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Elections régionales : la fin d’une ère

Depuis l’annonce des résultats officiels du second tour des élections régionales, il règne une ambiance pour le moins étrange sur les plateaux de télévisions. Les chroniqueurs politiques ne savent plus à quel saint se vouer. Bien sûr, tous sont soulagés que le Front national n’ait remporté aucune région. La menace est écartée pour l’instant. Mais sa percée électorale historique, avec un record de voix au niveau national, les inquiète malgré tout. Cela se voit et se ressent : ils n’ont dormi que d’un œil. Républicain évidemment. Quelque chose a changé, durablement, dans la vie politique française mais personne n’arrive à le penser clairement. Avouons-le, ce n’est pas évident. Il faut sortir des schémas mentaux traditionnels.

Cette incapacité à tirer une conclusion synthétique s’explique aussi par les errements au sein des partis. En ce lendemain d’élection, aucune ligne claire ne se dégage. Les appareils politiques, de droite comme de gauche, semblent naviguer à vue. Les tensions – plus ou moins jugulées durant cette semaine de mobilisation contre le « péril brun »- réapparaissent déjà. Invité ce matin chez Bourdin, sur BFM-TV, Jean-Pierre Raffarin attaquait le premier. Non content de tancer indirectement le président de son parti, Les Républicains, en faisant l’éloge de la stratégie de retrait de la gauche, il y expliquait doctement que la vie politique était aujourd’hui dans une impasse. Quelle acuité ! Rejoignant l’idée émise par Julien Dray la semaine dernière dans la même émission d’un grand rassemblement transpartisan, il en tirait cette conclusion : le clivage politique oppose désormais les « patriotes de fermeture » aux « patriotes d’ouverture ». Inutile de préciser dans quel camp il se range…

Mais le sénateur de la Vienne n’est pas le seul à fronder à droite. Comme prévu, les règlements de compte ont lieu chez les Républicains. Ce n’est pour l’instant pas le bain de sang annoncé, mais quelques coups de poignards ont déjà été échangés. NKM, pas très « ni-ni », s’est ainsi vue évincée du bureau politique qui s’est tenu ce matin. Alain Juppé – qui apparaissait très affaibli hier lors de son allocution à Bordeaux – ne s’y est pas rendu. Ce qui ne l’a pas empêché de se fendre de petites piques – pour la plus grande joie des journalistes -, contre son principal concurrent. Bruno Le Maire, lui, guettait le moindre micro devant le siège du parti pour tenter de faire entendre sa voix. Une voix qui porte, certes, mais sans convaincre. Malgré cette opposition, Nicolas Sarkozy peut encore compter sur quelques soutiens, comme celui d’Eric Ciotti. Les autres, prudents, attendent probablement de voir comment le rapport de force va évoluer pour soutenir le bon candidat dans la perspective des primaires.

De son côté, la gauche respire et sauve les apparences en remportant cinq régions. Ses apparatchiks ne pérorent pas pour autant. La défaite en Ile-de-France va laisser des traces, tout comme le maintien de Masseret en Alsace qui pourrait donner des idées à d’autres dans le futur. L’intervention de Manuel Valls, hier soir, était toute en maîtrise. Tant sur la forme, presque doucereuse, que sur le fond. Attention, tout de même, aux frondeurs, invités à s’exprimer sur les chaînes d’informations en continue. Bons clients. Ce qu’on retient, c’est que plus personne ne semble être en mesure de réaliser la fameuse synthèse des innombrables courants idéologiques qui traversent le parti. L’hiver sera rude.

Sans région dans son escarcelle, mais avec plus de conseillers régionaux au niveau national que le Parti socialiste, le Front national peut estimer que cette bataille du 13 décembre est une victoire. Il va disposer de nouvelles ressources financières et certains de ses cadres vont pouvoir s’affirmer dans l’opposition. Néanmoins, son score est révélateur de ses limites : il confirme son absence de réserve de voix au second tour, obérant toute perspective de victoire à moyen terme dans des élections d’envergure. Malgré une année où tous les événements leur étaient favorables (deux attaques terroristes, crise des migrants, déclin économique), le FN se heurte encore et toujours à ce « plafond de verre » dont parlent tous les experts politiques. S’il n’arrive pas rapidement à le percer, les électeurs risquent de finir par s’en détourner.

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Auteur de l'article : Nicolas Julhiet

Journaliste