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Vox clamans ad Dominum

Pionnier du théâtre pour la jeunesse et de la décentralisation artistique, Léon Chancerel publia Le Pèlerin d’Assise en 1923. Jacques Chailley en tira un recueil de belles mélodies en 1942. Et le suisse Pierre Kaelin (1913-1995) s’en inspira pour célébrer les 50 ans du chœur mixte de Saint-Nicolas. L’oratorio Messire François vit le jour à Fribourg le 29 novembre 1955, obtint le grand prix de composition Italia décerné par la RAI et fut repris au Canada en 1981 à l’occasion du 800e anniversaire de la naissance de saint François.

Ordonné prêtre en 1937, Kaelin avait poursuivi sa formation musicale à Paris sur les conseils de l’abbé Joseph Bovet. Il fréquenta l’École César-Franck et l’Institut grégorien. En 1949, il reprit le poste de maître de chapelle de la cathédrale Saint-Nicolas de Fribourg et dès 1955 enseigna la direction chorale au conservatoire de la ville. Il composa plus d’un millier d’œuvres, principalement vocales, parmi lesquelles se détachent l’opéra Ischia (1969) et une étonnante Symphonie des deux mondes (1980) sur un texte de Don Hélder Câmara.

Le charismatique abbé Kaelin structura sa cantate populaire en trois sections : Pèlerinage – Miséricorde – Joie. La notoriété de Messire François n’égale pas celle des oratorios de ses compatriotes Arthur Honegger et Frank Martin. L’écriture mélodique claire et inventive visant à l’expressivité et à l’efficacité y est soutenue par un orchestre réduit incluant un saxophone. Le compositeur manie parfaitement les ressources instrumentales et les combinaisons vocales. Chaque numéro révèle une admirable force intérieure. Dès la Préface, quelques discrètes percussions soulignant le propos du narrateur captivent l’attention. Les cuivres accompagnent le pénétrant Chant d’Assise : « aimez et ne jugez pas. » Un magistral Alleluia parachève la progression dramatique de Béni soit le Seigneur. La vaste fresque Je suis l’aveugle constitue un moment d’intense émotion, tout comme Le Trébuchet, délicieusement imitatif. La mort de François est confiée aux voix a capella (ici gâchée par un ensemble choral hétérogène et sans nuance) avant qu’un allègre final « sur la place du clair village » conclue dans la joie.

L’enregistrement de concert réalisé en l’église de la Trinité en 2019 sous la baguette de Jean-Pierre Lo Ré pallie un évident manque discographique. La réverbération acoustique de l’édifice ne masque guère un chœur imprécis et sans couleur, un orchestre parfois brouillon, ce que n’arrange pas la prise de son. En compensation, les deux têtes d’affiche nous procurent de durables satisfactions. La diction et la santé vocale du ténor Patrick Gayrat réjouissent. Le récitant Dominique Leverd bouleverse. Son timbre chaleureux l’inscrit dans la lignée des Alain Cuny, Jean Marais ou André Falcon. Son engagement est magnifique. Sa ménestrandie donne au texte des allures de tragédie antique.

 Pierre Kaelin, Messire François, Dominique Leverd, Blandine Staskiewicz, Patrick Gayrat, Chœur et Orchestre Français d’Oratorio, dir. Jean-Pierre Lo Ré, 1 CD EROL 200049, 13€50.
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Auteur de l'article : Damien Top

Ténor, musicologue et compositeur français
Publication de l'article : 24 avril 2020