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Le Pays de Jeanne

rançaise, Lorraine, Champenoise ?… On ne sait pas de quel pays était Jeanne. Mais sainte Jeanne d’Arc est Française.

Jeanne, fille de Jacques d’Arc et d’Isabelle Romée, faisait évidemment partie d’une communauté naturelle établie sur un territoire défini auquel elle était très attachée. Elle partageait avec ses contemporains la même langue, les traditions, les travaux, les peines et les joies de la communauté dans laquelle elle a grandi.

À une époque et dans un lieu où les frontières étaient mal définies, il est bien difficile d’affirmer l’appartenance de Jeanne à un territoire administratif précis. Jeanne était originaire des marches de la Haute-Meuse, dépendant du diocèse de Toul, aux confins de la Lorraine, de la France, du Barrois mouvant et du Barrois ducal, dans une région francophone, même si l’on y parlait le patois roman.

Domremy est situé entre Vaucouleurs, place forte française et Neufchâteau, appartenant au duché de Lorraine où la population de Domremy se réfugiait, fuyant les exactions des troupes anglo-bourguignonnes (notamment en 1428).

Jeanne est donc née et a grandi au pays de trois frontières, Lorraine, Barrois, France. Au début du XVe siècle, le royaume de France est mal défini et la complexité des régimes seigneuriaux n’apparaît pas clairement. Les historiens de différentes époques ont argumenté pour nous démontrer que Jeanne était Française, d’autres ont soutenu son origine lorraine. Un auteur a même présenté une Jeanne champenoise. Tout cela argumenté par des preuves géographiques et historiques précises. À notre époque, les positions prises sont toujours diverses et les querelles d’historiens n’en finissent pas de faire couler de l’encre.

Clément de Fauquembergue, greffier du parlement de Paris, dessine Jeanne d’Arc sans l’avoir vue. C’est le seul « portrait » contemporain de la sainte.

Récemment, lors des préparatifs du centenaire de la canonisation de Jeanne, en présence de l’évêque de Saint-Dié, des habitants du secteur de Domremy ont revendiqué l’identité vosgienne de Jeanne. Le fait est anecdotique, mais significatif, car six siècles après sa naissance, la nationalité de Jeanne n’est toujours pas clairement établie, malgré toutes les recherches et conclusions d’érudits historiens. Mais cela a-t-il tant d’importance ? Le récit de la vie de nombreux saints personnages de notre histoire nous montre que les évangélisateurs et autres hommes de bien n’étaient pas enfermés dans le cercle de leurs horizons. Ils ne revendiquaient pas une nationalité. Ils intervenaient en des lieux éloignés de leurs origines pour servir un idéal supérieur, se dévouant corps et âme pour la défense de la foi. Jeanne disait : « Dieu commandait, il fallait obéir ! »

La pucelle dépasse l’horizon de son modeste village comme le déclarait Louis Bertrand sous la Coupole en 1928 : « Comme les hommes de génie, les saints ne sont des saints que parce qu’ils échappent aux fatalités de la naissance et de l’ambiance… Jeanne appartient au monde des âmes par sa soif du ciel et sa nature angélique ». Issue d’un modeste village des bords de Meuse, Jeanne est pourtant devenue l’incarnation du patriotisme français.

Dans son ouvrage Les Antiquités de la Gaule Belgique publié en 1549, l’archidiacre de Verdun, Richard de Wassebourg, indique : « Jeanne, communément appelée la Pucelle de Lorraine, native de notre Gaule Belgique du village de Domremy prés Vaucouleurs, en extrémité du pays Barrois et de Lorraine ». Lors de son procès, plusieurs témoins affirment que Jeanne était, comme eux, originaire de Lorraine. Il est vrai qu’à l’époque si, par exemple, on posait la question à un Breton, il ne répondrait pas je suis Français, mais je suis Breton. Pour Jeanne, en est-il de même ?

Après avoir lu les textes du procès et les livres essentiels concernant la jeune fille de Domremy, Charles Péguy devait faire le pèlerinage au pays de Jeanne en septembre 1895. Il évoque le lieu où vécut la Pucelle en 1897 :

Adieu, Meuse endormeuse et douce à mon enfance

Qui demeure au pré où tu coules tout bas,

Meuse, adieu, j’ai déjà commencé ma partance.

[…]

Tu couleras toujours, passante accoutumée

Dans la vallée heureuse où l’herbe vive pousse.

Ô Meuse inépuisable et que j’avais aimée.

 

Maurice Barrès évoquait de son côté les rapports émouvants entre Jeanne et sa terre natale :

Sur les confins douteux de France et de Lorraine,

Une épaisse forêt s’avance dans la plaine,

Où les arbres chenus les troncs démesurés

Sont, malgré mille hyvers, par le temps révéré.

 

Barrès ajoutait : « L’ombre de Jeanne est sur cette vallée comme un mystérieux clair de lune. »

Bien sûr, on ne manquera pas de dire que ces auteurs sont des poètes. Sans doute, mais ceux-ci ont bien étudié l’histoire de Jeanne.

Lorraine, Française, Barroise ou encore Champenoise… Six cents ans après, malgré toutes les recherches érudites, la nationalité de Jeanne n’apparaît pas clairement. Jeanne elle-même déclarait : « Dans mon pays, on m’appelait Jeannette, depuis que je suis en France, on me nomme Jeanne la Pucelle ».

Aujourd’hui, sans pinailler sur les détails de son origine, constatons que de la Russie au Japon, de l’Amérique à l’Asie, sur les cinq continents, Jeanne de chez nous est l’héroïne française la plus admirée dans le monde.

Comme nous le chantons encore volontiers haut et fort en conclusion de l’hymne À l’étendard : « Vive Jeanne, Vive la France ! ». Ce chant a été interprété pour la première fois en 1920 à l’occasion de la canonisation de Jeanne.

 

Bibliographie sommaire :

  • Jeanne d’Arc, histoire et dictionnaire par Philippe Contamine, Olivier Bouzy, Xavier Hélary (Robert Laffont, 2011).
  • Dictionnaire encyclopédique de Jeanne d’Arc par Pascal-Raphaël Ambrogi et Dominique Le Tourneau (Desclée de Brouwer, 2017).
  • De Domremy à Tokyo : Jeanne et la Lorraine par Catherine Guyon et Magali Delavenne (PUL, Presses Universitaires de Lorraine, 2013).
  • Jeanne la Bonne Lorraine par Jean-Marie Cuny (Le Sapin d’Or, 2009).

 

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Auteur de l'article : Jean-Marie Cuny

Publication de l'article : 31 juillet 2020