conseil scientifique se réunit même en présence du président de la République, juste avant le premier tour des municipales. Il se prononce notamment contre la fermeture des frontières, et pour le maintien des élections. Concernant la première interrogation, le conseil avait tranché : « la fermeture des frontières n’aura pas d’impact notable sur les chaînes de transmission, qui sont locales. Il y a un consensus scientifique pour dire que, lorsqu’une épidémie croît rapidement dans un pays voisin, la fermeture des frontières ne fait que légèrement retarder le démarrage de l’épidémie locale ». Un tel jugement rend dubitatif, car quelques jours après, tous les pays d’Europe, dont la France, ont fini par fermer leurs frontières. Quant aux élections municipales, tout en estimant que la décision du report est « politique », « il n’identifiait pas d’argument scientifique indiquant que l’exposition des personnes serait plus importante que celle liée aux activités essentielles (faire ses courses) ». Au regard de la polémique qui a enflé après le premier tour, cela laisse aussi songeur. Le discours scientifique est aussi fait d’incertitudes et d’erreurs. Les experts émettent des opinions.

« Je ne sais pas ce que sont le bien et le mal » (sic)

Le parcours des différents experts nommés révèle quelques surprises. Commençons par son président, Jean-François Delfraissy. Ce médecin immunologiste est également le président du Comité national consultatif d’éthique, le fameux CCNE qui se prononce sur les questions sociétales (PMA, fin de vie, etc.). Le 25 septembre 2018, le CCNE avait rendu un avis favorable à l’extension de la PMA pour toutes les femmes. Quelques mois plus tôt, à nos confrères de Valeurs actuelles, Jean-François Delfraissy déclarait doctement ne pas savoir ce que sont le bien et le mal. « Je ne sais pas ce que sont le bien et le mal, et vous avez de la chance si vous le savez vous-même ! » Non sans masquer un insipide et convenu catéchisme « évolutif » : « On a une société qui évolue, il y a donc une série de valeurs qui peuvent évoluer. La notion de valeur est relative. Il n’y a pas de valeur absolue. » Petite question : si on impose le confinement pour épargner des vies, n’est-ce pas parce qu’il nous reste un peu de « valeurs », qui, finalement, ne sont pas si relatives ? Il y a encore peu de temps, le 21 janvier dernier, le même Delfraissy défendait le remboursement de la PMA pour toutes au motif que « ne pas rembourser c’est créer aussi une certaine forme d’inéquité ». Quand on sait que la crise du coronavirus a soulevé la question de la pertinence de certains choix financiers antérieurs en matière de santé publique, une telle priorité de l’élite médicale laisse songeur…

Des découvertes étonnantes

Le professeur Bruno Lina est un virologue. En matière de virus, il s’y connaît donc. Pourtant, une page du site internet de France 3 Auvergne Rhônes-Alpes nous apprenait que le 23 janvier 2020, ledit professeur estimait qu’« on est donc face à un virus à transmission respiratoire qui provoque des infections pulmonaires graves, mais pas à un virus extrêmement dangereux comme a pu l’être le SRAS » (le nom de cet autre virus mortel venu de Chine qui avait sévi en 2003). Il y allait tout de go : « en comparant, on voit tout de suite qu’on n’est pas du tout dans la même gamme de dangerosité. Ce virus a affecté 400 personnes et fait 9 décès. Au même stade, le SRAS, lui, avait déjà causé 200 décès pour 400 cas. De plus, la mortalité a été observée chez des personnes qui souffraient de maladies cardiaques ou respiratoires chroniques et qui étaient relativement âgées. » On peut être un expert renommé et ne pas être en mesure d’anticiper la gravité d’un problème. Scientifique, mais pas prophète. En revanche, son collègue Arnaud Fontanet, épidémiologiste et membre de l’Institut Pasteur, a été plus lucide sur la dangerosité du coronavirus, et ce avant même que la polémique n’enfle. Le 25 février 2020, sur France Inter, il constatait qu’« avec le coronavirus, on a des inquiétudes légitimes par rapport à un virus qu’on ne connaît pas et dont on ne connaît pas le potentiel évolutif ». Il aurait même spécifié la particularité du coronavirus, rappelant qu’« avec les morts de la grippe (…) il s’agit de morts indirectes ». « Ici avec ce nouveau coronavirus, les cas vont être comptés et les décès sont rapportés directement au virus ». Bref, à défaut d’être Cassandre, il aurait au moins été l’oracle Apollon. Curiosité : son père, Joseph Fontanet, fut une figure du MRP. Un ancrage plus à « droite » que celui de ses collègues ? N’extrapolons pas trop.

Et les autres ?

D’autres personnes ne doivent leur notoriété qu’à l’actuelle crise du Covid-19. C’est le cas de Lila Bouadma, réanimatrice à l’hôpital Bichat, ou de Pierre-Louis Druais, médecin de ville. Denis Malvy et Yazdan Yazdanapanah sont infectiologues. Daniel Benamouzig, est un sociologue, spécialiste des questions de santé. On sait juste qu’il a cosigné une tribune favorable à l’institution d’une « assurance complémentaire universelle », relayée par le site de l’Humanité, et qu’il n’apprécie pas le « néolibéralisme ». Profil de gauche, mais sans plus. Laëtitia Atlani-Duault est une anthropologue et spécialiste de la fabrique de l’aide humanitaire. Elle a écrit sur la question de l’anthropologie de l’aide humanitaire et semble admettre que le phénomène de « catastrophe » participe d’une construction sociale. L’occasion de dire que la crise du Covid-19 en est une ? En outre, elle est membre de la « commission indépendante sur les abus sexuels de l’Église » (CIASE). Simon Cauchemez est un modélisateur, qui a largement planché sur la propagation des épidémies et sur les stratégies mises en place dans les différents pays. Quant au cancérologue Franck Chauvin, il est depuis avril 2017 le président du Haut conseil de la santé publique, qui a fait preuve de cafouillage dans le feuilleton de la chloroquine. Non recommandée, puis autorisée le 26 mars 2020, avant d’être limitée aux cas graves le lendemain… Vous avez dit chloroquine ? Justement, son promoteur, le Professeur Didier Raoult, s’il s’est mis en retrait du conseil scientifique du Covid-19, figure dans le comité créé le 3 avril dernier. Le seul profil iconoclaste d’un milieu bien rangé ?

Illustration : Bien abrité sous le parapluie de l’Élysée, Jean-François Delfraissy pense que la déconfinement est « un défi collectif qu’on ne réussira qu’avec l’acceptation de chacun ». Son maître mot est l’acceptation.

 

 

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Auteur de l'article : Jean Bouër

Publication de l'article : 11 mai 2020