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Platitudes éblouissantes. Ça paye autant après que pendant…

Je connais pas mal de gens qui aimeraient bien être chefs d’État à la retraite. La retraite est bien payée, on y jouit de nombreux privilèges, dont celui de pouvoir prononcer des conférences d’une heure, qui rapportent, sans qu’on sache jouer au football, beaucoup plus que gagnent les meilleurs footballeurs en un match et l’équivalent de ce que perçoit en dix ans un membre honorable de la classe moyenne. En outre, ces conférences ne demandent pas beaucoup de travail de préparation, puisqu’il s’agit de sortir des platitudes sur des sujets convenus.

Jusque là, les choses sont simples et ne prêtent pas à l’étonnement. Ce qui stupéfie en revanche, c’est la motivation des spectateurs. D’abord, j’imagine que la place à cette sorte d’événement est coûteuse. Mais on me dit que ces spectateurs-là sont généralement de gros chefs d’entreprise, qu’ils sont défrayés, que le coût de leur place est prélevé sur les frais généraux. Mais ce sont des chefs d’entreprise, parfois hautement diplômés, censément intelligents. Qu’est-ce qui les pousse à aller écouter des platitudes, pompées dans des ouvrages de spécialistes, qu’on pourrait consulter autrement ? Mais les spécialistes ont la renommée qu’ils méritent, c’est-à-dire pas grand-chose, tandis que les chefs d’État à la retraite ont du prestige, même si leur prestation passée à la tête d’un État a été lamentable. Le prestige fait reluire les platitudes ; les platitudes, tout en restant des platitudes, deviennent des platitudes éblouissantes. Ensuite, on peut, peut-être, se dire que nos spectateurs, tout hautement diplômés qu’ils soient, sont parfois, sont souvent atteints de platitude eux-mêmes. Un être plat adore entendre des platitudes. Elles caressent son âme plate, elles le renforcent dans ses convictions indécrottables, elles lui paraissent d’une justesse mirobolante. En revanche, une idée pertinente, réellement juste, vraie, solide et, cas plus grave, neuve, leur paraît émaner d’un petit rigolo, d’un méprisable manieur de petits paradoxes, à moins que si l’idée juste et neuve ébranle un peu trop le système de non-pensée sur lequel ils sont assis, ils ne jaillissent de leurs fauteuils voluptueusement capitonnés et ne hurlent à l’intolérable scandale.

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Auteur de l'article : Bernard Leconte

Bernard Leconte vient de publier un guide divertissant de Lille qu’il visite avec le Grand Roi sous le titre amusant : Louis XIV, Martine et moi, aux Éditions Les Lumières de Lille. 90 p, 14,90€