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La chronique de Claude Wallaert

– À vous voir, vous pensez à quelqu’un…Et ce quelqu’un ne vous déplaît pas !

– Votre observation est presque parfaite, et bravo pour la litote : je vais peut-être vous étonner, mais le médiocre chrétien que je suis pensait à l’instant à une famille, la Sainte Famille…

– Cela nous change de vos sombretés ordinaires ; nous en direz-vous un peu ?

– Il y a deux débuts à cette histoire ; le premier, incommensurablement ancien, est dans la pensée Trinitaire avant tous les siècles : il est certain que les Trois ont « pré-vu » Marie, perle précieuse de leur Création. C’est merveilleux, mais un peu hors de portée, aussi je passe vite au deuxième début, qui nous a été raconté par un homme inspiré, l’évangéliste Luc…

– Vous allez nous faire un sermon ?

– Non, rassurez-vous, pas de sermon, je n’en ai pas la vocation, mais une image, un tableau, sans doute influencé par tant de merveilleux artistes : une toute jeune fille, peut-être quatorze ou quinze ans, déjà promise à Joseph par ses parents …

– Belle ? Intelligente ?

– Pas belle, merveilleusement belle de perfection féminine, de simplicité, de douceur et d’humilité profonde. Intelligente, oui, et nourrie depuis l’enfance de la Loi et des prophètes. Vous ne pensez tout de même pas que Dieu allait de toute éternité choisir un sot laideron ? Vous remarquerez que le dialogue avec l’ange Gabriel est bref : il n’a pas besoin de lui expliquer deux fois les choses, comme à son cousin Zacharie six mois auparavant !

– Et Joseph, il est tellement discret qu’on ne sait pas grand-chose de lui…

– C’est vrai, Joseph est l’homme du silence, mais quel silence éloquent, et quelle efficacité ! J’ai essayé d’imaginer ses pensées et ses intuitions lorsqu’il a revu Marie, mettons le lendemain de l’Annonciation…

– Vous, alors ! Mais n’est-ce pas un peu présomptueux, ou prétentieux ?

– Peut-être, mais au fond pas plus que de prêter un corps et un visage avec son expression à la Vierge ou à Jésus ? Ne soyons pas comme les iconoclastes !

– Bon, dites-nous, alors !

– « Ce jour-là, j’ai vu Marie. Elle était belle, bien sûr. Mais plus belle encore qu’avant, comme inondée d’un parfum nouveau et mystérieux, comme revêtue de la majesté d’une ombre exquise…Cela ne pouvait venir que d’En-Haut, et reposait sur elle comme un manteau de souveraine… Elle était si belle, Marie ! Comme un printemps de Yahvé, et j’étais très étonné de mes propres pensées ; je me disais qu’un tel printemps ne pouvait que faire de Marie une mère, à la fois choisie et demandée, amoureusement ; et que sa beauté rayonnait d’un « oui » donné tout entier, de tout son être, à l’auteur d’un terrible et magnifique présent… »

– Pourquoi « terrible » ?

– À cause du glaive annoncé plus tard par Syméon, souffrances terribles, en effet, principalement lors de la Passion, intimement partagée avec son Fils. Joseph a probablement pressenti beaucoup de choses, et les circonstances l’ont vite mis dans le bain ! La marche vers Bethléem avec Marie enceinte, le misérable abri de la naissance de l’Enfant, la fuite en pleine nuit avec femme et bébé pour aller vers l’Egypte inconnue, la vie en exil pendant deux à trois ans…

– Et Jésus ?

– Avec l’arrivée de Jésus, voici la Sainte Famille ; voici ce bébé emmailloté, offert au monde dans une mangeoire, vénéré par les bergers et les rois mages, présenté au Temple, à la grande joie de Syméon et Anne, les deux vieillards prophètes, la circoncision, l’apprentissage de la loi et du bois avec Joseph, et la vie cachée à Nazareth…Vie familiale, simple et humble mais aussi matrice grandiose de notre Salut !

– Arrêtez, vous allez tomber dans le sermon !

 

Illustration : François-Xavier de Boissoudy, Le vieillard Siméon. © Luc Pâris

 

 

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Auteur de l'article : Claude Wallaert

Publication de l'article : 12 janvier 2020