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Comprendre les municipales

Le scrutin des 15 et 22 mars se déroule à un tournant de la vie politique française. Entre vieux partis délabrés, angoisse écologique, lassitude des élus et vieux réflexes électoraux, un nouveau paysage local va-t-il émerger ?

Les communes françaises sont les héritières directes des paroisses de l’Ancien régime. Il a fallu attendre 1983 pour qu’elles accèdent à une autonomie réelle en se détachant de la tutelle administrative et financière des préfets suite à la première vague de décentralisation (loi Defferre) voulue par le pouvoir socialiste après l’élection de François Mitterrand. Cette liberté appréciable s’est vue rapidement rognée par la montée des intercommunalités qui ont finies par devenir obligatoire : communautés de communes, communautés d’agglomération, communautés urbaines et métropoles… La compétence générale des municipalités a donc perdu beaucoup de son intérêt ces dernières années, notamment en zone urbaine. Autre innovation contestable : celle des communes nouvelles, autrement dit les fusions de communes qui s’accélèrent dans certaines régions ou départements, par exemple dans le Maine-et-Loire. L’indépendance des clochers agace certains préfets ravis de regrouper sous des noms parfois abscons qui, soit dit au passage, font souvent fi des noms de saints attachés à beaucoup de petites communes. Pour résumer, deux visions de l’aménagement du territoire se sont opposées : celle, traditionnelle, qui militait pour un triptyque commune, pays, région, et celle, très jacobine, qui repose sur les intercommunalités et le département.

Les espoirs du Rassemblement National

Pour la première fois, ces élections municipales se déroulent dans un contexte où les parlementaires (députés, sénateurs, députés européens) ne peuvent plus cumuler leurs mandats nationaux et locaux. Un bouleversement initié lors des élections législatives de 2017 et qui voit maintenant sa conclusion provisoire. Les élections des 15 et 22 mars 2020 se déroulent également dans un climat politique inédit où les deux grands partis dominants au plan local comme au plan national jusqu’en 2017, les libéraux LR et les socialistes PS, sont concurrencés par deux autres forces incontournables au plan national mais peu implantées localement : les centristes LREM et la droite populiste RN.

Le parti présidé par Marine Le Pen devrait progresser dans son implantation territoriale : Perpignan pourrait être gagné par Louis Aliot et le sénateur Stéphane Ravier virer en tête à Marseille où certains sondages le donnent d’ores et déjà à 25 %. Si le Rassemblement National a tout à gagner, et peu à perdre, il n’en va pas de même avec LREM, parti au pouvoir et comme tel polarisant les mécontentements. Après ses succès présidentiel et législatif de 2017, les analystes politiques annonçaient volontiers le mouvement lancé par Emmanuel Macron comme le futur possible grand vainqueur des élections municipales, notamment dans les grandes métropoles et surtout à Paris, Lyon et Marseille. Les résultats ne seront probablement pas au rendez-vous : l’affaire Benjamin Griveaux a plombé LREM à Paris, où la candidate de rechange a du mal à ébranler Anne Hidalgo ou à dépasser Rachida Dati ; à Lyon il existe une forte concurrence avec les écologistes d’EELV et, à Marseille, LREM pointe en 6e position… À Rouen, détenu par les socialistes, Jean-Louis Louvel a du mal à s’imposer dans le débat local malgré le soutien inattendu des LR. Le PS résiste également à Rennes, Lille ou encore Nantes. Christian Estrosi sera reconduit à Nice. À Toulouse, Jean-Luc Moudenc, soutenu par les LR dont il est adhérent, devrait être réélu si le RN ne dépasse pas la barre des 10 % ; en triangulaire ou quadrangulaire il serait alors en difficulté au profit de la gauche. Il n’y a guère qu’au Havre que le Premier ministre Edouard Philippe est presque assuré d’une victoire en triangulaire face aux communistes et au candidat du RN.

Poussée écologiste

Si même dans les métropoles LREM risque d’être à la peine, c’est au profit des écologistes d’EELV dont le score élevé pourrait bien constituer la surprise de ce scrutin. Eux qui ne détenaient jusque-là que la ville de Grenoble pourraient arriver en tête du premier tour à Rouen, marqué par l’incendie de l’usine Lubrisol, ou à Lyon. L’obsession du réchauffement climatique et la mobilisation des « jeunes » pour le climat en sont la cause. À Paris, les écologistes menés par David Belliard, marqué très à gauche, joueront les arbitres. Dans beaucoup de villes les écologistes sont alliés dès le premier tour aux débris du Parti communiste.

Somme toute, ces municipales marqueront à nouveau une progression de l’indifférence des Français vis-à-vis de la politique locale. De nombreux maires, notamment issus des petites communes rurales, ne souhaitent pas rempiler. Constituer une liste est plus compliquée qu’auparavant. Le dévouement au bien commun est devenu moins naturel que par le passé. La désaffection grandissante à l’égard les partis politiques joue également. Du côté des conservateurs, on ne ressent pas le même engouement qu’en 2014 où des élus de Sens commun, parti issu des manifestations pour le respect de la vision traditionnelle du mariage, étaient rentrés nombreux dans les majorités de droite, notamment dans les Hauts-de-Seine ou les Yvelines. Pourtant leur bilan est plutôt positif et leurs élus se sont souvent révélés à la hauteur des espérances de leurs électeurs. Mais ils représentent moins aux yeux des maires modérés depuis la défaite de François Fillon et la victoire d’Emmanuel Macron. Misère et mystère des engouements successifs !

Le dévouement au bien commun est devenu moins naturel que par le passé.

La publication d’un livre sur les liaisons dangereuses entre les élus centristes de Seine-Saint-Denis et les islamistes a enflammé les débats puisque le député Jean-Christophe Lagarde, le propre président de l’UDI, ce petit parti européiste et libéral, est épinglé concernant la gestion par ses proches des villes de Drancy et Bobigny. Des accusations anciennes mais enfin formalisées montrent que le danger vient peut-être moins de l’apparition de partis dit communautaristes ou séparatistes que des accommodements locaux de certaines formations politiques classiques avec des extrémistes religieux partisans d’un islam très rigoriste. L’élu centriste de Seine-Saint-Denis a déposé plainte contre la journaliste ayant mené l’enquête mais nul n’est obligé de croire ses arguments défensifs.

La violence qui traverse la société française, illustrée ces dernières années tant par les débats enflammés sur le mariage pour tous que par la crise des Gilets jaunes ou encore les attentats islamistes, s’accompagne paradoxalement du renforcement de la centralité des élections locales qui profitent peu aux formations protestataires. Une prime semble acquise aux sortants et aux tenants d’un discours modérés. Est-ce à dire que les Français ne savent pas ce qu’ils veulent ? Il y a une autre explication : la montée de l’abstention et du désintérêt pour les activités du pays légal.

Illustration : Philippe Poutou, le fringant porte-parole du Nouveau Parti Anticapitaliste, devance dans les sondages le candidat LREM à Bordeaux ! Tant ce parti suscite un rejet massif.

 

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Auteur de l'article : Jérôme Besnard

Publication de l'article : 26 février 2020