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Le nouveau diktat de Pékin sur Hong Kong

Sous les yeux d’un occident paralysé – ou lâche –, la république communiste chinoise “normalise” Hong Kong, insupportable oasis de liberté.

Que va commémorer la jeunesse de Hong Kong en ce 1er juillet ? Le piège d’une rétrocession de la Grande-Bretagne à la Chine enclenchée le 1er juillet 1997, alors qu’elle n’était pas née ?

Un accord qui était la suite d’une Déclaration conjointe signée par les deux parties en 1984 et qui prévoyait un rattachement de Hong Kong à la Chine en 2047, avec certains aspects juridiques laissés volontairement dans le flou, pour des raisons diamétralement opposées.

Aujourd’hui, c’est un tempo qui est imposé unilatéralement par le président chinois et les Occidentaux assistent, médusés, à une forme d’Anschluss. À la faveur du coronavirus, qui a empêché les manifestations de rue, et de la guerre commerciale avec les Etats-Unis, qui a exacerbé le sentiment patriotique chinois, le président Xi Jinping entend laver l’affront d’un an de manifestations non matées et faire rendre gorge aux hérauts de la liberté.

Le 28 mai, à Pékin, l’Assemblée dite « nationale populaire », émanation du tout-puissant parti communiste chinois, a adopté à la quasi-unanimité un projet de « loi de sécurité nationale » qui n’est autre qu’un diktat, sautant sans vergogne au-dessus de la Loi fondamentale de Hong Kong. Les modalités d’application d’une telle loi qui, à l’heure où nous publions cet article, n’est pas encore votée, font craindre le pire aux juristes, aux députés et aux chefs de file du mouvement pro-démocrate de Hong Kong car elle vise la subversion, le terrorisme, le sécessionnisme, l’interférence de l’étranger : ce qui, en langage communiste, revient à réprimer tout opposant au régime en l’accusant de collusion.

Le 20 juin, l’Assemblée pékinoise a annoncé la création d’un bureau de « sécurité nationale » qui serait présidé par Carrie Lam, celle, précisément, qui est honnie par les démocrates hongkongais : n°1 du gouvernement, elle a joué le pourrissement de la situation et laissé la violence se diffuser pour mieux ostraciser les « ennemis du peuple ». Nommée en 2017 sur une liste de trois candidats de Pékin, elle a cautionné à leurs yeux la perte d’autonomie de Hong Kong au lieu de défendre la liberté de l’Éxécutif. Le système législatif de Hong Kong sera aussi « coiffé » par la nouvelle « Loi » qui s’imposera aux juristes en cas de conflit

L’arsenal législatif avait déjà fait l’objet de nombreuses joutes à Hong Kong ces derniers mois, les députés pro-démocratie ayant barré la route à l’adoption de plusieurs projets du gouvernement.

L’armée était aussi intervenue en novembre contre les manifestants, en renfort de la police locale, au mépris des lois de Hong Kong. S’y ajoutent l’intimidation croissante des Hongkongais par une propagande active ou des pressions sur des réseaux comme YouTube, qui a fermé des milliers de comptes d’activistes pro-démocrates.

Révision patriotique de l’enseignement .

En cette fin d’une année scolaire réduite du fait de la pandémie, une pression nouvelle s’exerce sur les directeurs d’universités, dont huit ont déjà fait amende honorable en approuvant la « loi de sécurité nationale », faisant craindre une censure prochaine des chercheurs, des universitaires et des étudiants. « En tant que résidents de Hong Kong, écrivent ces directeurs, nous jouissons de la protection de l’État et en retour nous avons l’obligation de protéger l’État en soutenant la nouvelle législation… » D’autres universités sont dans le collimateur.

La révision de l’histoire par les apparatchiks est déjà en marche. Lors des examens clôturant leur dernière année de lycée, ceux qui ont choisi l’histoire cette année devaient faire une dissertation sur l’invasion de la Chine par le Japon, or la question a été jugée « inappropriée » par le Bureau de l’Éducation.

L’histoire étant une matière académique très compétitive dans les universités anglo-saxonnes, la crainte de ces lycéens est d’être rapidement jugés inaptes à être admis dans les cursus étrangers d’enseignement supérieur.

Même crainte chez les étudiants en sciences qui s’interrogent, par exemple, sur la liberté avec laquelle ils pourront faire des recherches et produire des textes sur le coronavirus ou sur leur futur accès aux bases de données scientifiques, notamment américaines ?

Depuis un an, les programmes universitaires de jeunes étrangers à Hong-Kong sont à l’arrêt, et les frontières sont fermées aux étrangers depuis la fin du semestre de printemps.

Une autre menace plane sur les directeurs des lycées et collèges cette fois, avec une circulaire du ministre hongkongais de l’Éducation, Kevin Yeung, publiée le 10 juin : « il est interdit aux élèves de participer au boycott des cours, de prendre part à des activités comme crier des slogans, former des chaînes humaines, rédiger des mots d’ordre ou chanter des chants qui contiennent des messages politiques à l’école. Ces actions briseraient l’harmonie scolaire et mettraient en péril l’acquisition des connaissances ». (cité par Dorian Malovic dans La Croix du 11 juin).

L’angoisse des jeunes et de leurs parents porte sur l’avenir de leurs études et de leurs métiers . Ce grand-père qui se présente comme un ami du patron d’Apple Daily (le principal journal d’opposition) s’est fait enregistrer en vidéo sur YouTube dans une adresse au président américain : il y exprime son admiration pour ces « kids » et sa tristesse que tous ces jeunes n’auront jamais la possibilité de finir leurs études ni d’avoir un métier décent dans la péninsule.

Répression de toute forme d’opposition publique.

Depuis un an et la première manifestation de près d’un million de personnes sur 7,5 millions d’habitants, en date du 9 juin 2019, suivie d’une autre qui en réunira plus de 2 millions, une semaine plus tard, 9.000 jeunes ont été arrêtés, les plus petits étant des écoliers d’une dizaine d’années. Les photos sont publiées sur Twitter, montrant l’alignement des jeunes en tee-shirt et shorts assis en tailleur contre un mur, encadrés par des policiers cuirassés des pieds à la tête…

Ceux qui sont encore sous les verrous attendent un procès qui pourrait leur valoir jusqu’à dix ans de prison pour participation à des « émeutes ». Une qualification que les manifestants, semaine après semaine jusqu’à l’apparition du coronavirus, ont demandé en vain d’annuler, levant leur main grande ouverte pour signifier leurs 5 revendications.

Frustrés de n’être pas entendus par leur gouvernement, ils n’avaient réussi jusqu’ici qu’à faire retirer le projet de loi d’Extradition (de tout résident de Hong Kong ayant affaire à la justice qui aurait été extradé sur le continent). Puis ils ont été bloqués par les interdictions de se regrouper à plus de 8 personnes avec l’épidémie ; aujourd’hui ils sont encore limités à 50 personnes, ce qui équivaut à interdire toute manifestation d’ampleur. Et voilà que Pékin, par la voie du redoutable Bureau de Liaison de Hong Kong, leur assène une loi scélérate.

Les jeunes opposants doivent aussi compter avec une part non négligeable de la population qui reste acquise au pouvoir établi. Ne serait-ce que parce que le sentiment patriotique chinois est fort. Les « bleus » (couleur de la police) défendent bruyamment le gouvernement contre les « jaunes », couleur de l’opposition.

Une police secrète est déjà à l’œuvre – même si paradoxalement les jeunes disent ne pas s’en inquiéter plus que d’habitude –, c’est une des annonces qui avait été faite en mai que ce recours à une police d’État, au-dessus de celle de Hong Kong.

Las, les jeunes se donnent le mot : ils se réunissent tous les 21 de chaque mois pour faire mémoire de ce qui s’est passé le 21 juillet 2019 à Yuen Long. Dans cette station de métro des Nouveaux territoires (assez excentrés par rapport à l’île de Hong Kong proprement dite, et dont les frontières jouxtent celles du continent), des membres de la mafia en tee-shirt blanc avaient frappé à coups de bâton tous ceux qui leur tombaient sous la main. Des civils qui ne demandaient rien à personne. Aucune enquête n’a été menée depuis contre ces bandes criminelles. Les gens de Hong Kong, eux, en ont été traumatisés. Contournant l’interdit de rassemblement extérieur, ils forment des petits groupes à tous les étages d’un centre commercial situé à proximité. Un théâtre improvisé où ils entonnent paisiblement mais avec conviction leur hymne « Glory to Hong Kong ».

Les policiers sont là eux aussi, et ils essaient de discréditer les chanteurs aux yeux des commerçants : « c’est à cause d’eux, leur disent-ils, que vous devez baisser le rideau, ils nuisent à votre commerce ». « Si les magasins ferment, rétorquent les jeunes, c’est parce qu’ils ont peur de la police et des dégâts qu’elle fait ».

Tout cela dans une relative indifférence des pays occidentaux. Même si un communiqué du G7 du 17 juin , sous la houlette des États-Unis et de la Grande-Bretagne, a marqué une ferme opposition à la loi en préparation à Pékin.

Les jeunes Hongkongais, eux, sont toujours sur le qui-vive, et toujours hyper-connectés sur internet, appliquant cette fameuse tactique enseignée par Bruce Lee dans un film des années 60 : « Be Water »… il n’y a pas une interpellation policière qui ne soit enregistrée sous plusieurs angles à la fois et retransmise immédiatement. Les appels au ralliement passent aussi par ces canaux. Mais la police s’est adaptée à leur tactique et est, elle aussi, de plus en plus réactive.

Le téléphone mobile reste leur arme, avec sa petite lumière qui leur sert de bougie électronique lorsqu’ils bravent les interdictions pour commémorer, par exemple, le massacre de Tian an Men le 4 juin dernier : ils ont été des milliers à se regrouper en gardant leurs distances sur Victoria Park.

L’optimisme reste le seul apanage de la jeunesse qui a été éduquée à l’anglaise et qui pourrait bien être tentée de s’exiler de Hong Kong soit au Royaume-Uni soit à Taiwan, les deux pays qui lui ont ouvert les bras les premiers.

Le mot de la fin lui appartiendra t-elle ou la politique agressive de Xi Jinping donnera t-elle raison aux plus âgés qui confient leur amertume, toujours dans l’anonymat – ce qui est un signe en soi : « la situation est plus pourrie que ce qu’on pensait, l’argent part, on se croirait à Shangai en 1949 » ?

Ci-dessus : Calendrier d’Apple Daily, le principal journal d’opposition,qui est privé depuis pusieurs années de l’essentiel de ses recettes publicitaires, avec les date-clés des manifestations historiques. Dans ce centre commercial,les gens disposent des origami (pliages en papier)pour écrire « free Hong Kong », au double sens de Hong Kong libre ou libérez Hong Kong.

Ci-dessous : au plus fort des manifestations, le « Gouvernement de la Région Administrative Spéciale de Hong Kong de la République Populaire de Chine », tout un programme… s’est offert une page de publicité dans le plus pur style de la propagande communiste chinoise dans le journal Le Monde (12 septembre 2019).

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Auteur de l'article : Blandine Delplanque

Publication de l'article : 22 juin 2020