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Le grand vide de la République

Le système républicain affiche à quel point la représentation est un leurre. Il affiche donc sa vanité, il pose lui-même la question de son obsolescence, donc de son remplacement.

Ainsi le projet de loi sur la filiation sans père a été voté à l’Assemblée nationale, en première lecture. Il y avait, dans cette séance historique où les fondements même de notre civilisation sont scientifiquement sapés, quatorze députés. Qui dira l’indignité de la soi-disant « représentation nationale » ? En regardant sur nos téléphones l’émouvante Agnès Thill dire à notre misérable Garde des Sceaux qu’aucune loi n’avait le droit de tuer le père, on ne pouvait ressentir qu’un immense dégoût devant ces bancs vides et le visage absent de ceux qui faisaient semblant d’être présents.

Où sont les assemblées de la défunte IVe République, régime parlementaire honni et, par certains côtés, dérisoire, quand les ministres duraient à peine une semaine, mais où les députés serrés sur leurs bancs s’attachaient à faire la politique ? Ce n’était que régime d’assemblée… mais, au moins, il y avait de la ferveur, du débat, des discours, des idées, des combats… Il n’y a plus que le vide sidéral d’une majorité qui adopte… même quand elle a liberté de vote, et d’une opposition qui ne s’oppose même plus franchement, parce qu’elle écoute d’autres pouvoirs, qui sont ailleurs.

Nous avons dit ici ce qu’il faut penser de ce texte, qui ne peut recevoir le nom de loi, même s’il est adopté par le Sénat et promulgué par le président de la République. Aucune loi au monde ne peut organiser la filiation en supprimant l’hypothèse du père, remplacé par un don anonyme de gamètes. C’est une atteinte à l’homme, en tant qu’homme, animal social, raisonnable, politique, et, comme disait Cicéron, « divin ». C’est la négation du droit, de l’ordre naturel et de l’ordre divin. C’est un néant, agissant et destructeur, mais néant et, donc, voué au néant.

Mais il faut poser la question de l’assemblée qui a voté, de son fonctionnement, de son rôle, de son utilité. Quand, sur un sujet d’une telle importance, on compte quatorze personnes en séance, c’est que, pour parler simplement, tout le monde s’en fout. À quoi servent-ils ? Pourquoi ces bâtiments, ces indemnités, ces secrétaires et assistants, ce budget, ce décorum, ces gardes républicains, ces voitures, ces chauffeurs, ces mots « Assemblée nationale » ? Personne ne se rassemble. Quatorze personnes ne font pas une assemblée. C’est une petite rencontre, un tout petit club, même pas une loge. C’est rien.

Nous savions que nous n’étions pas représentés. Cette « représentation », d’ailleurs, se fait devant un président et un gouvernement qui émanent de la même « représentation ». Ce n’est donc pas une vraie représentation. C’est un vieux schéma qui perdure parce qu’on n’en a pas cherché d’autres, et dont on voit aujourd’hui qu’il est complètement éteint, obsolète, à bout de souffle, aussi ridicule que pourrait l’être un « talon rouge » dans le Paris de la Révolution.

Il y a plus de représentation véritable dans un barrage de Gilets jaunes au péage de l’autoroute, et, à plus forte raison, dans les trois-cent ou six-cent-mille manifestants du 6 octobre 2019 que dans ces quatorze députés. Et pourtant, ce sont ces quatorze députés qui ont fait de ce texte ahurissant une loi !

Il faut changer de régime. Il faut donner au peuple – à nous – sa vraie place, de vrais représentants, qui viennent rendre compte de leur mandat. Comment cela se fera-t-il ? Pas besoin d’être devin pour affirmer que le commencement de ce remplacement sera un écroulement. Cet écroulement est en marche. Le système craque de toutes parts. L’éminent stratège de l’endormissement ne pourra, quel que soit son talent, le porter seul, à bout de bras. On ne peut rien contre les faits. On ne peut rien contre la rue. L’important n’est plus de dire que l’écroulement est programmé. L’important est de travailler à ce qu’on va mettre en place, après.

Illustration : Le peuple (rares spécimens en hauteur) assistant au magnifique spectacle de sa représentation.

 

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Auteur de l'article : Jacques Trémolet de Villers

Avocat