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Cristobal Balenciaga, le roi des couturiers

Né le 21 janvier 1895 à Guetaria, au Pays Basque espagnol, d’un père, José, marin-pêcheur et maire du village et d’une mère, Martina, couturière, qui l’initia à la couture, Cristobal fit très tôt preuve d’un esprit créatif. Après avoir reproduit avec succès l’une des tenues de la marquise de Casa Torres, alors cliente de sa mère, l’aristocrate devint son mentor. Le destin du jeune garçon était désormais scellé, son talent fit le reste. C’est ainsi qu’il fit ses premières armes à la Casa Gomez et poursuivit son apprentissage au New England pour s’initier aux techniques des tailleurs anglais. Quatre ans plus tard il intègre le magasin Au Louvre, succursale d’une maison parisienne très huppée et devint, en deux ans, premier du rayon couture. Recruté ensuite par une maison bordelaise, il perfectionna son savoir-faire et la langue française avant de repartir en 1917 pour Saint-Sébastien. À 22 ans, il avait gravi tous les échelons. La Première Guerre Mondiale fut pour lui providentielle en ce sens que, les classes aisées migrant dans les enclaves basques, loin des combats, l’économie locale connut un essor considérable dont Cristobal profita comme nombre de couturiers (Chanel, Worth, Lanvin, Grès, Vionnet et d’autres) venus proposer leurs collections. En 1924, il ouvrit sa première maison où parmi ses clientes figuraient la reine Marie Christine d’Espagne, la duchesse de Windsor, Grâce Kelly, Fabiola de Belgique ainsi que les stars hollywoodiennes. Du style Balenciaga se dégageait « le raffinement de la France et la force de l’Espagne ». Ses modèles amples, arrondis, agrémentés de dentelle et de broderies se caractérisaient souvent par ce noir profond et espagnol, le noir des chasubles en dentelles et des mantilles évoquant les tableaux de Goya dont le couturier s’inspirait. L’un de ses modèles iconiques est une robe d’Infante dont le satin brillant offre le plus heureux contraste avec le velours d’un noir dense qui souligne les bordures. Le noir reste une constante, une palette de noirs innombrables (opaque, mat ou brillant), reflétant toujours mais sans trop l’appuyer l’âme ibérique, comme cette robe queue de paon (1951) au style flamenco, courte devant, longue derrière. L’autre aspect de sa griffe affiche une combinaison du rose avec la dentelle noire devenue un élément clé de nombreuses de ses créations. Son influence dans le milieu de la Haute Couture fut immense ; de ses modèles ressortait une majesté, ce qu’on appelle l’allure. Diana Vreeland, du magazine Harper’s Bazaar, affirmait « Dans une robe Balenciaga, vous étiez la seule femme dans une pièce, plus aucune autre existait ». On ne peut oublier la dernière note de cette partition, le parfum : Le Dix (faisant écho au10 avenue George V, son adresse), élaboré en 1947, La fuite des heures (1948), Quadrille en1955 et Eau de Balenciaga en 1962. Contraint de fuir son pays durant la guerre civile espagnole, en 1936, Balenciaga s’installa à Paris de 1937 jusqu’à la fermeture de ses ateliers en 1968. Homme discret, peu connu du public, il n’accorda qu’une seule interview se justifiant « de son incapacité à expliquer ce qui fait son métier ». Celui qu’on surnommait « le roi des couturiers » aura surmonté tous les obstacles : ses origines modestes, la faillite pendant la guerre d’Espagne, la seconde guerre mondiale, la concurrence, mais l’impact des années 60 aura eu raison de lui. N’étant plus en phase avec les nouveaux codes de cette société où s’amorçait le déclin d’une certaine élégance au profit du prêt-à-porter que le styliste qualifiait de « flot de vulgarité », il se retira. Revenu dans son village natal, il mourut en 1972.

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Auteur de l'article : Madeleine Gautier

Chroniqueur théâtre
Publication de l'article : 25 mai 2021