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Le chemin du paradis

Comment l’idéologie pédagogique détruit la France au nom du paradis égalitaire. Quel ministre peut en venir à bout ?

Attention : danger. L’œuvre admirable des pédagogistes risque d’être ruinée. Le Ministre le suggère, l’envisage. Ce ne sont peut-être que des paroles en l’air, mais tout de même, attention !

Les pédagogistes ont promu la méthode globale, qui a permis aux jeunes lecteurs de produire de jolies contrepèteries. Un examinateur à l’oral du baccalauréat m’a raconté qu’un candidat lisait obstinément « chameau de la matinée » pour « manteau de la cheminée ». Certains diront que ce jeune lecteur était affecté de dyslexie. Les pédagogistes ont grandement œuvré à la propagation de la dyslexie, de quoi faire vivre de nombreux orthophonistes. En histoire, les pédagogistes ont heureusement mis fin aux histoires, qui laissaient les enfants bouche bée, aux grandes figures masculines qui les enivraient d’une sotte admiration, aux portraits de reines et de favorites, qui débouchaient souvent sur une sorte de théâtre de boulevard, aux récits de bataille, qui étaient du western bon marché. Les enfants aimaient alors l’histoire, qui est du passé, qui est contre le progrès. Cet amour était gravement malsain. Grâce aux pédagogistes, en seconde, on apprend en même temps la différence dans l’Athènes antique entre les clans – affreux – et les dèmes – beaucoup mieux – et, par un bond prodigieux de plus de vingt siècles, les conflits et leurs résolutions aux États-Unis entre les successives vagues d’immigrants. On accorde ainsi à l’élève qui s’ennuie une haute conscience citoyenne docile. En littérature ? Plus de littérature, plus d’auteurs, fini ! des textes, des « objets d’études », des thèmes, là aussi haute formation de conscience citoyenne. On n’en finirait pas, en examinant de près chaque matière, comment nos pédagogistes ont su rendre les études émouvantes, grâce à quoi, selon certaines statistiques, la France se situe dans les derniers rangs pour ce qui est de l’éducation. On rétorquera que le français a des graphies compliquées, nécessitant un long apprentissage, tandis que l’espagnol et l’italien, disposant de graphies phonétiques, se lisent à toute vitesse, que ce n’est pas de jeu de les comparer. Mais la France est aussi dans les derniers rangs en ce qui concerne les mathématiques, qui ont un langage universel. Grâce aux pédagogistes, nous pouvons éprouver une sainte humilité, qui nous prédispose au paradis.

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Auteur de l'article : Bernard Leconte

Bernard Leconte vient de publier un guide divertissant de Lille qu’il visite avec le Grand Roi sous le titre amusant : Louis XIV, Martine et moi, aux Éditions Les Lumières de Lille. 90 p, 14,90€