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Contre le consensus

Au fil des pages, il démontre que la curiosité et la méfiance envers tout dogme établi, y compris et surtout les dogmes scientifiques, sont la meilleure manière de chercher et même de trouver. On peut être irrité, ici ou là, par quelques approximations historiques, quelques jugements tranchés sur la religion, mais ce ne sont que des vétilles à côté du tableau passionnant qu’il dresse d’une recherche toujours tentée par la sclérose, l’immobilisme, le goût des certitudes, au point de ne pas voir ce qui est sous ses yeux – et qui, à peine et enfin considéré, deviendra alors le nouveau paradigme, forcément irréfutable, le nouveau bastion à partir duquel refuser toutes les hypothèses iconoclastes. Comme il n’est pas le premier épidémiologiste venu, comme il n’est pas le dernier des microbiologistes, ce qu’il affirme connaître et surtout ce qu’il affirme ignorer est plus qu’intéressant, d’autant qu’il nous dit ce qui fonde ses certitudes et ses incertitudes. Et comme il en profite, au passage, pour critiquer les fondements irrationnels de plusieurs décisions politiques (traitement de l’autisme, statut du vaccin, cancérogénéité de tel ou tel produit, etc.), on est assez heureux de pouvoir vérifier, même rétrospectivement, que la complaisance aveugle envers l’ordre sanitaire que scientifiques et médecins prétendent incarner et que les politiques veulent imposer est vraiment une pure stupidité sociale et politique. C’est au final ce rapport entre science, société et gouvernement que Raoult questionne, inlassablement, en montrant que les certitudes, prétendument mondiales ou partagées par tous les gens éclairées, ne sont que de fragiles consensus. Il n’apporte en fait aucune réponse sur la pandémie actuelle : c’est sans doute l’attitude la plus sage par rapport à ce que nous inflige et nous infligera un Conseil scientifique arrogant, maladroit et inefficace.

Didier Raoult, La Science est un sport de combat. HumenSciences/Hulmensis, 2020, 452 p., 22 €.
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Auteur de l'article : Philippe Mesnard