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Le prévisible échec de la réforme Macron

Le prévisible échec de la réforme Macron - Politique Magazine

Un président pressé ne saurait faire de réformes de fond qui supposeraient un réel changement de mentalité. Les cinq ordonnances qui portent réforme du Code du Travail en 36 mesures changeront-elles l’état économique et social de la France ?

Emmanuel Macron veut aller vite. Aussi se lance-t-il, la tête dans le guidon, dans cette réforme du Code du Travail en laquelle il voit la condition impérieuse du redressement économique de notre pays. Afin de gagner du temps, avec l’espoir de voir cette réforme produire quelques effets sensibles avant la prochaine présidentielle, il a opté pour le recours aux ordonnances, évitant la longue et difficile procédure législative, avec ses discussions en commission, ses débats, le dépôt et le vote des amendements, le tout accompagné de manifestations, grèves et polémiques durant des mois.

Cinq ordonnances pour réformer le Code du Travail

On le sait, cette réforme consiste en une amélioration de la dynamique du marché du travail grâce à une simplification, destinée à favoriser l’investissement et l’embauche, des textes réglementant le recrutement et le licenciement des salariés. Elle entend faire prévaloir en certains cas et sous certaines modalités l’accord d’entreprise sur l’accord de branche d’activité. Ce serait donc, dans des TPE et PME, des accords d’entreprise entre employeur et représentants des salariés qui fixeraient, dans certaines limites, le niveau des rémunérations et la durée du travail. L’accord pourrait être éventuellement validé par un référendum au sein de l’entreprise.

Il est prévu une instance unique de représentants des personnels, se substituant aux trois qui existent actuellement (délégués du personnel, comité d’entreprise, comité d’hygiène, de sécurité).

Sera fixé également le plafonnement du montant des indemnités accordées aux salariés licenciés abusivement.

La loi El Khomri avait timidement esquissé cette réforme. Mais, en raison des mouvements sociaux, d’ailleurs moins populaires et plus critiqués que prévus, elle limitait la prééminence des accords d’entreprise à la seule détermination du temps de travail et en subordonnait l’application à l’assentiment de l’ensemble des syndicats représentant 50% des salariés.

Les nouveaux textes prévoient cependant le maintien de seuils destinés à éviter l’instauration de la loi de la jungle. Seront ainsi conservés un montant plancher et universel de salaire minimal, la durée légale des 35 heures de travail (qui détermine le point de départ des heures supplémentaires) et un plancher de 10% du taux de majoration de ces dernières.

Pour l’avenir, le président souhaite également la réduction du nombre de branches d’activités, la création d’un « chèque syndical » accordé par l’employeur aux syndicats ayant la faveur des salariés, l’amélioration de la formation des délégués, et la lutte contre la discrimination syndicale.

Il entend aussi introduire, comme en Europe du Nord, des représentants des salariés dans les conseils d’administration des grandes sociétés.

Enfin, il annonce la création d’une assurance-chômage universelle largement abondée et dirigée par l’État.

Une réforme qui se fera …

Soutenu par le MEDEF, la CGPME et l’UPA (Union professionnelle de l’artisanat), il se heurte, déjà, à l’opposition de la CGT, sans doute de FO et même, au sujet du plafonnement des indemnités chômage, celle de la réformiste CFDT.

Cependant, il semble pouvoir compter sur l’assentiment d’une majorité molle de la population, désormais consciente de la nécessité d’une telle réforme, et lassée de l’incurie des partis politiques traditionnels. La CGT, les Insoumis et les partis de gauche pourront organiser des manifestations et des blocages, ils ne devraient pas l’emporter dans le bras de fer qui va les opposer à l’État. Le calendrier défini par Macron sera respecté, et les ordonnances entreront en vigueur dès la fin septembre. Plus que jamais, nos compatriotes, dépités par plus de trente-cinq ans d’alternance gauche/droite qui ont vu le déclin de notre pays et l’aggravation constante de leurs conditions de vie, désillusionnés sur la crédibilité d’un quelconque « socialisme à la française », se résignent à « la seule politique possible », selon l’expression d’Alain Juppé en 1995.

… mais qui n’aura que peu d’effets bénéfiques

Pour autant, cette réforme produira-t-elle les fruits attendus ? Rien n’est moins sûr. Pour cela, il faudrait qu’elle entraînât une adhésion réelle des Français. Tel n’est pas le cas. Les Français acceptent cette réforme la mort dans l’âme, en faisant le deuil douloureux de leurs illusions socialistes de naguère, sans se convertir à un idéal politique nouveau. Ils ne se révoltent plus, ils suivent, subissent avec fatalisme, bref, adoptent une attitude passive. Or, la passivité ne mène jamais au succès, au contraire. Les Français ne croient pas aux vertus de cette réforme, mais ils croient encore moins à une solution de rechange. Il est d’ailleurs révélateur que la gauche critique les défauts possibles de cette réforme, mais, justement, ne propose pas d’autre projet crédible. Or, une critique sans proposition reste sans effet ; et elle renforce le fatalisme et la passivité.

Nos compatriotes ont compris l’inanité des utopies socialistes, mais ils ne sont pas encore capables d’y renoncer et d’opérer une conversion éthique. Ces utopies ont moulé leur esprit, de sorte qu’ils ne peuvent penser la politique autrement que suivant une orientation socialiste. Le Français de 2017 reste socialiste d’âme et de cœur. Aussi, peut-il élaborer ou accepter toutes les réformes apparemment réalistes, il n’en tirera aucun parti, faute de concourir, à son niveau, à les faire réussir. Ainsi, la réforme Macron réduira un peu le chômage, rendra l’emploi plus accessible, mais ne fera pas que la France cesse d’être un pays où les gens s’insèrent plus difficilement qu’ailleurs dans le monde du travail et y font plus difficilement leur chemin. De leur côté, les employeurs ne changeront guère leurs habitudes. Ils embaucheront, investiront et innoveront un peu plus, mais pas beaucoup plus. Ils continueront à creuser leurs sillons habituels, tenteront d’éviter les échecs, réduiront les risques et embaucheront le moins possible. Souvenons-nous de la dernière décennie du XXe siècle, durant laquelle ils acceptèrent les cadeaux fiscaux de l’État sans créer d’emplois. On ne devient pas un entrepreneur audacieux en pays socialiste.

Cette léthargie entropique s’observe en d’autres domaines que l’économie, l’enseignement par exemple. On a eu beau multiplier les réformes, les projets, les rapports, les livres blancs et les « États généraux de l’éducation », notre système scolaire n’est jamais sorti de son marasme, parce qu’il est plombé par l’idéologie égalitatariste qui le fonde.

En vérité, la réforme Macron ne présente qu’un seul défaut, mais rédhibitoire : elle naît et se déploie dans un système éthique et culturel qui la voue d’emblée à l’échec. Le mal français est fondamentalement politique et tient à la pérennité d’institutions délétères.

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Auteur de l'article : Yves Morel

Docteur ès-lettres, écrivain, spécialiste de l'histoire de l'enseignement en France, collaborateur de la Nouvelle Revue universelle

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