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On demande un arbitre

C ‘est toujours un sujet d’étonnement que de voir sur un terrain de rugby trente gaillards taillés comme des portefaix s’empoigner furieusement pour la possession du ballon ovale, et former ensemble des espèces de taupinières géantes de muscles et d’os qui s’écrasent avec entrain. Mais le plus étonnant est que ce tumulte s’apaise aussitôt que retentit le sifflet du tout petit arbitre qui vient les séparer.

Ces joueurs pourtant acharnés acceptent l’autorité d’une personne extérieure au jeu et impartiale, qui consacrera leur victoire ou confirmera leur défaite.

En temps de guerre, le terrain s’appelle un ou des théâtres d’opérations, les adversaires sont des ennemis, et les coups qu’ils s’infligent se soldent par des destructions, des morts et des blessés. L’arbitrage n’est pas toujours possible, car le plus souvent, le vainqueur impose ses conditions au vaincu, sans accepter l’intervention d’une tierce puissance. Des tentatives ont eu lieu dans l’histoire, rarement couronnées de réussite ; le roi de France Louis IX, auréolé de justice et de probité a pu autrefois jouer ce rôle avec bonheur. Le congrès de Vienne, dans son acte final de 1815 manifeste un esprit d’arbitrage qui donnera à l’Europe une stabilité d’environ un demi-siècle. En revanche, les alliés de 1918, faute de cet esprit, créeront les conditions de l’explosion suivante dès vingt ans après !

Un arbitrage équitable tend à éviter l’écrasement du perdant ou du vaincu et à limiter ses désirs de revanche. Pour l’exercer, il faut disposer d’outils de niveaux adaptés, règlements, décrets, lois constitutions, traités, à créer éventuellement pour la circonstance, mais il est essentiel que cet esprit d’arbitrage et d’équité soit incarné par une ou des personnes reconnues par toutes les parties prenantes.

Dans le champ de la vie politique d’un pays, l’arbitrage, ou règlement des conflits est assuré en principe par les tribunaux, les fonctionnaires, les magistrats élus ou non, qui ont compétence pour exploiter les textes accumulés (et souvent inextricablement imbriqués) au fil du temps. Mais, me direz-vous, à l’échelle d’un pays comme la France, il faut bien un arbitre du denier recours qui soit investi durablement de la confiance de la nation, les textes les mieux rédigés ne peuvent suffire à régler tous les litiges et les conflits d’intérêt et d’ambition qui fleurissent si bien chez nous ! Qui est-ce ? Ah oui, le président de la République… Eh bien non, hélas, le président de la République n’est pas un arbitre. Pourquoi ? Mais parce que pour bien arbitrer, il faut se situer au-dessus de la mêlée et n’avoir à défendre dans la résolution du conflit aucun autre intérêt que le bien commun ; voyez le phénomène des Gilets jaunes, qui s’éternise et fonce dans l’impasse : comment le Président traite-il l’affaire ? En arbitre suprême ? Que non pas : il agit en tant que ce qu’il est en réalité : le chef du parti qu’il s’est créé comme instrument de conquête du pouvoir, élu par une minorité de citoyens pour un temps limité, et qui voudrait bien se hisser sur le pavois Europe, en se servant de l’escabeau France, en bon avatar de Giscard.

Qui serait capable, alors de jouer ce rôle si crucial ? Vous l’avez deviné, ami lecteur : un homme non dépendant des aléas des suffrages, pour qui la France est à la fois une personne et un héritage à transmettre, un père plutôt qu’un juge, un « vaillant des combats », mais pitoyable aux faibles et impitoyable aux prédateurs. On l’appelle « roi ».

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Auteur de l'article : Claude Wallaert