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Quel avenir pour l’Europe ?

L’Union européenne est nocive, et la crise du coronavirus révèle à quel point ses règles empêchent la France d’agir pour son bien.

L’Europe est une réalité géographique et historique dont l’empreinte fut et reste majeure dans l’équilibre du monde. Les pays qui la composent sont autant d’entités qui ont conservé leur nature propre au-delà des normalisations communes à tous les États dans notre univers mondialisé.

Il suffit de sortir des aéroports et des avenues éclairées des villes-capitales pour mesurer la richesse et la diversité des modes de vie, des rythmes, des regards. Et pour percevoir en même temps ce qui identifie les peuples européens, leur proximité, à force d’échanges entre des générations qui ont, tour à tour, partagé l’affrontement et la concorde au fil des siècles.

L’Union Européenne, c’est tout autre chose. Du noyau de l’Europe des six, on est passé par étapes à une superstructure qui prétend se substituer aux États, les reléguant à un rôle mineur dans la conduite de leurs affaires, y parvenant dans certains domaines, mais ayant échoué dans la mise en place d’un modèle politique, économique, social et stratégique indépendant.

Cette Union Européenne est encore présentée comme la condition incontournable de la paix, ce qui est faux. Factuellement, elle n’a pas empêché la guerre dans l’ex-Yougoslavie ; elle l’a même menée avec vigueur pour des résultats plutôt mitigés. Et, sur le fond, le rapprochement franco-allemand fut, d’abord, la volonté de deux États et de deux peuples en un temps où la CEE ne prétendait pas prendre la place des acteurs concernés.

Et la France ?

La vraie question pour demain est bien plutôt : « Quel avenir pour la France ? » Le moral en berne de nos concitoyens bat chaque jour des records mondiaux de pessimisme. Les éléments porteurs d’avenir, les plus jeunes, les plus formés, les plus dynamiques partent à l’autre bout du monde accomplir un destin qu’ils ne voient plus dans un environnement sclérosé et renfermé – paradoxe de cette société qui ne cesse de se dire ouverte.

Concomitamment, des flux incontrôlés de migrants arrivent, généralement peu qualifiés, attirés par des réseaux organisés, des avantages sans contrepartie et des idiots utiles. Il n’est pas question de contester l’enrichissement mutuel qu’apportent dans un pays d’accueil des travailleurs venant un temps partager les fruits d’une prospérité à laquelle ils contribuent, ou d’immigrants désirant faire souche en adoptant les valeurs et le mode de vie d’une nouvelle patrie. Mais ce n’est pas le sujet.

Pour des raisons idéologiques que la France ne peut juridiquement remettre en cause, les portes sont ouvertes à une masse de personnes, souvent dans la force de l’âge, qui reconstituent des communautés allogènes et souvent hostiles sur notre sol, s’agrégeant dans des enclaves pudiquement qualifiées « zones de non-droit », dans un mouvement perpétuel que la bien-pensance légitime et encourage.

Le mauvais héritage

La « crise du Coronavirus » a tardivement et brutalement un effet révélateur. La gestion calamiteuse de cette crise n’incombe pas seulement à ceux qui en ont la charge, elle résulte aussi de l’héritage qu’ils défendent.

L’absence de masques, la pénurie de tests et de médicaments, l’obstination à dénier le rôle des frontières sont le résultat d’un renoncement à des choix politiques indépendants au niveau national – celui où les synthèses sont possibles, où les décisions devraient être rapidement prises.

Il est assez farce que le libéralisme sauvage, dogme de l’Union Européenne, ait généré une division internationale du travail que la doctrine soviétique avait mise en place pour asservir les pays satellites (et que le IIIe Reich avait programmée) : ici en France quelques industries de luxe et le savoir-faire tertiaire en matière de tourisme et de divertissement. Ailleurs, l’industrie lourde. Autre part encore, l’extraction des matières premières ou les petites mains du textile… la théorie de l’avantage comparatif de Ricardo, sans limites et sans arbitrage du politique. (Restent quelques secteurs encore debout, habitude machinale de ce qui reste de l’État régalien, semences, armement, nucléaire… Mais l’abandon en cours d’une partie du secteur énergie ou des infrastructures de transport au nom des logiques concurrentielles montre bien la direction suivie).

Comment s’étonner du constat que dresse François Godement (Science-Po, Conseil Européen des Relations Etrangères) : « L’attitude de la Chine, qui a freiné ou arrêté des négociations ou donné la priorité à la relation avec Washington, a prouvé aux Européens […] que l’Union Européenne n’était pas prise au sérieux ».

Un diplomate basé à Bruxelles, cité par Le Figaro du 16 avril, analyse : « l’idéologie d’annuler les frontières et l’élargissement expliquent pourquoi l’Union Européenne a toujours une pensée floue sur la question. Cela doit changer. Il faut à nouveau penser les frontières ».

Renégocier les traités

Ce qui complique l’émergence d’une voie nouvelle, ce sont les énormes moyens de contrôle et de récupération qu’ont ceux qui nous ont conduits là, parfois à leur corps défendant. Par conformisme, par intérêt, par manque d’imagination. Dans la crise épidémique que nous connaissons et dans la crise économique énorme qui s’annonce, l’avenir du pays implique que la France retrouve, c’est une urgence première, sa pleine souveraineté. Ceci implique la remise en cause de pans entiers des traités européens, en les purgeant de leur prétention à se substituer aux politiques nationales, notamment dans les matières dites régaliennes :

  • Droit et Justice : prééminence des décisions nationales, lois, décrets et jurisprudences. Ceci n’exclut pas de poursuivre une harmonisation choisie, garante de cohérence.
  • Police et frontières : rétablissement des frontières et mise en place des conditions d’une immigration maîtrisée
  • Économie et infrastructures : définition de secteurs stratégiques faisant l’objet d’une procédure de sauvegarde et de mesures de protection.
  • Monnaie : la question de la dette ne peut être réglée sans la maîtrise de la politique et des parités monétaires. L’Allemagne qui, elle, conduit une politique nationale, ne supportera pas longtemps de payer pour des pays moins industrieux ou plus fragiles. Sans forcément être initiateurs d’un processus de retrait de l’Euro, il serait criminel de ne pas nous préparer à une évolution, voire une disparition de cette monnaie qui redonnerait aux États quelques degrés de liberté !

Ces réflexions sont sans nuances, elles sont en phase avec la présentation de la crise au plus haut niveau de l’État. Si l’on parle de guerre, nous sommes dans la situation du début de 14-18. Le péril est là, des généraux nommés en temps de paix ne sont pas aptes à conduire la bataille…

On cite beaucoup Einstein ces temps-ci : « ce ne sont pas ceux qui ont créé les problèmes qui nous en sortiront ». Le général Macron sera-t-il celui qui imagine autre chose que ce qui existe ? Y a-t-il des réserves disponibles ? Pour les Français la mobilisation est essentielle : c’est ici que tout se jouera. L’Union Européenne, sous sa forme actuelle, est un leurre.

Illustration : L’Union européenne a conclu un accord avec le Mexique le 28 avril : « Nous avons aussi fait progresser notre programme en faveur d’un commerce ouvert et équitable, qui n’a rien perdu en importance », a commenté le commissaire au Commerce, Phil Hogan, fervent mondialiste qui n’a rien remarqué d’anormal ces jours-ci.

 

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Auteur de l'article : Jean Viansson-Ponté

Publication de l'article : 15 mai 2020