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Le Brésil est une nation

Brésil. Il y a plusieurs angles pour considérer l’élection récente et triomphale de Jair Bolsonaro à la présidence du Brésil, nous en retiendrons deux : vue du Brésil et vue d’ailleurs.

Ce grand voisin, celui avec lequel nous avons la plus longue frontière, sur la Guyane, mesure 16 fois la France et pèse 210 millions d’habitants ; 50% sont d’origine européenne plutôt latine, 40% sont des métis qui témoignent du brassage entre colonisateurs et colonisés, 8% sont descendants d’esclaves africains, 2% sont des indiens autochtones. Un culture chrétienne, initialement catholique, unit ce peuple multiracial. Après 20 ans au pouvoir, les militaires, soutenus comme au Chili et en Argentine par les USA pour contrer les communistes, avaient cédé la place aux civils en 1985. La gauche au pouvoir depuis plus de 10 ans laisse maintenant un pays exsangue avec une criminalité en croissance exponentielle et une corruption qui ne l’est pas moins, l’exemple venant d’en haut : le président Lula, en prison pour corruption et blanchiment d’argent, a été relevé par la présidente Rousseff, destituée, elle, pour fraude et maquillage des déficits publics ; la cause du peuple a bon dos. Le spectre du chaos installé au Venezuela par une dictature de gauche aura fait réfléchir les électeurs brésiliens qui ont donc mis fin à l’expérience.

France et Brésil

Nos relations militaires avec ce pays « voisin » qui a utilisé trente ans des avions Mirage III sont anciennes. En 2007, Sarkozy y avait maladroitement promu le Rafale qui ne correspondait ni aux besoins ni aux ressources des Brésiliens. Il leur offrait une mise en bouche avec 12 vieux Mirage 2000 d’occasion dont nos aviateurs ne voulaient plus ; le président Lula les imposa à son armée de l’air qui, n’en voulant pas plus, s’en débarrassait 6 ans plus tard. Entre temps Lula choisissait des avions SAAB suédois avant d’aller en prison. Son successeur, la présidente Rousseff, en commandait 36 pour 4,7 milliards d’euros, à crédit.

Mais la France exporte au Brésil des hélicoptères et y construit quatre sous-marins Scorpène de 2000 tonnes à propulsion classique. Il s’agit d’un contrat stratégique de 6,7 milliards signé en 2009 avec la société française Naval Group. Le Brésil, dont les réserves pétrolières sont à 90 % en mer, entend assurer sa souveraineté maritime. Le contrat prévoit ensuite l’assistance des Français pour le développement d’un sous-marin d’attaque à propulsion nucléaire de 6000 tonnes, du lourd et sur le long terme !

Bolsonaro n’a pas peur d’afficher ses convictions

Le Brésil est donc plus qu’un voisin, c’est un partenaire important et la victoire de Bolsonaro, qui exaspère à Paris la clique politique et médiatique au pouvoir, devrait nous rassurer : conservateur de droite au franc parler, il veut éradiquer la corruption et le banditisme. D’origine catholique mais baptisé récemment dans le Jourdain par les évangélistes, il affiche sa foi en Dieu et soutient la famille traditionnelle, d’un peu loin certes : comme Sarkozy et Hollande, il en est à sa troisième femme. Il est contre l’avortement ; il veut protéger la jeunesse contre la théorie du genre, la propagande homosexuelle et l’extrême gauche qui infecte les universités brésiliennes. Il veut armer les honnêtes gens pour leur légitime défense. Il entend exploiter la forêt tropicale selon l’intérêt national, ce qui ne signifie pas qu’il va la détruire, et ose envisager la sortie des accord de Paris sur le climat au point que Greenpeace en déchire ses vêtements. Il préfère les relations bilatérales au multilatéralisme idéologique. La bourse brésilienne salue son élection misant sur un redressement économique. Enfin son tropisme religieux et le soutien des églises évangéliques le conduisent, pour les motifs eschatologiques qu’on sait, à déplacer son ambassade de Tel Aviv à Jérusalem. Bref c’est un Trump tropical, comme il le dit lui même. On lui souhaite la même réussite.

De fait, avec 328 millions d’habitants aux USA et 209 au Brésil, plus de la moitié du continent (1 milliard d’habitants) a rejeté le mondialisme socialo-libertaire et sa corruption endémique.

Avec le Chili, la Colombie, le Guatemala, le Honduras, le Panama, le Paraguay et le Pérou qui ont résolument choisi des gouvernements nationalistes, conservateurs, voire officiellement catholiques, c’est deux tiers du continent américain qui est entré en rébellion contre la ploutocratie apatride. Il n’en reste plus qu’un tiers dirigé par la gauche et l’extrême gauche : Salvador, Bolivie, Cuba, Mexique, Nicaragua, Vénézuéla, Costa-Rica, Uruguay, Équateur et … Canada avec son premier ministre extrémiste Trudeau, fanatique de l’homosexualité, de l’immigration et de l’avortement sans limites ; mais le Quebec catholique et français fait marche arrière.

Sergio Moro, le juge anti-corruption, a accepté de devenir le ministre de la Justice du prochain gouvernement Bolsonaro : c’est tout dire !

Sortir le Brésil de l’impasse !

Vu d’ailleurs, sous un tout autre angle qui est celui de l’Europe institutionnelle et de ses séides, l’élection de Bolsonaro donne des vapeurs à nos élites européennes. Ce conservateur souverainiste et libéral au programme encore un peu flou est taxé de tous les maux par la presse d’argent et ses deux mamelles parisiennes, Le Figaro et Le Monde. Au mieux « capitaine de réserve », donc un « plouc » pour nos journalistes, au pire « militaire de réserve réactionnaire et belliqueux », « sulfureux », « populiste » évidemment, « nostalgique de la dictature […] qui a torturé des milliers de personnes dans les années 70 » (sic). Chez Macron l’événement est une « tragédie électorale » ; au Figaro on écrit sans rire : « la peur du rouge a précédé celle du brun ». Bref, Il est « d’extrême droite » et le mot tourne en boucle dans les médias comme l’incantation rituelle d’un sacrificateur inca.

De fait, Bolsonaro a été poignardé pendant la campagne électorale. On imagine les milliers de bougies sur la place de la République si Macron ou Obama avaient été seulement entartés. Mais, pour Paris et Bruxelles, c’est bien fait pour lui ! Raciste : il rappelle que les premiers esclavagistes sont les noirs qui vendaient leurs pairs aux négriers européens. Machiste : à une députée qui l’accuse de viol il rétorque qu’elle est trop moche et ne risque rien. Homophobe : il préfère voir son fils mort dans un accident de voiture qu’homosexuel.

Mais les Brésiliens, quels que soient leur race, leur sexe ou leurs affections, voient les choses autrement qu’à Paris, telles qu’elles sont tout simplement. Le problème pour la « démocratie religieuse » c’est que le réel est fasciste, et le peuple populiste ! Là contre, Voltaire voulait réserver le vote aux riches et la révolution française l’avait suivi avec le suffrage censitaire.

Mais l’élection au suffrage universel de Bolsonaro ne serait-elle que le symptôme d’une pandémie plus générale paradoxalement favorisée par la mondialisation et la libre circulation des idées ?

Nous livrons au lecteur ces lamentations pathétiques, à lire avec gourmandise, jubilation et sans modération. Elles illustrent parfaitement le désarroi de la soft-dictature orwelienne qui veut déraciner les peuples, effacer leurs cultures, détruire les nations pour les dissoudre dans une sinistre république universelle et babélienne, le « système », adorant le veau d’or et craignant non pas Dieu mais le réchauffement climatique.

Le lamento international

« Qu’on les appelle extrême droite, populismes, démocratures, courants illibéraux ou antisystème, les mouvements de la droite radicale se répandent comme une traînée de poudre dans le monde occidental. Sur le continent nord-américain, cette nouvelle énergie politique a porté Donald Trump au pouvoir et planté ses semences au Canada. En Asie, elle a propulsé Rodrigo Duterte à la tête des Philippines.

« Comme un ouragan, elle souffle désormais sur tout le continent européen. La Pologne, la Hongrie, l’Italie et la Grande-Bretagne ont été emportées. L’Autriche, la Slovaquie, le Danemark, la Norvège, les Pays-Bas ont été sérieusement touchés. L’Allemagne et la France sont contaminés. Même les pays riches, et ceux qui ont plutôt bien réussi dans l’intégration et la protection sociale, baissent les armes. Comme des dominos, les démocraties cèdent du terrain aux forces dites populistes. Le Brésil n’est que la dernière d’entre elles à les rejoindre.

Considérée par La République en marche comme “une tragédie électorale”, l’élection de Bolsonaro confirme que la démocratie vit sa plus grave crise depuis les années 1930. Incapables de relever les défis de la société et d’en soigner ses maux, n’ayant pas su se réformer à temps, les démocraties ont laissé le feu se propager. Si elles veulent pouvoir inverser la tendance, il leur faudra imaginer un nouveau modèle […] Faute de quoi, d’autres démocraties rejoindront le camp des antisystème. »

C’est signé Isabelle Lasserre du Figaro que nous remercions de cette précieuse contribution, plaisante conclusion et bouffée d’espérance.

Lui fut vraiment frappé à coups de couteau.

 

 

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Auteur de l'article : Mathieu Épinay

Collectif de spécialistes des questions de Défense