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Une ténébreuse existence

Louis, duc de Bourbon, dernier prince de Condé est connu pour ses malheurs. Orphelin de mère à quatre ans, fils d’un héros de la guerre de Sept ans, donc d’un père souvent absent, époux volage de Bathilde d’Orléans qui lui rendit bien ses polissonneries, père du malheureux duc d’Enghien, et finalement suicidé le plus douteux de la jeune monarchie de Juillet, sa vie ressemble à une « diagonale de l’abîme ».

Indéniablement prise dans les ténèbres, sa biographie n’en reste pas moins édifiante. Elle se souvient de la douceur de vivre du Château de Chantilly et des vrais bâtisseurs du Palais Bourbon. Elle donne la mesure de l’aventure que furent l’armée des Princes, l’armée de Condé, puis l’expédition malheureuse de Vendée en 1795. Emmanuel Maury, responsable de la bibliothèque du Palais Bourbon, en donne une analyse psychologique et politique de premier ordre. Grand Seigneur, Louis fut aussi un grand serviteur de la Restauration à compter de la mort de son père en 1818. Mais il ne fut jamais vraiment capable de surmonter la douleur obsédante de l’assassinat de son fils… Les ombres de ses bourreaux rôdaient alentours, dans les couloirs du pouvoir de Louis XVIII et Charles X.

Enivré par les charmes d’une belle anglaise, devenue baronne de Feuchères, il donna son immense héritage au plus jeune des Orléans. C’est Talleyrand qui était à la manœuvre. Le même qui organisa l’enlèvement de son fils à Ettenheim et son scandaleux assassinat à Vincennes. Quelques mois plus tard, Louis de Bourbon était retrouvé mort. Son cadavre, étranglé par une corde tendue à une espagnolette est encore un mystère, la thèse du suicide étant éventée depuis longtemps… Mais c’est surtout la terreur des révolutions qui le marqua dans ses derniers jours, après l’abdication de Charles X. Emmanuel Maury écrit : « L’idée de révolution réveille en Louis des souvenirs douloureux et suscite une angoisse obsédante ». C’était bien la révolution qui continuait, comme le rappelait Emmanuel de Waresquiel dans un récent ouvrage.

Par CM
Emmanuel Maury, Le dernier des Condé, Tallandier, 2019, 22,50 €
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Auteur de l'article : PM