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États-Unis, retour vers le futur

Il existe dans les rangs Républicains un courant de pensée monarchiste hérité d'une tradition qui remonte aux origines de l'histoire des États-Unis.

«Nos pères fondateurs, malgré ce que beaucoup de gens pensent, ont créé un gouvernement monarchique et non un gouvernement de type parlementaire. Des individus comme Alexander Hamilton, John Adams, John Jay, George Washington, James Wilson et d’autres ont travaillé pour créer un gouvernement qui permettrait l’unité entre tous les États. Ils ont créé une monarchie limitée, en s’assurant qu’aucune branche du gouvernement ne détiendrait la suprématie et ne deviendrait tyrannique. Nous voulons qu’un empereur héréditaire remplace la présidence actuelle, en conservant tous les pouvoirs conférés ou implicites présents dans la constitution ». Longue chevelure blonde tombant à peine sur ses épaules et yeux bleus perçants, Austin Pomper est le fondateur de l’United Monarchist Party of America. Dans un pays qui a longtemps combattu l’oppression britannique, l’idée de voir un monarque à la tête de cette république fédérale peut paraître utopique. Réduit au rang de folklorisme, le monarchisme américain a connu plusieurs existences au cours de l’histoire des États-Unis. Les turpitudes liées à la présidence de Donald Trump viennent pourtant d’insuffler un vent nouveau à ce royalisme d’outre-Atlantique qui entend s’imposer comme une alternative dans une société radicalement fracturée.

C’est le dernier né des mouvements monarchistes américains. L’United Monarchist Party of America (UMPA) revendique déjà plusieurs centaines de membres dans tout le pays, actifs sur les réseaux sociaux. À sa tête, Austin Pomper, qui est fermement convaincu que le système démocratique actuel est à bout de souffle, que seule une monarchie peut recréer l’esprit d’union cher aux pères fondateurs des États-Unis et empêcher une nouvelle sécession entre le Sud et le Nord. Lorsque les 13 colonies britanniques d’Amérique du Nord décident de réunir leurs destins sous une seule main, le 4 juillet 1776, c’est le républicanisme inspiré des idées philosophiques de Montesquieu, de Rousseau ou de John Locke qui est le système idéologique dominant dans les colonies. Centre des Lumières outre-Atlantique, la ville de Philadelphie va insuffler l’émergence d’une identité américaine aux insurgés qui désormais rejettent l’hégémonisme commercial et régalien de la monarchie hanovrienne de Georges III. Pourtant, à la veille de la révolution américaine, tous n’adhèrent pas à ce concept et certains cherchent à couronner la jeune nation en devenir. Une délégation parcourt les chemins d’Europe à la recherche d’un souverain et leur choix se porte sur Bonnie Prince Charlie, Charles Édouard Stuart : le prétendant jacobite les éconduit poliment. Leader du parti fédéraliste, Alexander Hamilton envoie un courrier au prince Henri de Prusse mais le goût prononcé pour les hommes du Hohenzollern, en dépit de ses talents militaires incontestables, ne permet pas l’instauration d’une monarchie héréditaire. Les partisans d’une monarchie jettent alors leurs derniers espoirs et leur dévolu sur George Washington lui-même. Riche planteur, ce général a été un des héros de la guerre d’indépendance, il est loin de s’opposer à cette proposition, la deuxième du genre qui lui est faite, mais il finit par refuser en dépit de titres aussi exotiques que farfelus qu’on lui soumet tels que « Sa Majesté élue », « Sa Splendeur » ou encore « Son Altesse le Président des États-Unis d’Amérique et le protecteur de leurs libertés ».

La monarchie, remède pour une société américaine fracturée

Austin Pomper regarde l’histoire de la France monarchique avec fascination. Comme tous les étrangers qui se passionnent pour le conflit dynastique, il a ses propres points de vue. Pour lui, la couronne passe par la branche des Orléans incarnée par le comte de Paris. « La monarchie n’est pas une relique du passé. C’est très naturellement que j’ai porté mon regard vers elle. C’est la forme d’organisation politique la plus logique selon moi. C’est le meilleur exemple de démocratie directe ou de démocratie représentative. Thomas d’Aquin et Aristote ont enseigné que le meilleur gouvernement est celui qui combine la monarchie, l’aristocratie et la démocratie, le système des trois vertus ». Dans les années 1970, en pleine présidence Nixon, un mouvement monarchiste américain avait surgi, la Constantian Society, cultivant la nostalgie de l’Ancien régime tombé en 1789. Il meurt avec son fondateur à l’aube du XXIe siècle, remplacé par un Royalist Party qui connaît un succès tout aussi mitigé. Présidence impériale, création d’un Sénat où siégeraient les membres de la maison royale, monarchie héréditaire avec primogéniture masculine, augmentation du nombre de représentants au Congrès et au Sénat, les propositions ne manquent pas. Un sondage est même en ligne sur leur site officiel aux couleurs du drapeau américain afin de savoir si les curieux de passage adhèrent à leur programme. « Les gens parlent du gouvernement central comme d’un gouvernement tyrannique, détenteur de trop de pouvoirs concentrés à Washington, et qui doit tomber » rappelle Austin Pomper qui renvoie ses compatriotes à leurs livres d’histoire. « Nous n’avons jamais demandé la chute du roi George III, nous lui avons adressé une supplique qu’il a ignorée. Nous n’avons pas eu d’autres choix que de prendre notre indépendance ». Mais à la question de savoir quel prince ceindrait une couronne, les monarchistes américains demeurent très indécis.

« Nous sommes maintenant à la croisée des chemins dans notre pays. Ce dont nous avons besoin, c’est de mettre fin à ces combats constants, ces besoins de suprématie et de contrôle. Notre gouvernement national doit être réformé comme ceux des États d’Amérique. Si nous voulons survivre, si nous voulons nous unir, il est indispensable de nous transformer » affirme Austin Pomper. Pour autant, les monarchistes américains sont très divisés. Si l’UMPA a condamné l’attaque du Capitole et pointé du doigt la responsabilité de Donald Trump, il en est d’autres qui soutiennent l’ancien président des États-Unis. L’American Monarchist Society (AMS) entend favoriser « un vrai retour à une politique traditionaliste » et ne cache pas son adhésion aux idées extrêmes du Parti Républicain dont l’attitude durant quatre ans a dérouté plus d’un de leurs élus. « L’Amérique a besoin de se tourner vers des dirigeants puissants qui permettront d’inverser la tendance au sein d’une république qui mine notre société » rappellent les monarchistes de l’AMS qui citent volontiers Monseigneur Lefebvre en guise de référence ou encore l’UKIP britannique. « Une monarchie est fondée sur la nation, respectueuse de son passé, de son peuple et de sa culture » peut-on lire sur son forum de discussion. On évoque les monarchies constitutionnelles, absolues et électives. Cette dernière fait mouche. « Une élection par État afin d’élire démocratiquement un souverain » propose-t-on.

Récemment, un historien, John Meacham, a publiquement accusé le Parti Républicain d’être devenu « un parti monarchiste, considérant Trump comme son roi, qu’il ait raison ou tort ». « Et c’est intéressant parce que dans l’esprit et la philosophie de l’ère fondatrice, c’est précisément ce contre quoi nous nous sommes battus » renchérit-il, raillant ces idéalistes qui pensent renverser utopiquement le système et refaire l’histoire.

 

Illustration : De Bonnie Prince Charlie à Trump, les drapeaux de la discorde ou l’impossible quête de l’homme providentiel.

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Auteur de l'article : Frédéric de Natal

Publication de l'article : 16 février 2021