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La France est malade – Oser comprendre de quoi –

Le virus républicain est la cause véritable de ses malheurs.

La politique française est un amas de contradictions. Tout le monde le constate. Chacun y va de sa critique. Mais qui ose comprendre ? Oui, ose. En posant le seul, vrai, bon diagnostic : la France est malade de ses institutions.

Perversité des institutions

Oser comprendre que nos institutions sont mauvaises, voire détestables ! Bien sûr que la France est malade spirituellement, mais prioritairement et fondamentalement, c’est politiquement qu’elle est aliénée, infectée, droguée, anéantie, dépressive. Les maux dont notre pays est de jour en jour de plus en plus affecté, ne gagnent en ampleur que par la connivence active ou passive du pouvoir et ne prospèrent que dans le cadre des principes et des pratiques qui constituent l’essence de la puissance publique en France. Depuis l’immigration sans frein qui a repris de plus belle en dépit de tout ce qu’on raconte, avec les accords algériens entre autres, attribuant le droit de séjour à tous les amoureux, jusqu’à l’insécurité quotidienne qui devient un drame lancinant pour les populations ; depuis l’affaissement moral entretenu par l’État avec ses lois de démoralisation systématique, autorisant l’infanticide tout aussi bien que le n’importe quoi sexuel, jusqu’à l’inéducation nationale organisée par l’État avec grand battage médiatique, discours grandiloquents, « Grenelle », enquêtes, questionnaires et consignes contradictoires ; depuis l’effondrement économique, industriel, agricole, commercial, longtemps camouflé sous des flots de promesses électorales, que les explications étatiques attribuent maintenant – c’est facile ! – au coronavirus, jusqu’à la misère sociale dont les gilets jaunes furent le signal alarmant ; depuis les abandons tragiques de souveraineté qui nous coûtent si cher et dont le président et le gouvernement ont fait semblant de s’étonner et même de s’offusquer – il faut le faire ! –, eux qui se flattent d’être antinationalistes, jusqu’aux risques de guerres civiles, transformées pudiquement en phénomènes de communautarisme, et jusqu’aux dangers de plus en plus fréquents de confrontations dans les engagements extérieurs, sans préparation politique et militaire suffisante. Les mêmes qui souhaitaient l’entrée de la Turquie dans l’Europe, s’aperçoivent maintenant de son expansionnisme, mais sont tenus par les incroyables concessions qui lui ont été faites ! Les mêmes qui fustigent le rôle de la France en Afrique, se font déborder sur les territoires que la France est censée sécuriser ! La liste des problèmes peut s’allonger. Elle inquiète à juste titre les quelques bons esprits qui fonctionnent encore en France.

Ces faiblesses incontestables, la plupart des responsables en poste les connaissent parfaitement sans pouvoir en pointer les véritables causes, ni surtout la véritable cause, sans même en avoir le droit : interdit de parler ! Il faut phraser. Combien, cependant, vous confient la vérité discrètement ? Il y a encore, heureusement, des Français qui pensent et librement, mais c’est en secret. Jusqu’à ce que leur pensée intime soit, elle aussi, un jour censurée : on y vient. Comme dans 1984 et Le meilleur des mondes.

Des théories idiotes

Oui, la France est malade. Non seulement du coronavirus, mais, bien plus gravement, de sa République sans foi ni loi, aux principes aberrants, constitutionnellement ineptes, aux concepts abstraits et inefficaces sauf pour détruire, relevant d’une métaphysique terriblement datée, une sorte de rousseauisme robespierriste et sieyésien, revu et corrigé au gré des impératifs gaullistes par Capitant et Vedel, puis par Mitterrand et Chirac, livrant en pâture au monde l’un et l’autre pour leur gloire personnelle la souveraineté et l’honneur de la France, comme firent par la suite les Sarkozy, les Hollande et les Macron, toute une pseudo-métaphysique qui s’achève dans l’affligeante nullité toubonnienne et fabiusienne à la grasse prébende, sans doute pour mieux entériner toutes les atteintes à la France qu’une ridicule suffisance juridico-philosophique enveloppe de sophismes justificatifs. Voilà sur quoi la France vit ou plutôt à cause de quoi elle meurt.

Il n’y a pas à s’étonner si la déliquescence et la désagrégation de la société française empirent ; longtemps, en effet, les anciennes et bonnes habitudes qui régissaient les Français, leurs mœurs, leur éducation, leur formation, tant dans leur vie quotidienne qu’au travail, et jusque dans la haute administration, comme dans l’industrie, l’agriculture, l’armée, l’hôpital, l’éducation, bref, partout, contrebalançaient heureusement les effets pervers des mécaniques politiques diviseuses et ravageuses ; il était encore possible de prendre de bonnes et sages décisions. Ainsi, encore, dans le nucléaire, cet été, avec l’installation d’Iter, un projet européen et international, mené sous direction française avec des ingénieurs et des savants remarquables, malgré toutes les décisions absurdes, essentiellement politiques, qui cassent notre filière et abîment pour des années encore les montages des EPR. Les saines habitudes, faites de savoir-faire et d’intelligence sociale, qui régnaient dans notre édifice économique, s’affaiblissent et s’effacent à force d’être systématiquement contrecarrées et bafouées.

Reste alors la bêtise imprévoyante du régime qui ne rencontre plus guère d’obstacle et qui détruit tout sur son passage. Comme les derniers événements l’ont montré cet été, elle impose sa froide domination à tous les niveaux : les Français doivent devenir idiots, de plus en être contents et rassurés, puisque le régime en a décidé ainsi. Il ne manque pas d’esprits sagaces pour avoir perçu ce phénomène de persuasion malsaine et d’infantilisation technocratique, effrayant dans son doucereux et implacable totalitarisme. Se réalise sous nos yeux la société admirablement décrite par Soloviev ou par Newman ou par Benson qui sera la mise en scène préliminaire à la révélation de l’Antéchrist.

Et voilà comment la Ve République doit affronter ce qui pourrait devenir demain sa crise existentielle, fatalité à laquelle furent soumises toutes les précédentes. Son heure est venue, ça se sent. Ce qui n’empêche nullement tous les ambitieux de la politique, le sommet de l’État étant une proie à saisir, de vouloir s’en emparer en s’imaginant tous des sauveurs – ce qui en fait beaucoup ! –, pour satisfaire en réalité leur envie immodérée de pouvoir. Jusqu’aux Sarkozy et Hollande qui viennent dire leur mot… et pourquoi pas s’essayer encore à jouer un rôle. Ça les rend fous !!! La vérité simple et nue qu’ils ne veulent pas admettre, c’est qu’aucun d’entre eux, absolument aucun, n’est fait pour diriger la France. Insupportable prétention !

Seulement, ils savent que pour parvenir à leur but, il leur suffit de se servir à bon escient du plus grossier moyen de légaliser leur ambition et celle de leurs équipes : l’élection présidentielle, la plus trompeuse et la plus sotte qui soit ; deux Machiavel le savaient parfaitement : De Gaulle et Mitterrand qui en usèrent avec le plus grand art. L’élection présidentielle qui domine la vie politique tout entière, a l’avantage pour le gagnant de légitimer tout ce qu’il décide en tant que bénéficiaire du pouvoir. Les Français se font complètement avoir dans cette affaire. Élu comme un roi, à la place d’un roi, mais en faux roi – ce qu’ils savent d’ailleurs tous – , n’étant en fait qu’un aventurier de passage, le gagnant ne poursuit jamais que sa stratégie personnelle, fût-ce prétendument devant l’histoire. Même De Gaulle que tout le monde invoque aujourd’hui, et, la plupart du temps, à contresens, n’échappe pas aux traits de cette typologie d’histrion ; encore moins Mitterrand, son adversaire nécessaire qui revêtit le même habit, sans scrupule aucun.

Et le Moloch tue !

La machine se manie avec une certaine subtilité qui suppose l’appréhension des ressorts électoraux ; Mitterrand, Chirac étaient des as en la matière. Le baron noir de la série télévisée en montre de bons exemples à tous les niveaux. Les résultats s’anticipent en additionnant et en combinant les voix les plus contradictoires. Comment les Français sont-ils encore dupes ? C’est que le régime a su s’institutionnaliser comme religion officielle ; le citoyen, certes, devient incrédule mais il n’en est pas encore à renverser l’idole !

Alors, elle demeure dans son temple. Et Macron s’en fait aujourd’hui le grand-prêtre : il prêche, il exhorte, il fulmine, il rappelle dogmes et discipline. Il s’est adjoint un bedeau en chef en la personne de Castex, l’homme qui dit à chaque instant ce qu’il faut faire et ne pas faire, comment processionner en rang et saluer la divinité avec gravité. Il est sérieux comme sa fonction l’y oblige. Il est le chef de tout un ballet de cérémoniaires. Jamais il n’y a eu autant de ministres et de secrétaires d’État – 43 dont les 3/4 sont inutiles pour la France, une dépense folle –, et tous avec leur pléthore de conseillers – là aussi tous les chiffres ont explosé –, mais chacun est affecté désormais à son secteur électoral qu’il est chargé de catéchiser méthodiquement pour le ramener en 2022 dans le giron de la république macronienne, la seule église officielle pour laquelle oeuvrent tous les médias payés par l’État et en dehors de laquelle il n’y a point de salut.

Ainsi sont présentés le plan santé et le plan de relance à 100 milliards d’euros dont 40 de l’Union européenne, à ce jour non débloqués, et dont les objectifs sont, en fait, de fournir à Macron des arguments pour sa campagne de 2022. Et quelle est donc la raison de la nomination de l’inénarrable Bayrou qui resurgit avec sa tête de gugusse, à un commissariat au plan ressuscité pour l’occasion et qui ne peut faire qu’éclater de rire tous les gens sérieux ? Encore un prix à payer pour l’élection !

Ajoutez-y la loi de bioéthique votée en urgence dans un hémicycle vide à la fin du mois de juillet : elle sera ainsi passée, ce que voulait Macron. Les nouvelles règles en sont connues. Toutes d’une totale immoralité selon les critères ordinaires de la plus naturelle des éthiques, mais légitimées, comme il a été dit plus haut, par l’autorité de la République qui se substitue ainsi non seulement à Dieu, mais plus gravement encore à la conscience personnelle qui n’existe plus. L’avortement étant admis dorénavant jusqu’à neuf mois – prétendument dans certains cas –, il paraîtrait normal que le président et son Premier ministre qui ont pris personnellement en charge cette loi, pour l’exemple, assistassent au premier avortement qui sera prévu dans un tel cadre, afin d’encourager le médecin à aspirer, étouffer, déchiqueter, écarteler, éjecter et achever l’enfant dans un vide-ordure ou un crématoire – neuf mois biologiques ! –, selon la prescription du Moloch républicain dont ils sont les grands prêtres et les ordonnateurs. Ils ne manqueront pas d’être proprement masqués et républicainement imperturbables ; ils reliront sans doute à cette occasion les pages de Flaubert dans Salammbô sur le sacrifice des enfants au Moloch carthaginois. Cependant, est-il sûr qu’il y aura un médecin pour une telle besogne ? Ils seraient capables de supprimer toute clause de conscience, puisqu’un tel avortement sera inscrit dans leurs chères valeurs.

Quand donc la leçon portera-t-elle ?

Baudelaire qui, dans sa noirceur provocante, se savait et se voulait un fieffé réactionnaire, lassé de l’incompréhension bourgeoise où se disputent lâcheté intellectuelle, paresse morale, sottise qui se croit et se dit savante, se laissait aller à cette amère constatation au spectacle d’un siècle usé que Léon Daudet qualifiait de stupide : « Je me suis arrêté devant l’épouvantable inutilité d’expliquer quoi que ce soit à qui que ce soit ».

 

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Auteur de l'article : Hilaire de Crémiers

Directeur de la publication de Politique magazine et de la Nouvelle revue universelle
Publication de l'article : 2 septembre 2020