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Les racines gnostiques de l’abolition

On ne dira jamais à quel point parler de la peine de mort sans la réprouver ostensiblement est déjà un acte de courage. Alors, réfléchir librement et en lui étant favorable, c’est presque une forme de suicide. On ne peut qu’admirer Jean-Louis Harouel de faire le kamikaze en rouvrant ce dossier et en y faisant souffler le vent de l’esprit.

Pour cela, Harouel se livre à une passionnante analyse du Dernier jour d’un condamné de Victor Hugo, pour démontrer que ce texte constitue la matrice de l’abolitionnisme. Chez Hugo, la victime disparaît au profit de l’assassin. Mais un assassin si sympathique, si intelligent et si charmant qu’on ne peut que s’attacher à lui. Ne va-t-il pas perdre sa fille par la dureté de la loi ? Si fait, mais sa victime a perdu sa vie. Dans son amour pour l’assassin, Hugo le fait sans cesse passer pour l’innocent : il n’est que victime de la société. Il y a là une croyance proprement religieuse qui se conjugue avec une horreur du sang versé au nom d’une vision utopique où le gibet prendrait la place de la croix.

Cette vision est complètement faussée, le dégoût du sang versé n’ayant jamais empêché l’Église de faire la part des choses et de tolérer, voire d’accepter le bien-fondé de la peine de mort. En fait, la pensée abolitionniste tire sa dimension religieuse non pas du catholicisme traditionnel mais des hérésies chrétiennes. Facile dès lors de retrouver pléthore d’auteurs (inattendus ou non) ou d’arguments en faveur de la peine de mort.

Cette question des hérésies nous renvoie au dernier livre d’Harouel, Droite – Gauche, ce n’est pas fini, qui voyait l’origine de la fracture droite/gauche dans l’opposition du christianisme traditionnel et des hérésies gnostiques ou millénaristes. Harouel donne ici plus d’épaisseur encore à cette opposition et la rend propre à redonner une nouvelle vigueur aux argumentations classiques sur ce sujet essentiel.

  • Jean-Louis Harouel, Libres réflexions sur la peine de mort. Desclée de Brouwer, 2019, 208 p.,18€.
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Auteur de l'article : Francis Venciton