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Justice aux vaincus

La défaite française de 1940 est l’un des épisodes les plus tragiques de notre histoire, un désastre militaire d’envergure sans précédent : en quelques semaines, entre le 10 mai et le 22 juin 1940, l’armée française, qui passait pour la première armée du monde, a été écrasée, balayée. Cette catastrophe, qui nous a valu près de cinq ans d’occupation, a mené la France sur la voie de l’effacement, voire de la disparition pure et simple.

De multiples commentateurs, hommes politiques, militaires, historiens, simples témoins ont raconté, commenté, tenté d’expliquer. Les propos ont été souvent injustes, selon les engagements politiques, les nationalités, les arrière-pensées partisanes ou simplement le rôle joué dans les évènements. Il demeure que les responsables politiques et le haut commandement français ont été généralement sévèrement jugés ; l’impréparation opérationnelle, la vétusté d’une bonne partie des équipements et de l’armement a été durement stigmatisée ; les combattants eux-mêmes, soldats et encadrement, ont été souvent présentés sous un jour lamentable, pauvres vaincus bousculés et défaits par un adversaire au triomphe facile.

Le présent ouvrage est étayé par de nombreux témoignages oculaires et se réfère à des sources très variées, (auxquelles il manque étonnamment l’ouvrage essentiel de Marc Bloch, L’étrange défaite) ; il nous propose une rigoureuse analyse de ces évènements, rendant notamment justice au courage et à l’abnégation des combattants français, qui ont infligé en l’espace de 45 jours de très lourdes pertes à l’ennemi, en hommes et en matériel : 170 224 hommes hors de combat, destruction de près du tiers de ses chars et de la moitié de son aviation. Il apparaît clairement que ce bilan a pesé lourd dans la suite du conflit : il a permis à l’Angleterre de récupérer la quasi-totalité de son corps expéditionnaire, de résister avec succès aux attaques aériennes allemandes, tout en empêchant Hitler de mettre la main sur l’Afrique du Nord.

Notre auteur en revanche se montre sévère à l’égard des politiques et du haut commandement militaire, en particulier les généraux Gamelin, Georges, Huntziger, et même Weygand.

Il souligne la sclérose intellectuelle de nombreux officiers de l’état-major, l’aveuglement partagé avec les politiques, eux-mêmes frappés d’incurie et de défaitisme, dès les premiers revers. Cette cécité et cette mollesse ont gravement obéré la vision stratégique des grands responsables ; en effet, ils ont au fil des années laissé l’outil militaire vieillir et se détériorer, ils ont sacrifié l’emploi des blindés et de l’aviation à une conception statique des opérations, et négligé l’acquisition et l’exploitation du renseignement, faute suprême, qui a permis à l’ennemi de créer la surprise décisive de la percée de Sedan.

Cependant, cet ouvrage passionnant, à recommander à la jeunesse, permet aussi de découvrir des grands soldats injustement oubliés comme le général Jacques Prioux, le vainqueur de Gembloux, les exploits des aviateurs français, et l’héroïsme des plus humbles, civils, religieux et militaires.

Les vérités cachées de la défaite de 1940, Dominique Lormier, Editions du Rocher, 304 p.
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Auteur de l'article : Claude Wallaert