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Lucidité d’un haut fonctionnaire… mais jusqu’où ?

Quand un fonctionnaire retraité critique la politique immigrationniste de l'État, est-il capable de remettre fondamentalement en cause la doxa en vigueur ?

Ancien directeur général de la DGSE de 2002 à 2008, Pierre Brochand, énarque et ambassadeur de France, est intervenu le 2 juillet 2019 au cours d’un séminaire « immigration et intégration » de Res Publica, le groupe de réflexion fondé par Jean Pierre Chevènement.

Intitulée « Pour une véritable politique de l’immigration », cette longue, riche et touffue présentation constitue une dénonciation virulente de la politique de l’immigration française depuis 30 à 40 ans dont, cependant, la portée concrète a des limites.

Un diagnostic « au vitriol » qui tranche avec la doxa de l’immigration

Les constats de Pierre Brochand sont effrayants et ont été repris par plusieurs journaux comme Le Figaro et Valeurs actuelles. La deuxième vague d’immigration originaire des ex-colonies est une immigration de peuplement qui ne veut pas abandonner ses codes collectifs mais entend récupérer le différentiel de niveau de vie du « Premier monde ». Cette immigration est habitée par le goût des rentes illégales, le rejet de notre société et le ressentiment fondé sur une humiliation ravalée.

Cette immigration est auto-engendrée. Ce sont les immigrés eux-mêmes qui fixent la taille des courants d’arrivée ; d’où une accélération spontanée : selon Paul Collier, économiste à Oxford, 10 immigrés installés en font venir 17 autres par le jeu du droit tel que le regroupement familial et ces 17 en appellent chacun 12 autres et ainsi de suite à l’infini.

Pour l’orateur, l’immigration n’a rien à voir avec une question sociale. À ses yeux il existe un triple clivage :

  • religieux avec l’implantation massive de l’islam, facteur lourdement « crisogène » ;
  • colonial, ce qui engendre une inexpiable guerre des mémoires et l’apparition inimaginable de Français francophobes ;
  • racial sur le modèle fracturé de la société américaine.

Pierre Brochand discerne quatre types de conséquences à cette situation : la chute de la confiance sociale et l’échec total du « vivre ensemble », la séparation physique, c’est-à-dire la formation d’enclaves, la rivalité entre l’État classique et les diasporas pour le contrôle de celles-ci et du sol français, et la propension à la violence. Enfin, l’impact économique est pareillement négatif et occulté. Pierre Brochand évoque les estimations catastrophiques du coût de l’immigration (entre 55 et 85 milliards d’euros/an).

L’absence d’une véritable politique migratoire

Pierre Brochand nie l’existence d’une véritable politique migratoire et pointe du doigt les faux remèdes et les errements des pouvoirs publics. Il estime à 10 millions, chiffre probablement sous-estimé, le nombre des immigrés et de leurs descendants. Il les catégorise ainsi :

  • assimilés : seulement 5 à 10 % ;
  • intégrés : 30 à 35 %, qui ont noué une relation apaisée avec notre société dans le cadre d’une réciprocité culturelle ;
  • insertion et inclusion sont les autres et vrais noms de la sécession pour 55 % des immigrés dont la moitié dans une posture parfois agressive, voire haineuse. Une fois naturalisés, ce ne sont que des Français de papier.

Face à cette invasion la politique d’intégration n’est, sans résultat minimal, qu’un « bricolage massif » qui se concrétise par une discrimination positive inégalitaire, les petits accommodements du quotidien, notamment par clientélisme des élus, les velléités d’injonction au « vivre ensemble », afin, en réalité, d’éviter un embrasement incontrôlable.

Enfin notre intervenant dénonce vigoureusement un discours de « manipulation » des esprits : minimisation du phénomène, novlangue, diabolisation des opposants, affirmation que la France a toujours été une terre d’immigration, mensonges sur le solde migratoire et l’appel aux obscures « valeurs de la République ».

En fait, l’immigration serait, selon lui, le seul domaine non militaire où se pratique une sorte de « secret défense officieux ». Il y en a pourtant d’autres : la fraude sociale et l’éolien industriel.

Les limites de ce diagnostic qui se veut pourtant audacieux

Pourtant ce diagnostic semble incomplet et est rendu public bien après ceux des nombreux auteurs qui ont lancé l’alerte depuis parfois des décennies. Aucune discussion n’est lancée sur le thème du « Grand remplacement » de Renaud Camus. Notre chute démographique n’est guère abordée, ni l’émigration définitive annuelle d’environ 100 000 Français, jeunes pour la plupart.

La guerre mondiale que l’Islam a déclarée à l’Occident et la stratégie islamiste, telles que les présente un auteur comme Del Valle, ne sont pas vraiment traitées et dénoncées. Il est vite passé sur la perversion de l’asile (Eric Ciotti) et sur la substitution de la préférence étrangère à la préférence nationale qu’a vitupérée Malika Sorel-Sutter. Enfin cette intervention n’a qu’une portée réduite par rapport à la présentation de la catastrophe démocratique, administrative, sanitaire, scolaire, familiale qu’a dénoncée J.-Y. Le Gallou dans son livre Immigration, la catastrophe. Que faire ?

L’option choisie par Pierre Brochand

Pierre Brochand nie que l’immigration soit un phénomène incontournable dont il faudrait s’accommoder. Il soutient qu’il faut impérativement changer de cap, car le processus actuel peut très mal finir. Applaudissons. Il a aussi le mérite d’évoquer la validation d’un dispositif constitutionnel et législatif, par un référendum, pour rendre sa légitimité à la souveraineté populaire face aux instances non politiques qui ont usurpé la gestion de nos frontières : par exemple le Conseil d’État, la CEDH, etc.

Il avance 31 propositions dont il convient de citer les plus marquantes : en terminer avec les régularisations, restreindre les pompes aspirantes, notamment pour les clandestins, contenir le regroupement familial, contrer les débordements sociaux et religieux de l’islam, rétablir l’enseignement chronologique de notre l’Histoire, réformer l’accès à la nationalité par le droit du sol, restreindre les doubles nationalités.

L’échec comme horizon ?

Ces propositions apparaissent comme fournies et très intéressantes mais, en réalité, ne sont guère innovantes et pour certaines ne constituent que des demi-mesures. La plupart ont déjà été exposées, documentées et plaidées par de nombreux auteurs comme R. Camus, des associations comme Génération identitaire et des partis politiques.

On peut faire exception pour certaines propositions comme la question de la double nationalité et celle du non renouvellement automatique des 4 millions de titres de séjour. D’autres ont été citées mais mériteraient d’être approfondies et durcies comme celles sur le regroupement familial ou le droit du sol. Pierre Brochand évoque bien la dénonciation des textes européens mais en dernier recours. Or c’est une question incontournable à traiter en priorité.

Et puis il y a cette phrase qui résume un état d’esprit : « Je dis bien restreindre [les flux], car je suis le premier à reconnaître, ne serait-ce que pour le salut de mon âme, qu’une immigration réduite et strictement contrôlée est non seulement inévitable, mais positive pour un pays comme le nôtre ». Cet état d’esprit se reflète dans les propos de scepticisme et de résignation qu’il tient sur les possibilités réelles de mise en œuvre de son option.

La non-dénonciation de l’oligarchie dirigeante et de ses responsabilités dans ce désastre

Il arrive à Pierre Brochand de critiquer, assez brièvement, les acteurs de l’ensemble de cette non-politique d’immigration, notamment quand il souligne que la vaste opération de manipulation est conçue et menée par un « consortium » qui n’a pas de comptes à rendre au suffrage universel. C’est vrai et c’est très grave. Mais sa critique n’est pas nominative et ne va guère plus loin. S’il dénonce les effets il oublie la cause première : les responsabilités de l’oligarchie dirigeante. Au premier chef il s’agit de l’oligarchie mondiale, celle du Bilderberg, de Goldman Sachs et des GAFA dont les relais sont l’ONU, mère du Pacte de Marrakech, et Bruxelles.

C’est surtout la classe dirigeante française que certains désignent comme l’État profond français dont le golem est l’actuel président, qui aurait dû être stigmatisée par l’orateur : politiciens en proie à toutes les formes de corruption, énarchie a-nationale, inspecteurs des finances et conseillers d’État mondialistes, gouvernement des juges, médias de grand chemin propriétés de milliardaires, groupes de pression divers, ONG et associations gauchistes et immigrationnistes.

Nous sommes face à une œuvre de trahison du peuple français.

Cette superstructure a entrepris une œuvre de substitution de population en France en déconstruisant notre société, en détruisant notre démographie, mais surtout en bâtissant le cadre juridique et les conditions matérielles d’une large ouverture aux autres peuples. Elle abaisse les obstacles et, bien aidée par les juges du syndicat de la magistrature, lutte avec férocité contre les opposants.

Il ne s’agit plus depuis longtemps de faiblesse politique, de laxisme ou de lâcheté de nos gouvernants ni même de soumission et de dhimmitude. En réalité, il existe un objectif et une entreprise à long terme de destruction de notre civilisation occidentale et chrétienne par ce qui n’a plus rien à voir avec l’immigration mais relève d’une invasion migratoire historique comme celles de l’Antiquité à la fin de l’ère romaine. Nous sommes face à une œuvre de trahison par cette oligarchie du peuple français et des peuples européens que Pierre Brochand s’est gardé de dénoncer avec la hauteur et la force que cet enjeu vital pour notre existence et nos vies aurait exigées.

Un membre de cette classe dirigeante

Pierre Brochand est lui-même un membre de cette classe dirigeante. Il a notamment dirigé la DGSE de 2002 à 2008, soit plus de six ans. Il connaît à fond la problématique de l’immigration depuis longtemps. Et c’est dix ans après, à près de 80 ans, qu’il fait un état « au vitriol » de l’immigration alors que la situation est devenue tragique !

À la fin de son intervention il constate avec tristesse le changement humain et sociétal du cadre de son enfance. Mais dénonce-t-il avec la vigueur nécessaire les souffrances quotidiennes d’une très grande partie de la population française, ses compatriotes, victimes d’agressions de toute nature et de ce qu’Obertone a annoncé comme une véritable guérilla urbaine, prélude d’une guerre ethnique ?

Dans son exposé, Pierre Brochand se demande s’il serait le seul à réprouver le « secret défense officieux ». Mais sa présentation ne dépasse pas et arrive bien après les ouvrages et les propositions de solution de très nombreux auteurs ou sites lanceurs d’alerte qu’il ne prend pas la peine de citer et qu’il contribue ainsi à ostraciser : R. Camus, J.-Y Le Gallou, M. Tandonnet, Del Valle, Le Pen et tant d’autres. Les connaît-il seulement ?

Pierre Brochand parle d’un examen de conscience. À notre avis, il n’est pas achevé. En fait, son diagnostic et ses solutions, qui concernent seulement l’étape dépassée depuis plusieurs années d’une immigration excessive, seraient impuissants à juguler le désastre démographique et civilisationnel de ce raz de marée d’allogènes sans un bouleversement de la volonté politique. Qu’il fasse un pas de plus et se mette en première ligne de cette volonté : son historique personnel lui en confère la légitimité.

Il faut rendre hommage à la lucidité partielle et au courage de Pierre Brochand d’avoir présenté un constat aussi riche et argumenté devant un public dont on peut se demander s’il a été très réceptif au vu de la conclusion très froide de Chevènement, l’homme des 100.000 régularisations de 1997.

Cependant, s’il en a bien présenté les effets, il n’a pas dénoncé la cause première de cette situation désastreuse, due à cette oligarchie dirigeante qui a gouverné la France depuis 40 ans, et dont il fait lui-même partie. Il est souhaitable pour nous, modestes Français, angoissés par cet avenir que nous sentons funeste, que Pierre Brochand et d’autres représentants de cette classe dirigeante fassent leur propre examen de conscience.

 

Illustration : Le 30 mai, des milliers de manifestants défilent à Paris en faveur des sans-papiers, présentés une fois de plus comme des victimes à qui il faut accorder tous les droits.

 

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Auteur de l'article : André Posokhow

Publication de l'article : 11 juin 2020