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Travelling arrière…

Le Fils du pendu

Existe-t-il une prédestination au crime ? Peut-on croire à la malédiction familiale qui fait peser sur les descendants l’infamie des actes accomplis par les aïeux ? Et quand bien même, un tel déterminisme obèrerait-il toute possibilité de rédemption ? Se pourrait-il que la liberté soit condamnée d’emblée par l’atavisme ou contrainte par la force du destin ? Autant de questionnements – qui ne sont pas nouveaux et ont été déclinés à l’envi en littérature comme par le 7e Art – que l’on retrouve dans Le Fils du pendu (Moonrise, 1948), film noir de Franck Borzage (1893-1962) avec Dan Clarck, Gail Russell, Ethel Barrymore et Harry Carey Jr. Parce que son père fut jadis condamné à la pendaison (pour une raison dévoilée à la fin du film), Danny Hawkins (Dan Clarck) a subi des moqueries durant toute son enfance. Quelques années plus tard, il tue son rival amoureux au cours d’une rixe. Hanté par le sinistre précédent paternel et rongé par d’infinis remords, Danny hésitera à se livrer de lui-même, lors même que les soupçons se portent rapidement sur lui. Ayant pour cadre une petite ville bourgeoise du vieux Sud, le film restitue une atmosphère oppressante et poisseuse. On peine, évidemment, à s’identifier au personnage principal, bien que les autres protagonistes évoluant autour de lui (à commencer par la magnifique et tendre Gail Russell dont le regard n’est pas sans évoquer celui d’Hedy Lamarr, sensuelle Dalila face à un Samson ténébreux campé par Victor Mature dans le film éponyme de Cecil B. De Mille de 1949) aident précisément le spectateur à faire preuve d’empathie à son endroit. Si le scénario est relativement banal (sinon pauvre), il reste une mise en scène sans temps morts, servie par une photographie (due à John L. Russell qui assurera celle de Psychose d’Alfred Hitchcock en 1960) frôlant le sublime. Franck Borzage (dont l’historien Jean Tulard a pu dire qu’il fut le « représentant le plus caractéristique du mélodrame cinématographique américain ») qui a été un réalisateur reconnu dès les premiers temps du cinéma muet, fut en outre très prolifique. Parmi ses chefs-d’œuvre, on peut citer L’Heure suprême (Seventh Heaven, 1927), L’Adieu aux armes (A Farewell to Arms, 1932, avec Gary Cooper), Désir (Desire, 1933, avec Gary Cooper Marlene Dietrich) ou encore Pavillon noir (The Spanish Main, 1945, avec Paul Henreid et Maureen O’Hara, rousse flamboyante et égérie de John Ford qui la fera tourner dans pas moins de cinq films dont le célèbre Rio Grande en 1950 ou l’inoubliable L’Homme tranquille en 1952, tous deux avec John Wayne). Avec Le Fils du pendu, le cinéaste nous offre une éloquente peinture sociale et psychologique que viennent soutenir des plans qui en disent souvent bien plus long que les dialogues, au demeurant très bien léchés. Pour finir, on ne pourra s’empêcher de relever la présence magnétique d’Ethel Barrymore qui imprime toujours à la pellicule son aura de mystère : on pense à Deux mains, la nuit (The Spiral Staircase, 1946), superbe film noir signé Robert Siodmak ou à L’Énigme du lac noir (The Secret of Convict Lake, 1951), de Michael Gordon, exceptionnel western avec Glenn Ford et Gene Tierney.

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Auteur de l'article : Aristide Leucate

Publication de l'article : 29 février 2020