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Michel de Roumanie a été roi deux fois !

Michel de Roumanie - Politique Magazine

Il est des rois qui ont manqué à l'Europe. Quel dommage ! Le peuple roumain le sait. Un deuil national de trois jours a été décrété.

Disparu le 5 décembre dernier à l’âge de 96 ans, le roi Michel de Roumanie était l’un des deux souverains vivants ayant régné en Europe pendant la Deuxième Guerre Mondiale. Son histoire, héroïque et bouleversante, est presque aussi originale que celle de la Roumanie, un État né grâce à Napoléon III et la France impériale.

En 1856, le traité de Paris, qui soldait la guerre de Crimée, imposa l’union de la Moldavie et de la Valachie. En 1866, c’est la Maison de Hohenzollern-Sigmaringen, la branche catholique de la dynastie prussienne, qui monte sur le trône avec le roi Carol, mais l’indépendance roumaine ne fut effective qu’en 1878, grâce au Congrès de Berlin. Son neveu qui lui succède, Ferdinand, est le monarque d’une période faste pour la Roumanie qui s’était rangée du côté des Alliés lors de la Première Guerre mondiale. C’est le triomphe de la Grande Roumanie, née au Traité de Versailles grâce à l’épouse de Ferdinand, la belle et brillante reine Marie. En 1927, le prince héritier Carol, qui avait épousé la princesse Hélène de Grèce mais menait une vie scandaleuse avec sa maîtresse Magda Lupescu, est destitué et exilé. C’est son fils Michel, né en 1921 à Sinaïa, à 120 km au nord de Bucarest, qui lui succède. Agé de 6 ans, le prince Michel, petit-fils de Ferdinand, est intronisé roi le 20 juillet 1927, par le Parlement roumain. Pour la première fois… Michel 1er succède officiellement à son grand-père, mais en raison de son âge une régence est évidemment assurée.

Michel, Carol, Michel

Hélas, rapidement, les difficultés économiques montrent combien le Parti des Paysans, au pouvoir, est dépassé. Un prénom circule : celui de Carol, le père de Michel, le proscrit, le banni mais qui, malgré ses défauts, représente l’espoir. L’opinion estime qu’il a été injustement traité et que lui seul peut sauver la Roumanie. Alors se produit un évènement incroyable : parti de France, Carol le débauché arrive en avion à Bucarest le 6 juin 1930, à 22 h 05. Une nuit de liesse : des officiers l’appellent « le Roi tombé du Ciel » ! Escorté de deux régiments, il gagne le palais royal. Le 7 juin, le gouvernement démissionne, la régence est dissoute et commence le règne de Carol II, le père succédant à son fils Michel, ce qui n’est pas banal !

Mais le nouveau souverain ne se montre pas à la hauteur de ses prédécesseurs et est chassé du pouvoir le 6 août 1940. Alors débute le second règne du roi Michel, maintenant âgé de 19 ans, à nouveau Michel 1er… pour la deuxième fois ! Toutefois, la période est dramatiquement complexe : Staline a annexé la partie orientale de la Roumanie alors que le pays s’engage au côté d’Hitler. Le jeune roi, pris dans l’étau des dictatures, lutte et ose, le 23 août 1944, faire arrêter le maréchal pro-nazi Antonescu, ce qui placera finalement – et une nouvelle fois –, la Roumanie dans le camp allié. Après 1945, la guerre froide étouffe l’Europe centrale. Le royaume devient un satellite de l’URSS et la monarchie est otage de l’ Armée rouge. Le roi est menacé physiquement par le revolver d’un commissaire politique de Moscou : s’il n’abdique pas, en échange d’une confortable rente, les dirigeants communistes exécuteront un millier d’étudiants Un odieux chantage communiste.

Michel de Roumanie à Bucarest - Politique Magazine

Le roi lors de son retour à Bucarest en 1997

Toujours digne

Le 30 décembre 1947, le souverain, courageux et digne, abdique. Il a assisté, à Londres, au mariage de la princesse héritière Elizabeth avec Phillip Mountbatten. Le roi Michel épouse, en 1948, à Athènes, la princesse Anne de Bourbon-Parme, qu’il avait rencontrée au mariage de la future reine Elizabeth II. Ils auront cinq filles et s’installeront en Suisse. Pour vivre, l’ancien souverain apprendra divers métiers dont celui de mécanicien dans une compagnie d’aviation américaine basée dans la Confédération helvétique. Une admirable pudeur ! L’exil de la famille royale durera un demi-siècle, jusqu’à l’effondrement du régime du sinistre « Conducator » Ceaucescu. Après l’échec d’une tentative de restauration, le roi Michel sera accueilli à Bucarest, à Pâques 1992, par un million de Roumains. Mais deux ans plus tard, il est de nouveau interdit de séjour dans son pays. Ce n’est qu’en mars 1997, après une nouvelle ovation populaire à Bucarest, qu’il reçoit son passeport et, en 2001, les propriétés de la Couronne lui sont restituées, comme le palais Elisabeta, à Bucarest, et le château de Pelesh à Sinaïa, mais aussi son titre de Majesté, un statut d’ambassadeur et une Maison royale.

Aussi discret que populaire, Michel 1er réconcilie la plupart des Roumains. Veuf depuis un peu plus d’un an, souffrant d’une leucémie, Michel 1er, qui n’avait aucun esprit de revanche, rappelait que si « les rois ont fait la Roumanie moderne en cent quarante ans, les communistes ont tout détruit en quarante ans ». Il avait dit non aux dictatures hitlérienne et stalinienne. Un magnifique exemple. Peiné par des querelles de succession dynastique entre deux de ses filles s’affrontant à coup de communiqués, le roi Michel avait reçu les derniers sacrements au début novembre. Avec nostalgie, la Roumanie pleure le héros d’un romanesque et incroyable passé…

Jean des Cars vient de publier François-Joseph et Sissi : le devoir et la rébellion (Perrin).

 

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Auteur de l'article : Jean des Cars

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