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Lumineuse fenêtre d’été

Connaissez-vous l’ensemble « Vox hominum » ? Cet été, les visiteurs et les habitants de la ville d’Angers, cette perle blanche et bleue du Val de Loire, ont pu faire la connaissance de ces six hommes épris des beaux chants de notre patrimoine occidental chrétien.

Entre juillet et août, la ville propose en effet « La balade du Roi René » aux curieux, aux flâneurs, aux rêveurs, aux familles, qui peuvent arpenter en liberté les rues médiévales, méditer à l’ombre des tours colossales du château de Yolande d’Aragon et du roi René, se recueillir sous les voûtes de la cathédrale Saint-Maurice, ou celles de la collégiale Saint-Martin. C’est dans cette dernière et très vénérable église que, le soir venu, les visiteurs itinérants ont écouté ce qui résonne et sonne comme un chant de pierre sanctifiée.

Les arcs puissants de la nef ouvrent au sol dallé un large espace que la foule vient combler autour de deux estrades élevées, reliées par un étroit passage. Le bavardage confus de la foule décline et s’éteint, les voûtes de la nef et du chœur s’illuminent d’un fluide bleu fleurdelysé irrigué de ruisseaux d’or… Voici que de la crypte du transept nord monte lentement une file d’ombres en robes de bure ; elles se dirigent vers l’estrade du chœur et s’y groupent autour de leur chef. Une voix s’élève, une note bientôt rejointe par cinq autres, qui s’unissent et se fondent en une seule harmonie ; chaque tessiture est comme une colonne de sève pour un seul arbre ; les voix s’assemblent comme un bouquet, comme un feuillage, comme une gerbe de lumière. Voici un murmure grave comme une sombre frondaison sous un ciel d’orage, d’où s’élance et s’épanouit une mélodie qui déchire les nuages, ouvre un passage au soleil, et se disperse en mille couleurs.

Assis ou debout, serrés dans cette église, nous accueillons avec une joie profonde l’emprise de ces hommes et de ce chant ; ils nous font découvrir notre soif sous une pluie bienfaisante, partager ces ferveurs et ces alléluias, épouser la supplication du kyrie avec les larmes du cœur, les yeux fixés sur ces silhouettes ascétiques, ou errant parmi les illuminations. Soudain, le chant s’apaise et revient à la basse continue, tandis que les ombres cheminent vers nous, passent au milieu de nous pour gagner l’autre estrade, au centre même de l’église, à la hauteur du transept.

Nous sommes un bloc de silence et d’attente, récompensé par un nouveau ruissellement, d’autres élans, d’autres antiques recueillements puisés dans nos trésors grégoriens et polyphoniques, la mystique Russie, ou encore la Corse rugueuse et sublime. Ils sont proches de nous, maintenant, certains les écoutent de tout près, d’autres préfèrent le recul, l’enchantement se poursuit pour tous. La voix du chef de chœur surgit, puissante et profonde, des eaux vivantes des autres voix, qui à leur tour s’élèvent, l’entourent ou lui font cortège ; puis c’est la lance vibrante du ténor qui d’un lumineux élan attire tous les autres à lui, les lie comme des gerbes, les entraîne à sa suite. Enfin, ces hommes reliés par leur chant, leur travail et leur amour du Beau à un ancien et pieux héritage ont déployé tous leurs présents ; alors, ils s’en vont comme ils sont venus, mince colonne d’hommes en robes de bure, inclinés sous leurs capuchons, ils regagnent la crypte, dans le transept nord.

« Vox hominum », de l’association « Humana vox »
16, rue du Prieuré 49000 Angers 06 64 61 36 20
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Auteur de l'article : Claude Wallaert

Publication de l'article : 24 septembre 2019