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Bourdelle, maître généreux du savoir

Le musée du sculpteur Antoine Bourdelle est en soi un lieu poétique. Niché au pied de la tour Montparnasse, dans l’atelier de l’artiste, il est l’un des derniers témoignages de ces cités d’artistes parisiennes qui fleurirent à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Bel écrin pour des œuvres nombreuses et variées, esquisses, études, maquettes, tout ce qui participe à l’élaboration d’une sculpture. Avant de découvrir l’exposition, il faut se promener dans cet espace lumineux et verdoyant où les coups de « goupilles » semblent encore rebondir sur les blocs de marbre.

Dès 1890 c’est ici, dans les ateliers du Maine, que Bourdelle accueille ses élèves, hommes et femmes venus se former aux techniques du dessin et de la sculpture. Dans l’atmosphère industrieuse des ateliers, ils reçoivent un enseignement concret en lien avec les œuvres du maître. Professeur bienveillant, celui-ci propose un enseignement anticonformiste et éclectique.

Transmettre sans imposer

Les organisateurs de l’exposition « transmission-transgression » ont eu la délicatesse et l’a-propos de présenter les œuvres d’Antoine Bourdelle accompagnées des réalisations de ses élèves. Ce choix est véritablement intelligent, car il dévoile les intentions de l’artiste : « Je ne suis pas un maître d’école, un professeur, mais un artiste qui travaille avec vous ». Bourdelle transmet et n’impose pas. C’est là que se retrouve son immense talent. Il est un enseignant hors pair qui attirera dans cette petite impasse des élèves du monde entier, dont le célèbre Giacometti.

Un enseignant généreux

L’exposition, dont le titre se veut provocateur, l’est, en fait, beaucoup moins. Plongeant le visiteur au cœur des processus de création, elle met en lumière les rapports complexes qui se nouent entre maître et élève. « Je suis comme Socrate. Je vous accouche de votre âme », aimait dire Bourdelle à ses élèves. De fait son enseignement s’appuie sur la transmission de leçons longuement acquises et d’un savoir-faire technique. Bourdelle est un généreux, il ne compte pas. Ce qu’il sait, il le donne.

Grâce à une mise en scène subtile, l’exposition met en condition. On comprend la lente évolution du travail d’Antoine Bourdelle. Après avoir suivi l’École des Beaux-arts de Toulouse, il cherche conseil auprès de Jules Dalou, son voisin dans l’impasse du Maine, avant de côtoyer Rodin, dont il est le praticien de 1893 à 1908. Certes, il manifeste une grande admiration pour ses maîtres successifs, mais il s’émancipe peu à peu.

Après une collaboration d’une quinzaine d’années auprès de Rodin, il souhaite se dégager de toute emprise. Bourdelle revient à ses racines et reprend la tradition artisanale de sa famille. Il cherche alors un art davantage technique. C’est ainsi que peu à peu le sculpteur se rattache aux maîtres d’œuvres des bâtisseurs de cathédrales : « Les derniers à avoir compris les grandes lois de l’architecture et depuis lesquels l’art n’a cessé de décliner », écrit-il dans ses mémoires. Pareil à un nouvel élève, le visiteur s’imagine élève enfilant sa blouse tout en écoutant la voix du maître. Voyage dans le temps assuré.

Par Irène d’Avout

 

TRANSMISSION/TRANSGRESSION.

Maîtres et élèves dans l’atelier :

Rodin, Bourdelle, Giacometti, Richier…

Musée Bourdelle, 18, rue Antoine Bourdelle, 75015 Paris, tél : 01 49 54 73 73,

jusqu’au 3 février 2019.

 

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Auteur de l'article : PM