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MAUVAIS TEMPS POUR LES COURAGEUX

Ah ! Le courage ! Le plus difficile, c’est d’en avoir. Pour certains, le courage consiste à traverser des flammes, sauter par-dessus des précipices, braver un gros costaud enclin à vous donner des baffes, etc. etc. C’est le courage physique. Ceux qui en sont dépourvus disent que c’est de l’inconscience, de la bêtise. Gros cœur peut-être, mais petite tête.

Il n’y a pas que ce courage-là. Il y a le courage moral qui veut qu’on résiste à ses penchants mauvais, à ses inclinations perverses, à ses passions dévorantes, à ses vices. Ceux qui en sont dépourvus disent que ceux qui le pratiquent sont des inhibés, des coincés, des victimes résignées d’une éducation salope. En revanche, un homme et, beaucoup mieux, une femme qui cède à toutes ses envies, qui fait sans discernement tout ce qui lui plaît, est considéré comme un être jouissant d’une grande liberté et devant faire l’objet d’une immense admiration. Dites en revanche que cet être prétendument libre est en fait esclave de ses pulsions, il s’en faudra peu qu’on ne vous arrache les yeux.

Mais on n’en a pas fini. Il y a encore le courage intellectuel. C’est tout bête à définir, le courage intellectuel : il s’agit de penser tout seul – pardonnez à l’auteur ce pléonasme qui vient de lui échapper –, il s’agit de penser, avec sa propre tête, pas avec celle d’un autre. La plupart des gens qui pensent penser, à vrai dire, ne pensent pas, puisqu’ils pensent en troupeau, ils répètent ce qu’on leur a dit de penser, ce sont des perroquets, des moutons qui bêlent, des vaches qui meuglent, toute une ménagerie. À leurs yeux exorbités d’horreur, celui qui pense tout seul comme un grand est un cygne noir, un paria, un type qui veut se rendre intéressant, un orgueilleux, un empêcheur de tourner en rond, un fauteur de paradoxes, un sale type qui veut briser le consensus, un réac, un facho et toutes sortes de bonnes insultes qui pleuvent sur sa petite tête de con. Si on n’a pas un bon parapluie, on en sort tout ruisselant, on risque la crève. Ah, il faut du courage pour affronter une telle drache !

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Auteur de l'article : Bernard Leconte

Bernard Leconte vient de publier un guide divertissant de Lille qu’il visite avec le Grand Roi sous le titre amusant : Louis XIV, Martine et moi, aux Éditions Les Lumières de Lille. 90 p, 14,90€