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La Reine des rebelles

Autant en emporte le vent, un film raciste ?

Il est à parier que les cinéphiles du monde entier ont dû bondir de leur siège lorsqu’ils ont appris cette hallucinante annonce de la plate-forme de streaming HBO Max de retirer provisoirement – le temps de le « contextualiser » (sic !) – Autant en emporte le vent, film cultissime de Victor Fleming (auquel on oublie trop souvent d’associer George Cukor et Sam Wood qui participèrent au tournage), au motif que le film serait ouvertement raciste. On tombe des nues ! D’une part, il serait temps, en effet, de s’en apercevoir, quatre-vingts ans après ; d’autre part, son racisme supposé n’a pas empêché que Hattie MacDaniell (la servante Mammy) soit la première actrice noire à recevoir un Oscar !

Au train effréné de ces hystériques campagnes de censure totalitaire, combiens de films seront expurgés du patrimoine cinématographique ? Nous pouvons compter heureusement sur l’ignorance crasse de l’écrasante majorité de ces Savonarole de l’autodafé artistique pour voir échapper encore bon nombre d’œuvres à leurs délires destructeurs.

Nous ne bouderons donc pas notre plaisir en portant à la connaissance de nos lecteurs ce petit western ouvertement pro-sudiste d’Irving Cummings (1888-1959) dont le titre original, Belle Starr-The Bandit Queen, claque presque aussi fièrement que le Confederate Battle Flag (le drapeau de guerre confédéré). Tourné en 1941 – mais seulement sorti en France en 1949 –, le film réunit une belle brochette d’acteurs. Dans le rôle-titre, la toujours très troublante Gene Tierney qui interprète Belle partie rejoindre le rebelle sudiste, Sam Starr – campé par Randolph Scott, westerner fétiche de Budd Boetticher – qui organise, dans les montagnes, l’ultime résistance aux troupes nordistes du major Thomas Crail, interprété par Dana Andrews. On peut qu’être frappé par certaines similarités avec la superproduction précitée de David O. Selznick. À l’évidence, le producteur pour la Fox, Darryl F. Zanuck (Le Brigand bien-aimé et Les Neiges du Kilimandjaro d’Henry King, Le Retour de Franck James, de Fritz Lang, Cléopâtre de Joseph L. Mankiewicz, etc.), entendait clairement se mettre dans la roue du récent grand succès d’alors de la MGM. Louise Beavers n’est pas sans rappeler Hattie MacDaniel quand la propriété de Belle n’évoque rien de moins que Tara, le domaine de Scarlett O’Hara. Et le Technicolor est assez renversant.

Sur un scénario de Lamar Trotti – auquel on devait déjà le scénario de Sur la piste des Mohawks de John Ford –, le film célèbre une légende de l’Ouest, May Shirley, née dans le Missouri en 1848. Lorsque la guerre entre États éclate, sa famille prend fait et cause pour la Confédération. Elle n’a alors que treize ans. Vers la fin du conflit, la ferme familiale donne asile aux frères James. Le film a extrapolé ces éléments et largement romancé cette période de la vie de Belle Starr – qui n’acquerra ce surnom qu’en 1880 en épousant Sam Starr, un indien Cherokee – qui n’accèdera à la notoriété que par ses hauts faits criminels. La postérité en fera cependant un mythe en raison des circonstances mystérieuses ayant entouré sa mort par balles en 1889. Le cinéma s’en emparera, notamment Allan Dwan avec La Femme aux révolvers (1952), interprétée par l’explosive Jane Russel.

C’est assurément l’un des meilleurs films de Cummings, bien qu’il n’ait pas le panache de son illustre devancier de la MGM ni même le brio du Brigand bien aimé. C’est un film néanmoins attachant qui s’inscrit dans la lignée des westerns « sudistes » – inaugurés en 1915 par Naissance d’une nation de David W. Griffith – tels que Les Rebelles de George Sherman (1954), Le Siège de la Rivière rouge de Rudolph Maté (1954), Le Relais de l’or maudit de Roy Huggins (1952), La Caravane héroïque de Michael Curtiz, etc. À découvrir.

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Auteur de l'article : Aristide Leucate

Publication de l'article : 29 juillet 2020