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Edith Canat de Chizy magicienne de l’ailleurs

Loin de toute convention, Edith Canat de Chizy écrit une musique qui étonne et surprend.

« Elle n’a d’autre ambition, affirmait Maurice Ohana, que de faire aimer cette magie des sons qui raconte l’histoire du monde telle que Debussy la rêvait ». Sa culture encyclopédique, son sens aigu du timbre instrumental autant que son attrait pour la percussion la relient aussi à Olivier Messiaen et à Jean-Louis Florentz. Tout chez elle n’est que tourbillon d’énergie propulsant au-delà de la réalité palpable. Le présent enregistrement en constitue une captivante illustration.

Trance (2009), pour percussion et clavecin – surprenant couplage ! –, est une pièce jubilatoire où l’imagination du compositeur s’exprime audacieusement en jouant avec les capacités percussives et les résonnances du clavecin associé à un cymbalum. Le travail sur le rythme et les couleurs évoque l’idée de vibration tellurique et d’envoûtement.
La Danse, bas-relief d’Antoine Bourdelle surmontant l’une des portes du Théâtre des Champs-Élysées représente Isadora Duncan et Vatslav Nijinski. Dance (2006) s’en inspire et instaure un virevoltant et subtil pas de deux entre le violon et le vibraphone qui se mue progressivement en chorégraphie cosmique. Se succèdent dialogues, échos, répons, oppositions et les vibrations se dissolvent peu à peu dans l’infini sidéral.

« La constante mouvance de la mer succédant à des moments de parfaite immobilité est la source même de ce que je veux écrire: une musique toujours en mouvement vers l’inconnaissable.1 » À la différence de l’engourdissement contemplatif de La ligne d’ombre (2005), le paysage de Seascape (2015-2016), concerto pour percussion et orchestre, s’avère fortement suggestif. Edith Canat de Chizy y déploie sa science de l’orchestration, variant les modes de jeu innovants, tirant de combinaisons timbriques des sonorités inouïes, usant d’une polyrythmie fluide. Des appels de cuivres bouchés plantent le décor et l’étendue océane s’anime peu à peu. La palette sonore s’enrichit du marimba, de friselis de cordes et de rugissements de machine à vent… Des lames de fond menaçantes surgissent, des roulements de timbales accumulent la puissance brute des éléments avant de déferler en puissants ressacs aux harmonies iodées. Les instruments sont poussés dans la plus extrême brillance de leurs tessitures. Après une accalmie, une force énigmatique ponctuée par des coups de gong nous entraîne au tréfonds du domaine de Neptune. L’œuvre fut enregistrée lors de sa création mondiale le 16 mars 2016 en l’Auditorium Jean-Pierre Dautel de Caen.
Le dieu aztèque de la pluie et de l’orage donne son nom à Tlaloc (1984), œuvre pour percussions seules. Intemporel et ensorcelant rituel, mystère vibrant en syntonie avec la nature convoquant un instrumentarium très fourni et utilisé avec une telle maestria qu’il sonne comme un orchestre au complet. Toutes les ressources des instruments à percussion sont exploitées avec virtuosité et se combinent à une exaltante exploration des résonances et des harmoniques.

Florent Jodelet, l’un des meilleurs percussionnistes actuels, se révèle éblouissant de maîtrise et d’intelligence artistique dans ces partitions proprement sidérantes.

 Edith Canat de Chizy, Trance – Dance – Seascape – Tlaloc. Florent Jodelet, percussion ; Alexandra Greffin-Klein, violon ; Maude Gratton, clavecin; Cyril Dupuy, cymbalum. Orchestre de Caen, dir. Vahan Mardirossian, 2020, 1 CD MPLS 18001.

 

 

 

 

 

1. Entretien avec Damien Top, in Politique Magazine, janvier 2016.

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Auteur de l'article : Damien Top

Ténor, musicologue et compositeur français
Publication de l'article : 26 janvier 2021