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Théâtre. Le pari est audacieux mais réussi

Comment conter un des romans les plus marquants du XXe siècle que l’auteur lui-même commentait par cette phrase mise en exergue : « Voyager, c’est bien utile, ça fait travailler l’imagination. Tout le reste n’est que déception et fatigues. Notre voyage à nous est entièrement imaginaire. Voilà sa force. Il va de la vie à la mort. Hommes, bêtes, villes et choses, tout est imaginé. C’est un roman, rien qu’une histoire fictive. Littré le dit, qui ne se trompe jamais. Et puis d’abord tout le monde peut en faire autant. Il suffit de fermer les yeux. C’est de l’autre côté de la vie ». Franck Desmedt, interprète et metteur en scène, ne parcourt pas l’œuvre, il chevauche l’histoire en s’appuyant sur les principales articulations du texte. Tout d’abord l’évocation de la peur du soldat au milieu de ce grand charnier que fut la Première Guerre mondiale, et sa haine pour cette entreprise guerrière inhumaine ; vient ensuite ce voyage en Afrique, complètement loufoque où l’asservissement des autochtones se mêle à la stupidité coloniale de l’époque, puis la découverte de New York, cette ville verticale et Détroit où il découvre l’amour, enfin la longue description de la misère humaine des banlieues parisiennes où il tente sans espoir d’exercer sa vocation de médecin des pauvres. Son impuissance à guérir un petit enfant de concierge, Bébert, atteint par la tuberculose et qui expire entre ses bras, est certainement un des moments les plus intenses de ce spectacle. Franck Desmedt, en mâchant vigoureusement le texte, retrouve le rythme haletant de l’œuvre, il mime les tics de l’auteur tout en respirant le flot, le torrent verbal de Céline.

Un spectacle fort et intense, servi avec talent par un acteur d’exception, mais aussi très actuel dans le contexte d’un pays qui souffre.

 

Voyage au bout de la nuit.

De Louis-Ferdinand Céline / Mise en scène et avec Franck Desmedt

Théâtre du Lucernaire. 53, rue Notre-Dame-des-Champs. Téléphone : 01 45 44 57 34

Jusqu’au 3 février.

Du mardi au samedi à 18h30, Dimanche à 15h

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Auteur de l'article : Bruno Stéphane-Chambon

Chroniqueur théâtre