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La « police de la sécurité au quotidien »

Et si les policiers se font tabasser…que reste-t-il de la police de proximité ? Politique magazine

Police. La PSQ devient le maître-mot de la sécurité en France. Encore un mot ! Toujours des mots !

Le ministre de l’Intérieur, M. Gérard Colomb, vient de lancer, le 8 février, sa nouvelle « police de la sécurité du quotidien », annoncée comme une réforme profonde le la politique de sécurité. Authentique nouveauté susceptible de changer la vie des Français, ou simple slogan de communication ?

La montée de la délinquance en France n’est pas un phénomène conjoncturel. Elle ne date pas d’hier. Elle correspond à un mouvement de fond de la société française sur le long terme et se reflète dans le nombre des crimes et délits enregistrés par la police et la gendarmerie, c’est-à-dire, les plaintes déposées (le fichier 4001). D’après l’INSEE, le nombre de victimes pour 1000 habitants, était de 12,72 en 1964 ; 34,93 en 1974 ; 48,90 en 1981 ; 55,97 en 1988 ; 63,47 en 1995 ; 58,08 en 2007 ; 54,64 en 2012.

Montée de la délinquance

Les chiffres de la délinquance générale paraissent dans l’ensemble stabilisés depuis le milieu des années 2000. Certaines formes de criminalité diminuent grâce aux technologies qui permettent de lutter efficacement contre les vols de véhicules et de leurs équipements radio ou de sécuriser les établissements sensibles grâce à la vidéo-protection. Ainsi, les vols à main armée diminuent nettement (14 800 en 2008 et 8 800 en 2016). Si l’on excepte les attentats terroristes de 2015 et 2016, le nombre des homicides est stabilisé autour de 800 à 850 chaque année.

En revanche, d’autres types de délinquance ne cessent jamais de s’accroître, d’année en année. Elles correspondent à des crimes et délits du quotidien, touchant les hommes et les femmes dans leur vie de tous les jours. Les cambriolages augmentent constamment : 169 100 en 2008, 243 500 en 2016 et 249 200 en 2017. Les vols sans arme (arrachage de sac ou de téléphone portable) sont en hausse continue : 590 200 en 2008, 704 200 en 2016. Les coups et blessures volontaires, ou violences gratuites, connaissent une hausse ininterrompue : 198 600 en 2008, 214 800 en 2016. Les viols se caractérisent par une hausse dramatique (14 700 en 2016 et 16 400 en 2017) de même que les atteintes sexuelles (21 900 et 24 000). Dans la hausse des agressions sexuelles, il est impossible de distinguer ce qui relève de l’aggravation factuelle du phénomène, de la propension croissante des victimes à porter plainte.

La montée de la violence et de la criminalité est donc une tendance lourde de la société française sur plusieurs décennies. Elle est marquée par une explosion de la délinquance des mineurs. Elle correspond à la poussée du trafic de drogue. Elle est le signe d’une désintégration du corps social, d’une anomie croissante, de l’affaiblissement des repères de la civilité comme du respect de l’intégrité physique d’autrui et de ses biens. Cette montée de la violence barbare, qui s’exprime notamment dans la hausse du nombre des viols, témoigne de l’effondrement de la transmission des valeurs, la faillite de l’éducation et de l’autorité. Elle exprime le naufrage d’une société dans le chaos. Elle est avant tout la conséquence de la démission des familles qui ne parviennent plus à transmettre les principes de comportement d’une génération à l’autre. Sur ces phénomènes d’ensauvagement qui touchent tous les milieux sociaux se greffent les difficultés d’intégration d’une partie des populations issues de l’immigration, installées dans les quartiers sensibles qui accumulent les handicaps : échec scolaire, chômage massif, violence, trafics, poussée de l’islamisme radical…

Tous les gouvernements et toutes les majorités ont échoué depuis le début des années 1980 sur ce drame, les uns après les autres, incapables d’y apporter des réponses crédibles. Leur échec s’explique par une prise en compte du phénomène beaucoup trop superficielle, en fermant les yeux sur la profondeur du mal.

Le déni de réalité. Politique magazine

Le déni de réalité. Politique magazine

Le déni de réalité

Les gouvernements ont pris la montée de la violence comme une simple conséquence du chômage et de la pauvreté. Ils ont cru qu’on pouvait la régler par la reprise de l’emploi, les mesures sociales, la redistribution de montants gigantesques au titre de « la politique de la ville ». Ils se sont trompés en refusant de voir qu’elle était le signe d’une société en cours de désintégration. Les différents gouvernements ont instrumentalisé la question de la sécurité. Plutôt que de la traiter au fond, ils en ont fait un objet de communication, soit pour soigner une image de tolérance, soit pour donner l’illusion de la fermeté.

L’un des échecs les plus retentissants en matière de sécurité fut la police de proximité du gouvernement Jospin, de 1997 à 2002. Cette période fut marquée par une explosion de la délinquance et de la criminalité. Le principe de cette politique était de créer des postes de police dans les cités les plus sensibles, et d’y organiser des patrouilles pédestres. Ayant pour objectif de lutter contre le sentiment d’insécurité bien davantage que contre la délinquance, elle s’inspirait de l’un des fondements idéologiques de la gauche socialiste française qui voit dans l’insécurité un mythe, dirigé contre les « classes dangereuses » davantage qu’une réalité. Elle était axée sur la prévention plus que sur la répression. Cette politique, qui allait de pair avec la réduction du temps de travail dans la police de 39 à 35 heures, s’est révélée extrêmement coûteuse en effectifs – ne serait-ce que la permanence dans les postes de police. Lionel Jospin est le seul Premier ministre de l’histoire qui ait déclaré, à l’issue de son passage à Matignon et de son échec à la présidentielle de 2002 : « Nous avons été naïfs en matière de sécurité. »

De 2002 à 2012, Nicolas Sarkozy, comme ministre de l’Intérieur et président de la République, a placé la sécurité au centre de ses préoccupations. Dans un grand mouvement de balancier, il a voulu replacer la répression au centre de sa politique sécuritaire en durcissant les peines encourues par les délinquants. Sa mesure phare, en 2007, fut l’adoption des « peines planchers » envers les multirécidivistes. Le principe constitutionnel de l’individualisation des peines empêchait la loi pénale de contraindre la justice à appliquer des sanctions minimales à la suite d’une infraction. Toutefois, la loi prévoyait l’obligation pour le juge de motiver son refus d’appliquer la « peine plancher ». Les magistrats ont appliqué cette possibilité de dérogation dans un cas sur deux. En parallèle, il a été beaucoup reproché au président Sarkozy d’appliquer aux policiers et aux gendarmes sa politique de réduction des effectifs de la fonction publique. Les suppressions de postes de 2007 à 2012 ont abouti à annuler l’augmentation d’effectifs qu’il avait obtenu de 2002 à 2007. Dans l’ensemble, la droite au pouvoir pendant dix ans n’a pas réussi à enrayer la hausse de la délinquance violente.

De 2012 à 2017, sous l’impulsion de Manuel Valls, ministre de l’Intérieur puis Premier ministre, la notion de proximité est revenue à l’honneur sous d’autres formes. Une trentaine de zones de sécurité prioritaires (ZSP) ont été définies dans les secteurs les plus difficiles. Elles étaient pourvues de moyens renforcés, en effectifs et en matériel, et donnaient lieu à un pilotage stratégique dans le cadre d’un comité associant le préfet, le parquet, les forces de l’ordre et les élus. Là non plus, ces mesures n’ont débouché sur aucun effet probant. Faute de pouvoir soigner le mal, les dirigeants du pays ont choisi de casser le thermomètre. La communication mensuelle des chiffres de la délinquance, instaurée sous Sarkozy, a été supprimée au profit d’une communication annuelle.

Des phrases et après…

La nouvelle politique annoncée par M. Colomb, sous l’intitulé de « police de la sécurité au quotidien » (PSQ) marque une étape supplémentaire dans la voie du nihilisme sécuritaire. De fait, la formule de PSQ semble se suffire à elle-même comme si toute la politique devait se réduire à un slogan. Sa logique n’est pas si différente de la méthode qui avait atteint son paroxysme sous Jospin : rassurer la population par une formule en donnant l’impression que la police se rapproche du citoyen pour le protéger. Mais, derrière, un vide sidéral semble prévaloir. « La PSQ, souligne le ministre dans son interview au Monde du 9 février, c’est surtout une méthode de travail, un nouvel état d’esprit pour l’ensemble des forces. Il sera insufflé au travers d’un certain nombre de réformes de structures : simplification et dématérialisation de la procédure pénale, substitution de personnels opérationnels par des administratifs spécialisés, suppression des tâches indues. » Une « méthode de travail »… Les mots sont creux et brassent des lieux communs et des banalités, mille fois ressassées depuis des décennies. On atteint ici la quintessence de l’illusionnisme, comme si un sigle, celui de PSQ, vide de tout contenu, pouvait à lui seul régler les problèmes. Une fois de plus, la politique se réduit à la communication. Le pouvoir politique, à travers une telle déclaration, donne acte de son renoncement à lutter contre l’insécurité.

En vérité, il faut lutter contre l’insécurité à deux niveaux. Tout d’abord, restaurer l’autorité de l’État en mettant fin à la permissivité et la culture de l’excuse. L’insécurité est le fruit d’un laxisme. Chaque infraction doit être sanctionnée dans un esprit de justice et de fermeté. « Les peines planchers » doivent être restaurées et toutes les peines effectivement appliquées. Il faut construire des places de prison, autant que nécessaire. Mais surtout, la question de la sécurité doit être traitée à la racine, dans une perspective de long terme qui touche aux fondements de la société : réhabilitation de la cellule familiale et du rôle éducatif des parents, discipline et autorité à l’école, lutte conte l’échec scolaire, maîtrise des flux migratoires pour les adapter aux capacités d’intégration du pays, restauration des grandes valeurs que sont l’autorité de l’État, la solidarité nationale, la culture, la réussite par les études et le travail.

Aurélien Saurans

Pierrefitte sur Seine le 18 fevrier 2013. Lieu de la fusillade a la cite des poetes dans un local de chantie. Deux ouvriers ont ete blesse. Forces de police. Quartier sensible. Pierrefitte sur Seine, FRANCE-18/02/2013./Credit:A. GELEBART/20 MINUTES/SIPA/1302191346

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Auteur de l'article : R.

R… est un prince français exilé par la République. Chaque mois, il confie à son journal intime l’état de ses réflexions sur la France, son personnel politique, les malheurs de son peuple... Son exil est peut-être aussi le nôtre.

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