Balthasar et la mort

Dans sa robe de cimetière
Voici venir Madame Mort
Boiteuse oblique et grimacière
Elle a tiré son nom au sort !

Gare au feu noir de son œil sans regard !
« Compté-pesé-divisé », sa rengaine,
En se moquant du riche Balthasar
Jette sur lui l’irrémédiable chaîne !

Que me veux-tu, ô ringarde légende
Ecarte-toi du Posthumanisé
Homo Deus je suis, et ta provende
Est à glaner chez nos serfs méprisés :

Bien loin de nos hyper-enchantements
Ils boudent flash, neuroplus, cybersexe,
Baisent à cru pour faire leurs enfants,
Et vont prier Dieu sans peur ni complexe !

Mort, éloigne-toi de moi,
Je suis un homme augmenté,
Immunocyborgisé
C’est ma grandeur et ma foi !

Dans sa robe de cimetière,
La Mort en a les os pliés !
Boiteuse oblique et grimacière,
Lance d’un gros hoquet les quatre cavaliers !

Blanc la guerre
Rouge le massacre
Noir la famine
Blême la pandémie

Et d’un seul coup, les robots pensants,
les Babels rutilantes, avec les puces et
les augments, le riche Balthasar
et les seigneurs trans et posthumanisés, tout cela va rouler
dans le grand fossé d’où l’on ne remonte pas…

Illustration : Ein Totenkranz (Une danse de la mort) de Walter Draesner, 1922

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Auteur de l'article : Claude Wallaert

Publication de l'article : 14 décembre 2019