Accueil / Culture / Livres / Le jeune Brasillach
Brasillach - Politique Magazine

Le jeune Brasillach

Les éditions Pardès ont republié en 2017 cinq romans de Robert Brasillach : Le Voleur d’étincelles, Le Marchand d’oiseaux, L’Enfant de la nuit, La Conquérante, Les Sept Couleurs. Six heures à perdre a été également republié en 2016.

Le voleur d’étincelles est le premier roman de Brasillach. Ni lui ni Henri Massis, à qui il l’avait envoyé, ne l’avaient considéré au départ comme un roman, mais comme une nouvelle, une « suite d’états ». Un poème, une féérie certainement.

Lazare Mir est un jeune catalan égaré seul dans le silence nocturne de Paris, qui « ne sait rien de lui-même ». « Il marche légèrement à travers un monde saugrenu » et se moque de ces hommes « dont la seule passion est le principe d’identité ». Des vacances d’été dans le pays de son enfance, Collioure, vont le faire passer de la nuit au jour et le rendre heureux en lui révélant qui il est. Il habite chez sa grand-tante, et cette vieille fée va lui ouvrir peu à peu des trésors, rappeler des fantômes, évoquer l’épopée de ses ancêtres, inviter sa cousine, et il tendra « les mains à ce feu dont il avait longtemps été exilé, ne demandant que l’aumône de quelques étincelles ».

Le récit de la vie de son arrière-grand-père, Antonio Mir l’alchimiste, est central dans l’œuvre. Sa recherche de l’absolu, du « principe premier de tout ce qui existe », l’a amené à vouloir créer de l’Or, seul élément parfait de l’univers. De nos jours on cherche à créer de la Vie et, comme Antonio, à « changer quelque chose à l’ordre des choses de Dieu ». Découvrir qu’en obtenant de l’or il a changé le plomb mais qu’il n’a rien créé, qu’il n’est qu’un « commentateur de l’absolu », accable Antonio. Mais l’orgueil le saisit, car il est sorti du domaine du rêve, de l’abstraction. Devant la grille du cimetière où repose le Faiseur d’Or, Lazare « n’est plus aujourd’hui que l’enfant qui naît », guidé par ses morts, comprenant « combien l’épopée est une chose naturelle, combien le merveilleux est de tous les jours, puisque l’épopée et le merveilleux sont en nous. ». Il y a déjà dans ce premier roman toute la grâce de Brasillach et une belle leçon pour aujourd’hui.

Le marchand d’oiseaux, aux accents d’Ecclésiaste, est le roman d’une destinée : celle de Marie Lepetitcorps, épicière de son état, aux alentours du parc Montsouris au sud de Paris. Brasillach peint avec ferveur dans ce roman le parc et ses alentours, dans l’unité de lieu qu’il a choisie. C’est là que se rencontrent des étudiants de la cité universitaire, des habitants de la « zone » proche et le marchand d’oiseaux.

Ce marchand d’oiseaux est un vieil homme poétique, sage et mystérieux, portant deux cages en équilibre, souvent accompagné d’un enfant de la zone, le Kid. Le marchand d’oiseaux ne vend pas ses oiseaux, il les promène et au cours de ses pérégrinations, donne des conseils à ceux en qui il a confiance. Il est « ramasseur d’âmes et collecteur de péchés ». Il interviendra pour aider l’épicière tout en sachant qu’« il ne faut pas aller contre une destinée. » « Comment voulez-vous », dit Laurent – écho de l’auteur – « qu’on ne désire pas remplacer ce qui est, et permettre de nouveau à la charité, à la fantaisie du cœur, aux coups de tête de la folie et de l’amour, […] de se faire une place sur la terre ? » Mais « l’amour est interdit entre deux mécontents qui ne vivent pas sur la même planète. Il ne peut amener que les pires catastrophes, parce qu’il trouble un ordre […] qui tient par la force de l’habitude ».

La passion de Marie Lepetitcorps suscitera un moment l’intérêt des habitués du parc, puis tout retombera dans « le cours monotone de notre existence vraie ».

Encore tout Brasillach. Il en est de même de L’Enfant de la nuit, un songe qui ne dure pas. Tout fuit, les merveilles de la terre nous échappent. Mélancolie, bonheur et tristesse exprimés dans une langue charmeuse et charmante.

 

Le voleur d’étincelles, Le marchand d’oiseaux, L’enfant de la nuit,
Editions Pardès 2017, 16€

Partagez l'article...
Share on Facebook
Facebook

Auteur de l'article : Laurence De Crémiers