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Balade et ballade

L’autre nuit, je suis sorti, car il y avait clair de lune. Elle était pleine et dorée. Les étoiles pâlissaient à son approche, et disparaissaient dans son nimbe hérissé de flèches. Les arbres étaient noirs de silence, et les champs, ivres de liqueur bleue. L’herbe chuintait en mouillant mes chaussures, au loin, un aboiement rêveur, le chevrotement d’une chouette, et tout près, bondissant d’une pierre, le cristal pur du crapaud accoucheur.

J’approchais de la lisière, rempart de feutre noir, receleur des froissements furtifs des bêtes nocturnes. J’ai franchi la muraille par une sombre petite porte que je connaissais. Mes pieds suivaient la courbe de l’allée, et en levant la tête, j’apercevais très haut, dans les échancrures du feuillage, des clignotements amis. J’ai marché jusqu’à la clairière, et au milieu de la clairière, jusqu’à l’étang. L’eau pensivement dormait, à peine troublée ici et là par quelque affleurement ; belle assoupie en son reflet du ciel où la lune tremblait, trempée d’une caresse de brise.

Je me suis assis au bord, rêvant d’Endymion caressé par Séléné dans un sommeil sans fin. Peut-être aussi me suis-je souvenu d’Eudore envoûté par l’altière Velléda, avant d’aimer la très chaste et très douce Cymodocée…

Un bruit soudain m’a réveillé ; des sangliers venaient barboter en grognant dans la vase en chiffonnant les roseaux et en affolant les poules d’eau. Deux ou trois laies avec leurs marcassins en costumes rayés se pressaient à boire avant de se replier vers leurs bauges familières. Les mâles paradaient comme les guerriers du bardit des Francs : « Pharamond ! Pharamond ! Nous avons combattu avec l’épée ! »…

La lune inclinait son cours vers son couchant ; je suis rentré par les prés hantés de bœufs somnolents, la tête emplie de fanfares muettes et de chants laudateurs ; je découvrais que ce calme souverain cachait une ineffable symphonie ; le ciel si calme cachait à peine une tempête stellaire, de galactiques vertiges entre des récifs de nébuleuses ; les collines, avec des cris silencieux, s’extasiaient; la nuit elle-même déployait immensément son corps nu et ruisselant de parfums ; les foins coupés et l’herbe ondulante dévoilaient le chant du grillon prude et vibrionnant ; et très loin, très haut, le cosmos en majesté souriait mystérieusement.

Les derniers rayons de lune éclairaient la maison, dragon assoupi sur son lit de graviers, indifférent au coassement des grenouilles qui rebondissait sur sa peau de pierre et d’ardoise. Je l’ai salué en chuchotant, et regagné sur la pointe des pieds la chaude tanière de ma chambre, le cœur offert à une simple prière.

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Auteur de l'article : Claude Wallaert

Publication de l'article : 22 mai 2020