Culs-de-sac

Il s’agit d’un même sac. Quoi qu’on y mette, on atteint vite le fond et il est impossible d’en sortir. C’est le sac du choix démocratique éclairé. On l’éclaire si bien que le choix devient impossible, ou qu’il n’est plus nécessaire de choisir. C’est une manière de sac magique : versez-y quelque problème que ce soit et vous vous retrouverez face à un “choix obligatoire”, ces issues fatales décidées d’avance et qu’on prétend approcher à force de discussions, de consensus, d’éclairements, de pédagogie…

Voyez la droite, qui veut un candidat pour les présidentielles à venir. Elle sait qu’elle a besoin de jouer la comédie de l’opposition quand bien même tout ce qui est fait par Macron (et Hollande avant lui) a son assentiment implicite à défaut de son accord explicite : ne s’agit-il pas de financiariser davantage l’économie, de s’inféoder davantage à l’Union européenne, de libéraliser davantage les mœurs – et, surtout, de faire barrage à ceux qui prétendent défendre la nation française ? Donc, la droite met en scène la diversité de ses candidats. On a l’impression, burlesque et déplaisante, d’une farandole macabre menée par une Mort médiatique. Plus les protagonistes s’agitent, moins ils sont crédibles ; plus ils prétendent imposer des règles, mieux on voit qu’ils n’entendent les respecter que par égoïsme ; et au final, ce seront les financiers, les journaux et les juges qui décideront de leur candidat – et sans doute de tous les candidats. Tous les culs au fond du même sac.

Voyez la Nouvelle-Calédonie, qu’on force à voter et revoter, dont on a prévu qu’elle revoterait sans cesse, dont on a organisé le vote permanent et inutile : un troisième référendum obligatoire se prépare, dont les résultats sont déjà connus, résultats qui ne traduisent ni la volonté de la majorité (le découpage électoral les en empêchent), ni la répartition officielle des pouvoirs (les indépendantistes, minoritaires, dirigent pourtant toutes les institutions de l’île), ni, bien sûr, l’intérêt de la France ; qu’une nouvelle loi ou un nouvel accord, sac à papier, viendra brusquement imposer – ou pas, au gré de la fantaisie du Grand Métropolitain du moment ; qui ne résoudra rien.

Voyez les États-Unis (nous n’avons pas le monopole de la démocratie éclairée) qui ont réussi, en soixante ans, à subvertir entièrement leur système politique de telle sorte que la révolution culturelle en marche ne souffre d’aucun obstacle. Mais on continue à prétendre donner le choix tout en annihilant tout effort pour refermer le sac, qui continue d’engloutir la décence commune, le bon sens, la banale justice, le sens des différences… Le politiquement correct est irréversible, et ce sac-là, besace maléfique à l’encolure bien large, garantit que tout ce qu’on y engouffre n’en ressortira jamais. Quitte à ce que ce soit les États-Unis qui en crèvent, à défaut du sac.

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Auteur de l'article : Philippe Mesnard

Publication de l'article : 4 mai 2021