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Régionales 2021 : la victoire à la Pyrrhus des Républicains ?

Si l’on croit les responsables de ce qui subsiste au sein de l’« archipel » des Républicains (le parti et les formations qui en sont proches, comme Libres ! de Valérie Pécresse), les élections régionales de 2021 marqueraient le début de la reconquête à droite. Les Républicains seraient ainsi le premier parti de France. La perspective est séduisante face à une République en marche incapable de s’implanter localement – après les municipales de 2020, les régionales confirment cette incapacité d’ordre quasi-structurel – ou face à un Rassemblement national dont la prouesse est non seulement de ne gagner aucune région mais encore de perdre des élus. C’est cependant aller vite en besogne : les élections départementales et régionales révèlent un jeu politique qui se vit encore plus à huis-clos mais où les ressources électives restent précieuses. Si Les Républicains, comme les autres formations de l’ancien monde, sont loin d’être redevenus des pôles de militantisme actif, comparables aux campagnes présidentielles de 2007 ou même de 2012, ils bénéficient cependant de certains atouts qui font que les raisons du « regain » des 20 et 27 décembre 2021 doivent être cherchées ailleurs.

Un réseau important de collectivités et d’élus

Depuis 2017, la droite garde encore ses places fortes : départements ou régions. À défaut d’enthousiasmer l’électeur, la droite a gardé un réseau important d’élus locaux, qui lui permet de ne pas disparaître face à un « nouveau monde », dont la conquête du pouvoir s’est arrêtée à l’Élysée et à l’Assemblée nationale. Dans une élection où seuls les « initiés » votent, et sur fond d’un macronisme fébrile et discrédité, il ne devenait guère difficile d’accorder aux sortants leur confiance. Leur gestion ne semble guère avoir posé de problèmes. On a entendu les présidents de région pendant la crise du Covid proposer leurs « solutions » ou faire la leçon au Gouvernement… Tous les présidents de région de droite élus en 2015 sont restés en poste. L’élection de juin 2021 manifeste un phénomène de continuité flagrante où des formations classiques mêmes affaiblies peuvent survivre avec leurs notables. Les présidents de région ont été réélus avec des résultats écrasants par rapport à leurs adversaires de gauche, généralement teintés d’écologisme, ou au RN. Pour un électorat relativement civique, disposant d’un bon capital social et culturel, les vraies alternatives au macronisme pouvaient se trouver dans ces élus de formations certes discréditées mais restant bien implantés. Nullement dans un Rassemblement national méconnu et peu enraciné dans la vie locale (aucun de ses élus n’avait de bilan à défendre). On l’a vu l’année dernière avec l’attachement au maire. Les régionales de 2021 s’inscrivent dans cette perspective. À défaut d’appartenir à une formation appréciée des électeurs, les notables de droite disposaient d’un redoutable atout : l’exercice du pouvoir au sein des collectivités locales. Une « ingénierie » capable de rassurer un électeur de droite déboussolé. En 2017, on pouvait se dire : à quoi bon le PS et LR, il suffit de LREM ? Aujourd’hui, dans une élection qui fait appel à des professionnels de de la politique, c’était la remarque inverse : à quoi bon LREM, si le PS et LR gèrent bien au niveau local ?

La droite reste fragile

Ces éléments sont évidemment importants. Mais en quoi sont-ils en mesure de pallier une absence de dynamique et un affaiblissement dans le jeu politique ? La division chronique de LR peut toujours resurgir à n’importe quelle occasion. On l’a vu en 2012, puis en 2017. Cette fois-ci, les baronnies se sont davantage institutionnalisées avec les élections régionales, chaque leader disposant de sa région « pré carré ». Le hic est qu’ils sont plusieurs et que la concurrence sera vive. Pour ne nommer que les trois « grands » que sont Bertrand, Pécresse et Wauquiez, ils sont chacun légitimes à revendiquer une large victoire face à des adversaires fragiles et minoritaires. Même Bertrand peut se targuer d’avoir vaincu LREM et le RN dans les Hauts-de-France. Or la difficulté est que le moyen de les départager fait l’objet d’un tabou : les primaires, rejetées à cause de l’échec de François Fillon. À un an de la présidentielle, il faut pourtant faire vite… En juillet 2016, la droite s’était déjà lancée dans le processus des primaires ; il existait même une dynamique. Qui plus est, faut-il rappeler que deux ans avant la défaite de 2017, la droite avait conquis en 2015 plusieurs régions… On pourrait remonter plus loin dans des regains sans lendemain. En 1965, le gaullisme subissait de cuisantes défaites aux élections municipales qui révélaient les forces du général de Gaulle incapables de détrôner les notables. En 1967, la majorité à l’Assemblée nationale n’avait même été conservée qu’à une seule voix. Ces échecs n’avaient pas empêché la Ve République de se consolider pour empêcher tout retour en arrière. Il serait hâtif de voir dans le scrutin de juin 2021 une « restauration ».

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Auteur de l'article : Jean Bouër

Publication de l'article : 2 juillet 2021