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Les Républicains et Macron : un marché de dupes ?

Les Républicains sont un parti en sursis et même en survie artificielle. Zombies animés par des pratiques électorales d'un autre âge, ses élus espèrent un pacte faustien qui prolongerait leurs existences inutiles.

Depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron et l’élection des députés marcheurs, il n’y a pas d’opposition en France. Le PS ne fait plus parler de lui et le RN ne semble pas se remettre de la prestation ratée de sa présidente face à Emmanuel Macron lors de l’entre-deux-tours de la présidentielle de 2017. Quant aux Républicains (LR), ils veulent encore incarner la droite, même si le mot devient vide de sens. Au fond, on ne sait plus très bien ce qui distingue le programme de LR de celui de LREM. Y a-t-il des électeurs LR ? Les riches ont compris l’intérêt du macronisme et les couches populaires – perdues depuis longtemps – votent RN ou s’abstiennent. Au final, il n’y a plus grand-monde dans le navire. Même plus de militants. Il y a surtout des élus qui ont intérêt à garder leur position électorale. LR est resté ce qu’il était depuis des années, un syndicat d’élus qui n’a plus d’idées mais des intérêts électifs. D’où la présence insolite de 103 députés LR à l’Assemblée nationale, rescapés du grand naufrage présidentielle de la droite en 2017. Au fond, LR, c’est comme les supernovas, ces étoiles toujours visibles qui ont disparu depuis des millions d’années.

Un discours d’opposant ?

Officiellement, LR tonne contre Macron et l’inefficacité de l’exécutif. Il est vrai que les griefs ne manquent pas. Contre les grèves et la réforme des retraites. Contre la gestion calamiteuse du Coronavirus, etc. Les retraites, parlons-en. Le gouvernement s’est noyé avec l’âge pivot à 64 ans – une autre manière d’augmenter l’âge de départ à la retraite, sans le dire ouvertement. LR a aussitôt dégainé ses propositions sur ce sujet qui met toujours du monde dans la rue : retraite à 65 ans, augmentation des petites retraites à 1000 euros ou prise en compte de la pénibilité. Problème : une partie des mesures étaient déjà dans cette réforme mort-née. La réforme de Macron reprend des propositions que LR a toujours défendues (la suppression des régimes spéciaux), au moins sur le papier. Ne pouvant s’opposer frontalement à la réforme, les députés LR doivent chipoter sur les détails (Ce que les politologues appellent la technique du point-virgule), tout en ayant le culot de dire que « le système universel du gouvernement va créer de nombreux perdants » et « des retraités pauvres » ! En gros, trouver que la réforme n’est pas de droite, tout en affirmant qu’elle précarise… Comme l’exécutif est à la fois majorité et opposition, les opposants à Macron reprennent tous les discours – de droite comme de gauche – dès lors qu’ils sont contre le pouvoir. De même, on a vu que LR pouvait encore intelligemment se rebiffer, notamment à l’Assemblée nationale, en refusant de voter des mesures organisant le déconfinement. Au passage, les Républicains ne veulent plus faire comme en 2013. Ainsi, face à la PMA pour toutes, pas question de soutenir La Manif Pour Tous. Il faut être « prudent » dans le sens le plus lâche du terme… LR veut incarner le peuple de droite, mais quand celui-ci se manifeste, il ne faut pas le soutenir, sous peine d’être « ringard », crime abominable ! Il y a aussi les contradictions dans le discours. La droite a accusé Macron de ne pas avoir fermé assez tôt les frontières lors de la crise de la Covid-19, mais en même temps ses dernières clientèles électorales lui demandent de les laisser ouvertes : les professionnels du tourisme ou les Français de l’étranger… D’où un discours qui se veut protecteur, mais défenseur aussi de l’intégration de la France dans le système-monde et l’économie mondialisée. Mais cela, le macronisme le porte déjà. La doxa n’est pas si claire que cela. Quid alors de la praxis ? Le ton est encore plus déférent. C’est la génuflexion.

La multiplication des déférences

LR aime taper sur Macron. C’est facile, tout le monde le fait en ce moment. Dans la pratique, c’est beaucoup plus compliqué. Au Sénat, les élus LR ont beau retoucher les textes proposés par l’exécutif (ils ont aussi limité l’état d’urgence sanitaire au 10 juillet prochain 2020), ils restent très déférents envers l’exécutif. Édouard Philippe ne vient-il pas de LR ? En juin 2019, le gouvernement avait présenté sa déclaration de politique générale. Il avait même accepté que les sénateurs puissent rejeter cette déclaration sans que cela entraîne l’obligation pour le gouvernement de démissionner constitutionnellement parlant (le méconnu article 49, al. 4 de la Constitution). Or sur 144 sénateurs du groupe LR, seuls 10 ont refusé à Édouard Philippe la confiance. Même certaines figures réputées à droite ont préféré s’abstenir. Il est vrai que ce vote faisait suite à la raclée de LR aux élections européennes de mai 2019 (8,4 % avec Bellamy). Il faudrait plutôt y voir un accord entre Macron et Larcher. De même la très réussie commission d’enquête sur Benalla a été décevante sur les suites pénales. Les éléments ont été transmis à la justice. Puis rien du tout. Si la justice est souveraine, on notera que le politique était embarrassé. Qu’on se rassure : le macronisme ne s’effondrera pas, comme le fillonisme. Même avec le pire des scandales. Et c’est ce que l’on peut encore craindre avec la crise du Coronavirus.

La satellisation de LR, cette autre forme de suicide

Depuis l’échec de Sarkozy en 2016 et de Fillon en 2017, puis le médiocre intérim de Wauquiez à la tête du parti de 2017 à 2019, LR n’a plus de leader. Son président actuel, Christian Jacob, a intériorisé sa propre impuissance. En revanche, le parti garde un nombre important d’élus locaux, ce que LREM n’a pas été en mesure d’obtenir avec de premier tour d’élections municipales désastreuses où les candidats marcheurs sont allés en mission suicide (Buzyn, à Paris). D’où cet accord qui ne veut pas dire son nom entre LR et l’exécutif macronien. Ce qui se profile, c’est une sous-traitance : LREM, ne pouvant prendre les mairies, s’en remettra aux bonnes mains des élus locaux LR. On le voit avec les rabibochages entre élus LREM et élus LR. Comme avec ces listes LR-LREM présentées dans toute la France, ces candidats de droite – indépendants ou LR – qui cajolent les électeurs macronistes. Ou récemment à Lyon ou à Paris : après le premier tour, des élus LR et LREM acceptent de discuter et même s’allient. Sans extrapoler ces stratégies électorales circonstancielles, on peut craindre la mise en place d’un arrangement pragmatique entre LREM et LR. Au premier, le national et l’administration ; au second, les mairies et le local. Un arrangement sans pacte, inavoué, qui pourrait naître d’un certain empirisme. Deux partenaires incapables de se détruire ne peuvent que se ménager. En décembre 2019, quand il tonnait contre la réforme des retraites, l’ancien ministre du Budget Éric Woerth avait lâché cet aveu : « notre retour au pouvoir est une longue histoire à écrire et ce n’est pas une voie de facilité ». C’est le moins qu’on puisse dire. À LR, on n’est pas mort : on sait juste qu’on est en train de mourir. Et on préfère que l’agonie soit longue. Très longue.

Illustration : Etienne Blanc, ex-candidat de la droite et du centre à Lyon, invite ses équipes « à poursuivre, autour d’une équipe qui se réunie [sic] en raison de la gravité des circonstances » le vrai combat de la conquête du pouvoir.

 

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Auteur de l'article : Jean Bouër

Publication de l'article : 14 juin 2020