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Corrida – la controverse

À Bayonne, lors de la corrida du 14 septembre, la présence de deux ministres a fait polémique.

Il s’agissait de Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture depuis octobre 2018, et de Jacqueline Gourault, ancienne sénatrice, actuellement ministre de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales. Cette personnalité est issue de l’UDF, et rattachée au MoDem. Alors haro sur eux avec, en première ligne, les associations de défense des animaux qui signalent que Didier Guillaume est le ministre responsable du bien-être des animaux.

S’enchaîne la bronca convenue des politiques en manque de combats, l’eurodéputé EELV Yannick Jadot, le porte-parole du parti écologiste Julien Bayou, sans parler du député de La France Insoumise, Bastien Lachaud. Les réactions des journalistes du quotidien Sud-Ouest et d’autres parutions méridionales ont été unanimes et sans complexe pour défendre, avec un certain courage, ces élus taxés de sauvagerie. On citera aussi la réponse courageuse de la députée LaREM Françoise Dumas, élue dans le Gard, qui a déclaré sur Twitter :

La corrida fait partie des traditions séculaires dans tout le sud et appartient à notre patrimoine national. Je respecte toutes les opinions mais ne supporte pas que l’on veuille restreindre ma liberté de penser ou d’agir.

On notera que la manifestation organisée à Bayonne un dimanche après-midi, place de la Mairie, pour dénoncer la corrida n’a réuni qu’une centaine de personnes, pendant que l’arène en accueillait dix mille…

De manière plus approfondie, on pourra rappeler que de nombreux artistes et politiques ont toujours été des aficionados convaincus. On citera le peintre Francisco de Goya (1746-1828) ,dont les gravures sur la tauromachie restent célèbres, l’écrivain Vicente Blasco Ibáñez, (1867-1928), auteur d’Arènes sanglantes (1908) et exilé volontaire en 1925 suite à son opposition à Primo de Rivera. Henry de Montherlant et Ernest Hemingway ont tous deux consacré des ouvrages au sujet, Pablo Picasso et Jean Cocteau – et même Che Guevara – étaient aux premières places des arènes. Et en ce qui concerne nos contemporains issus du monde politique, j’en ai été témoin, de Gauche comme de Droite, nombreux ont assisté avec ferveur à cette représentation sublime : Juppé, Emmanuelli, Fillon, Roselyne Bachelot, Bruno Le Maire et de nombreux élus locaux de tous bords politiques, et enfin Manuel Valls, pro-taurin assumé.

« La Corrida est un art et nul ne doit en être exclu », un article paru dans le Figaro du18/10/ 2019, en page 16, relaie un Appel de quarante personnalités, en faveur de la Corrida, dont Pierre Arditi, comédien, Bartabas, Philippe Caubère, Patrick de Carolis, Eric Dupont-Moretti, avocat, Françoise Nyssen, éditrice ,  Denis Polydalès, Comédie Française, Jean Reno , comédien …

Ceux qui désireraient récupérer ce débat sur l’air de “la gauche est contre la corrida et l’horrible droite conservatrice est pour”, je les invite à lire : La corrida expliquée à ma fille, de José Miguel Arroyo dit Joselito, matador devenu éleveur. Les toreros durant les terribles heures de l’histoire de l’Espagne soutinrent en majorité la cause républicaine et on se souviendra longtemps du leader communiste Santiago José Carrillo Solares (qui devint par la suite le soutien du Roi Juan-Carlos) porté sur les épaules des toreros à la sortie de l’arène.

Tout ceci n’a pas empêché Aurore Bergé, députée et porte-parole du groupe LaREM, d’envisager de déposer un projet de loi visant à interdire aux mineurs l’accès aux corridas avec mise à mort. En réponse, le matador vedette biterrois, Sébastien Castelle, lui a envoyé une lettre ouverte. Nous la citons dans son entièreté tant par la pertinence de son propos que par l’élégance de son écriture :

Chère Mme Bergé.

Je vous adresse ces quelques lignes avec autant de respect que de colère après avoir pris connaissance de votre aberrante proposition d’interdire, en France, l’entrée des mineurs aux corridas. Vous donnez des leçons à propos de culture et ce n’est pas à moi « simple » torero de le faire. Ce qui m’en empêche ? En premier lieu le respect, celui que vous nous refusez, que vous refusez à ceux qui ont voué leur vie à la tauromachie, à ceux qui ont choisi, en toute liberté, d’apprécier cette manifestation culturelle, au grand nombre d’artistes et d’acteurs culturels qui ont trouvé dans la tauromachie une source d’inspiration pour leurs œuvres. Sans doute vous ne saisissez pas l’art de la tauromachie… C’est d’autant plus dommage que, députée, vous assumez la charge des affaires de l’éducation et de la culture où l’on remarque votre particulière sollicitude pour le cinéma, passion que nous avons en commun. Cependant, même si vous n’êtes pas sensible à toutes les cultures, je veux croire que, comme véritable française, vous êtes profondément attachée à la devise Liberté, Égalité, Fraternité que nous portons bien haut. Donc, en tant que citoyen français, je revendique la liberté. Liberté de penser, liberté de choisir mon travail et mes goûts et, surtout, liberté de choisir quelle éducation je dois donner à mes filles.

Alors, vraiment, dans le berceau de la liberté et comme porte-voix d’un parti qui la prône vous voulez enlever aux parents celle d’éduquer librement leurs enfants ? Vous voulez, d’un coup de plume, éliminer cette liberté pour laquelle vos propres parents se sont battus en mai 68 ? Oui je dis éduquer. Parce que, pour ce qui me concerne, la tauromachie a été une école de la vie et une éducation. Assurément, madame Bergé, ma vie n’a pas été un chemin bordé de roses. Et tandis que d’autres enfants rêvent d’être footballeurs ou astronautes ou comme le personnage de Sylvester Stallone que votre propre père a doublé dans la version française du film, pour moi, mon salut fut de ressembler aux toreros considérés comme des super héros vêtus de lumières.

Parce que, dans ce chemin pour me trouver et devenir également ce super héros, j’ai acquis des valeurs, je me suis éduqué, je me suis cultivé, je me suis discipliné et j’ai rencontré des personnes magiques dans tous les domaines, de la littérature à la peinture, en passant par la photographie, le cinéma, le sport et la politique. Savez-vous, madame Bergé, combien de gamins ont été sauvés de l’exclusion sociale et de la délinquance dans les écoles taurines de Nîmes, Arles, Béziers pour ne citer que celles-là ? Vous dites que les enfants ne peuvent assister à la corrida parce qu’on y voit la mort en vrai. Je vous conseille, en toute humilité, la lecture brève mais intense de « Cinquante raisons de défendre la corrida » de notre

compatriote Francis Wolf. Il y parle de la tauromachie comme école du respect. Il y évoque aussi le soi-disant « trauma » dont seraient victimes les enfants présents à une corrida. Et bien « n’importe quoi peut traumatiser un enfant. En particulier la violence muette, aveugle et absurde, à laquelle on ne peut donner ni sens ni raison. » Ce n’est pas moi qui l’affirme. C’est monsieur Wolf, philosophe réputé, professeur émérite à l’école Normale Supérieure de la rue d’ Ulm.

La violence dépourvue de sens et de raison c’est, par exemple, celle à quoi les enfants sont exposés sur les réseaux sociaux grâce aux portables qu’ils manipulent mieux que moi et peut-être mieux que vous. Va-t-on interdire les réseaux sociaux ? La loi va-t-elle y exiger un contrôle parental ? Non, à l’évidence.

Attaquer la tauromachie est politiquement plus correct. Et plus rentable. Ce que, sans doute, vous pensez. Mme Bergé vous sautez dans l’arène de la polémique pour tirer un revenu politique de la présence de deux ministres aux arènes de Bayonne. Permettez qu’on fasse de la politique vraie et, bien qu’ils ne soient pas de votre parti, parlez avec eux. Demandez leur combien ils ont vu d’enfants sur les gradins et autour des arènes. Inutile de les compter. Ils n’auraient pas pu. Je vous assure qu’il y en avait des centaines. Et, savez vous ? Ce sont des enfants comme les autres. À la rentrée des classes ils iront au collège, ils joueront avec leurs amis, ils étudieront, ils feront leurs blagues, ils renâcleront pour faire leurs devoirs et rêveront éveillés sur leur futur d’adulte. Un, qui sait ?pensera à devenir torero. Ou pas. Seul le temps le dira. Mais, Mme Bergé, vous n’êtes pas quelqu’un à vous opposer à l’avenir. Ne soyez pas complice de ce crime culturel qui veut faire disparaitre ce qui est différent. Soyez libre. Et, si vous ne le pouvez pas, ce que, croyez moi, je peux comprendre, laissez les autres l’être.

Bien à vous, Sébastien Castella

Castella, considéré l’un des plus grands matadors du monde, est sorti en triomphe des arènes de Nîmes, le samedi 14 septembre après avoir coupé trois oreilles, en compagnie de Miguel Angel Perera, qui a demandé la grâce (un indulto en espagnol) de son dernier taureau, Cazadotes, qui se prépare à une nouvelle vie. Madame Bergé ferait mieux de s’occuper d’autres animaux en souffrance, comme ces ovins qui sont tués sans ménagement chaque année par centaines de milliers.

 

 

 

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Auteur de l'article : Bruno Stéphane-Chambon

Chroniqueur théâtre