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TABLEAU D’UNE EXPOSITION

On nous avait prévenus comme nous nous apprêtions à visiter cette exposition, ce champ de roses rares, fréquentée par le gratin : « Ne faites pas d’impair, les gens ici sont très à cheval ou à jument sur les genres. Si vous vous trompez, vous allez vous faire appeler l’un “Arthur” et l’autre “Arthure” ». Aussi ma femme, qui est très répandue, fut-elle prudente quand elle me désigna des visiteurs prestigieux qui passaient : « Voici, me dit-elle, une auteure. Là, une autrice. Et là-bas, une metteure en scène. Et puis voici une magistrate, qui a la réputation de n’être pas tendre avec les scélérates. Avant d’être magistrate, elle a exercé la profession de bougnate, curieux, non ? Là-bas, tu vois cette personne qui ressemble vachement à cette politicienne éructante, tu sais, la fameuse tribune, et plus loin, ce person qui ressemble bœufement à un célèbre vedet de cinéma, un star, dont le nom m’échappe. » J’écoutai le babil de mon épouse, très rassuré car il y avait, pour nous protéger, de jeunes recrus qui faisaient les sentineaux (ou sentinels) et qui n’étaient ni des mauviets ni des lavets. Passa un estafet qui courait comme un gazeau, tandis que nous rasa un oiseau qui était manifestement un hirondeau et qu’à côté de nous une oiselle mangeait je ne sais quoi avec un appétit qui n’était pas de moinelle. Hélas, je sursautai d’effroi et chuchotai à ma femme déjà inquiète : « Attention ! attention ! celle qui vient vers nous est une redoutable escroque, une bandite, une voyoute, une assassine, une reprise de justice. » Heureusement, la dangereuse individue obliqua et apparut à nos yeux ébahis un couple dont ma femme m’apprit, ayant eu recours à leurs services, que l’une était kinési masseur et l’autre kinési monfrère, lequel, outre ses activités manipulatrices, était sage-homme, il avait mis au monde des tas de bébés et de bébées, de marmots et de marmottes. Comme ma femme n’est pas une commère ni moi un compère, nous ne dîmes plus rien de peur d’en dire trop, gardant une belle retenue, de telle sorte qu’à la sortie, ayant été suivie, épiée, évaluée par des surveillant.e.s du langage, ma femme fut nommée rosière d’honneur ; et moi, rosier.

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Auteur de l'article : Bernard Leconte

Bernard Leconte vient de publier un guide divertissant de Lille qu’il visite avec le Grand Roi sous le titre amusant : Louis XIV, Martine et moi, aux Éditions Les Lumières de Lille. 90 p, 14,90€