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Le mauvais arrangement des choses

Justice. Rien de grand qui ne soit limité, et rien de durable qui ne soit ordonné. Que va devenir l’ïle de la Cité, sans justice, sans charité et sans police ?

L’incendie de Notre-Dame et les projets qu’on voit fleurir « pour faire revivre l’Île de la Cité » nous ramènent à la réflexion sur le déplacement à la Porte de Clichy du Palais de Justice de Paris. Une observation superficielle dit : peu importe le lieu, pourvu que les conditions techniques soient remplies. Elle ajoute : il fallait moderniser la justice. Et on a fait un palais de fer et de verre, glacial, compliqué, inhumain, qui donne aux justiciables le sentiment que Dante gravait à la porte de son enfer « Vous qui entrez ici, perdez toute espérance ! » Mais tout cela, pour être important, est secondaire.

En enlevant à l’Île de la Cité la fonction judiciaire, les administrations qui prétendent nous gouverner, avec comme seul impératif une soi-disant efficacité technique, ont, d’un seul coup, achevé l’Île, c’est-à-dire le cœur de Paris. Les trois fonctions qui régissent la vie des hommes : la religion, la charité, la justice, y avaient leurs emplacements antiques. On vide peu à peu l’Hôtel-Dieu. On a vidé le Palais de Justice, gardé pour un temps la Préfecture de Police… et Notre-Dame a brûlé. Alors, les planificateurs technocrates devant le désert peuvent rêver. On réinventera l’Île, non plus du Nord au Sud, mais d’Est en Ouest. Et, au travers des vieux symboles vidés de leur substance, on fera un grand flot de marchands et de plaisir… Boutiques et bars, bars et boutiques, alcool et consommations, consommations et lumières… le Forum des Halles, en bien plus « moderne ». Un immense raté supplémentaire.

Le plan était-il concocté ?

À le voir surgir, on se pose la question. Mais peu importe l’existence ou non d’un complot. La réalité est plus sordide. Une conjonction d’intérêts financiers et d’inconscience politique suffit à faire des catastrophes. Nos dirigeants successifs, depuis Mitterrand qui, lui, avait encore le sens de Paris et de la France, ont largement dépouillé la capitale de ces oripeaux du temps passé. Comme disait un crétin à la télévision, à propos de l’incendie de Notre-Dame « après tout, ce ne sont que des pierres… ». L’Île de la Cité, après tout, est un terrain de jeu d’expérimentations pour des architectes en mal de création contemporaine. Qu’importe l’âme ? Où est-elle, cette âme ?

Hitler avait prévu de faire sauter Paris, Otto Abetz et Von Choltitz avec l’aide d’Arletty, ont déjoué ses plans. Les sauvages ne reviennent pas avec des bombes. Ils s’avancent, masqués, avec des plans de ville festive – ils arrivent à nous dégoûter de la fête !… – et d’univers dansant et « gay friendly »… Ils ne parviendront pas à nous faire haïr la danse et la gaîté. Brel avait raison. La Bêtise est le danger majeur… surtout quand elle se dissimule derrière des diplômes, des plans et des compétences mondaines.

« Les choses, je m’en fous, qui subsisteront », disait Saint-Exupéry. « Ce qui vaut, c’est un certain arrangement des choses. » « Autant que des êtres, je parle des coutumes, des intonations irremplaçables, d’une certaine lumière spirituelle. Du déjeuner dans la ferme provençale sous les oliviers, mais aussi de Haendel. »

L’Île de la Cité, c’est un certain arrangement des choses… les choses de l’État, de la Ville, du Royaume. L’Église et le Palais. L’Hôtel-Dieu et l’Hôtel de Police, avec, à côté, bien sûr, les maisons et les auberges. Pas les Macdos et le centre commercial.

 

Illustration : L’hôpital de l’Hôtel-Dieu va, enfin ! devenir un établissement mixte doté d’un pôle attractivité « avec une offre variée de restauration et de commerces qui viendra renforcer l’attractivité et l’animation de ce lieu emblématique. »

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Auteur de l'article : Jacques Trémolet de Villers

Avocat