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Asie du nord-est: quoi de neuf ?

Le 19e congrès du PCC - Politique Magazine

Le correspondant sur place de Politique magazine fait un tour d’horizon de cette région du globe où s’accumulent de multiples risques de tension.

La visite du président Trump en Asie – Japon, Corée, Chine, Vietnam et Philippines – du 4 au 13 novembre a attiré de nouveau l’attention des médias internationaux sur l’Asie, après l’épisode des tirs de missiles nord-coréens de l’été dernier et le duel verbal qui s’en est suivi entre Trump et Kim Jong un.

Quelle est la situation actuelle en Asie du nord-est : Chine, Corée, Japon ? Le voyage en apparence triomphal de Donald Trump qui a multiplié les contrats pour plus de 350 milliards de dollars en Chine, change-t-il la donne en Asie ?

Chine

Le 19e congrès du Parti communiste chinois (PCC) qui a eu lieu à Pékin du 18 au 25 octobre, a vu la consécration du président Xi Jinping, dont le mandat à la tête du parti est renouvelé ; son mandat présidentiel le sera en 2018. Il vient d’entrer dans la charte du Parti, de même que sa pensée et sa doctrine, le plaçant à l’égal de Mao Zedong, fondateur du parti. Au terme de son premier mandat, Xi Jinping, 64 ans, entend incarner le renouveau chinois au XXIe siècle. Il sera l’homme de ce qu’il appelle « la renaissance chinoise », le retour de la Chine à la place qui était naturellement la sienne, l’empire du Milieu, et qu’un siècle d’humiliation – depuis la première guerre de l’Opium jusqu’à la fondation de la République populaire de Chine en 1949 – due à ses propres erreurs, au colonialisme européen et aux agressions du Japon, lui avait fait perdre.

Xi Jinping a promis une « nouvelle ère » au pays et assuré au monde que son pays « allait s’ouvrir encore davantage », promettant un traitement « équitable » aux entreprises étrangères. La Chine n’est plus l’atelier du monde (textile, jouets, chaîne de montage électronique), mais veut figurer à la pointe de la nouvelle économie. Elle veut devenir d’ici deux ou trois décennies la rivale des Occidentaux dans les domaines clés de l’économie du futur. À cette fin, elle forme des centaines de milliers de diplômés scientifiques et de gestion chaque année. Sa récente puissance économique et financière, la Chine la met au service d’un expansionnisme stratégique, dont son projet qualifié de « pharaonique » des « nouvelles routes de la soie » n’est que l’un des aspects. Au travers d’un maillage d’investissements en infrastructures continentales en Eurasie, et aussi bien maritimes, notamment dans l’Océan indien, Pékin étend son influence dans toutes les directions. Son budget militaire est en progression constante. La Chine tente d’accroître son domaine maritime et entre en conflit sur nombre de zones d’extension avec ses voisins, le Vietnam, les Philippines et le Japon.

Sur le plan intérieur il n’est, apparemment, aucun espoir que le régime s’assouplisse: Xi Jinping a intimé à chacun l’ordre d’« en faire davantage pour défendre l’autorité du parti et le système socialiste chinois, et s’opposer résolument à toute parole et action de nature à les saper ».

Xi Jinping mène une guerre idéologique constante contre les pernicieuses « influences occidentales ».

Le PCC assurera plus que jamais un contrôle social serré sur la population en interdisant toute forme de dissidence intellectuelle, politique et artistique. Ainsi il n’est pas question de remettre en cause le contrôle strict des religions qui doivent se « siniser ». La situation des chrétiens en Chine reste particulièrement difficile ; ils subissent un régime de persécutions latentes. Pour les catholiques, il y a la division entre l’Église officielle contrôlée par l’Association patriotique des catholiques chinois et l’Eglise clandestine.

Selon Églises d’Asie, l’agence d’information des Missions étrangères de Paris, des restrictions aux célébrations ont été imposées, en 2014, lors de la fête de Noël, considérée comme une fête occidentale ; entre 1200 et 1700 croix au sommet des églises ont été abattues en 2014-2015 dans la province du Zhejiang ; de plus, certaines églises ont été démolies parce que construites sans permis. Les enfants, dans quatre provinces chinoises, n’ont plus le droit d’entrer dans les églises parce que ce serait une entrave à leur éducation à l’athéisme. Des évêques sont empêchés d’exercer leur ministère : l’évêque de Whenzou est régulièrement soustrait à ses fidèles, l’évêque de Shanghai est en résidence surveillée, un sort partagé par l’évêque de Zhouzhi de 2005 à 2015. Et quant aux négociations sino-vaticanes, le cardinal Zen Ze-Kiun, évêque émérite de Hong-Kong, considère qu’elles sont une pure perte de temps : « C’est dialoguer avec Hérode ! », répète-t-il. Au contraire, le cardinal John Tong, juste avant de prendre sa retraite, cette année, a publié une longue lettre, « Une lettre à ma famille dans le Christ », dans laquelle il insiste sur la nécessité de poursuivre le dialogue avec Pékin.

La persécution n’est pas limitée aux chrétiens, elle concerne aussi les bouddhistes, particulièrement au Tibet, et les musulmans dans les provinces de l’Ouest.

Inutile de préciser que la réception grandiose du président américain ne s’est pas embarrassée de telles considérations. Ce qui comptait, c’était les affaires. Elles se sont effectuées avec le plus large sourire.

On connaît la phrase célèbre de Napoléon : « quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera ». La Chine s’est réveillée et elle va jouer un rôle de plus en plus important dans l’économie mondiale et peser dans les rapports géopolitiques ; cependant il faut quand même remarquer que, dans son histoire multimillénaire, la Chine n’est jamais sortie de ses frontières naturelles et qu’elle a d’immenses défis internes à relever pour maintenir sa stabilité politique et encore plus pour gérer la crise de sa croissance et les conséquences environnementales de son développement économique très rapide. Il y a aussi les cas de Taiwan et de l’intégration de Hong Kong dans le giron central, deux questions où la Chine mise sur le temps pour finalement l’emporter.

Péninsule coréenne

C’est la Corée du Nord qui a fait la une de l’actualité de l’été dernier avec les « tests » nucléaires et balistiques nord-coréens qui menacent directement le territoire américain. Le 3 septembre le sixième essai nucléaire nord-coréen, le plus puissant à ce jour, est venu raviver de manière spectaculaire ces tensions.

Pendant tout l’été, Donald Trump et Kim Jong un se sont livrés à une véritable guerre des mots.

La menace d’une attaque préventive de la Corée du Nord par les États-Unis a été proférée par Trump, ce qui aurait des conséquences dramatiques à cause des représailles de la Corée du Nord sur son voisin du sud.

Certains médias traitent Kim Jong un de fou. Il est certain que c’est un dictateur cynique et cruel : il a fait assassiner plusieurs membres de sa famille et tyrannise son entourage et son peuple. Mais il n’est certainement pas fou. Il ne veut pas subir le même sort que Saddam Hussein ou Khadafi. L’arme nucléaire est son assurance vie. C’est la dissuasion du faible au fort.

La bombe qui a explosé le 3 septembre avait une puissance estimée à 50 kilotonnes, soit cinq fois plus puissante que la précédente. Le régime nord-coréen assure qu’il s’agissait d’une bombe à hydrogène, assez petite pour être montée sur un missile. Il s’agit ici de la dernière étape qui permettrait à la Corée du Nord de devenir une puissance nucléaire pleine et entière. Mais cette assertion reste pour l’heure invérifiable. Il semble que ce n’est plus désormais qu’une affaire de temps ; il est admis que le régime a au moins une maîtrise approximative de ces technologies.

La clé de l’avenir du régime nord-coréen se trouve à Pékin, qui fournit la plus grande partie de l’approvisionnement en nourriture et en pétrole et maintient ainsi le régime à flot, malgré des tensions régulières avec ce petit voisin turbulent.

Pékin ne veut pas d’une réunification de la péninsule coréenne sous l’égide de la Corée du Sud, qui amènerait les troupes américaines à la frontière de la Chine.

La Corée du Sud qui, avec 50 millions d’habitants, a le double de la population de la Corée du Nord, a connu une phase spectaculaire de croissance et d’intégration dans l’économie mondiale moderne. Dans les années 1960, le PIB par habitant était comparable à celui des pays les plus pauvres de l’Afrique et de l’Asie. En 2008, la Corée du Sud est devenue la 13e puissance économique mondiale.

Le régime est passé d’une dictature militaire pendant et après la guerre de Corée à une véritable démocratie à partir des années 90. Park Geun-hye, fille de l’ancien dictateur militaire Park Chung-hee qui dirigea la Corée du Sud entre 1961 et 1979, avait été élue présidente en février 2013, mais, après un scandale de corruption, elle a été destituée en mars 2017 ; et Moon Jae-in est maintenant à la présidence de la République. Avocat de centre gauche, catholique, c’est un modéré qui plaide pour une politique d’apaisement à l’égard de la Corée du Nord et se dit « prêt à s’asseoir avec Kim Jong-un pour discuter du programme nucléaire ». La visite de Trump ne change pas fondamentalement le rapport de forces. Au-delà des moulinets verbaux du président, l’administration américaine parie davantage sur les moyens de pressions économiques.

Japon

Le premier ministre Shinzo Abe vient de gagner les élections législatives anticipées du 22 octobre dernier. Il a bénéficié de la faiblesse de l’opposition parlementaire divisée et en cours de recomposition. Sa rivale Yuriko Koike, gouverneur de Tokyo, n’a pas réussi le lancement de son nouveau parti politique. Shinzo Abe est au pouvoir depuis 2012, ce qui en fait, en comptant son premier passage à ce poste de 2006 à 2007, le troisième chef de gouvernement de l’après-guerre qui a servi le plus de temps. Il a fait modifier les statuts du Parti Liberal Démocrate (PLD) afin de pouvoir éventuellement se présenter à un troisième mandat de président en 2018, alors qu’il existait jusqu’alors une limitation à deux mandats, ce qui lui permettrait théoriquement de rester à la tête de l’exécutif jusqu’en 2021, sachant que les jeux olympiques de Tokyo ont lieu en 2020.

Sa cote de popularité était élevée jusqu’au début 2017, mais elle a baissé significativement à cause de scandales de favoritisme l’impliquant directement ainsi que son épouse et des ministres.

À cela s’ajoutent de vives critiques au sein de la population pour son projet de réforme de la constitution pacifiste de 1947. Nationaliste, devant les nouvelles menaces chinoises et nord-coréenne, il veut réarmer le Japon, en particulier en reconnaissant les Forces japonaises d’autodéfense comme une armée conventionnelle. Il n’a pas hésité à se risquer dans des déclarations qui furent taxées de révisionnistes, voire de négationnistes. Enfin il doit affronter l’impopularité de son projet d’augmenter à nouveau la taxe sur la consommation d’ici à 2019 et l’impression mitigée du bilan de sa politique économique appelée « Abenomics ».

Shinzo Abe a profité néanmoins d’une embellie passagère, due à sa fermeté lors de la crise des missiles et de l’essai nucléaire nord- coréen : il a donc très bien joué en provoquant ces élections anticipées.

L’économie japonaise, la troisième mondiale après les États-Unis et la Chine, se porte bien avec six trimestres d’affilée de croissance, une première depuis les années 2005-2006. Le chômage reste très bas à 2,8%, ce qui provoque des difficultés de recrutement dans certains secteurs, l’immigration restant très sévèrement contrôlée. Le gros problème pour l’avenir du Japon reste le déclin démographique qui s’accélère avec un taux de natalité très bas à 1,3%. La dette publique est une des plus élevées du monde à plus de 200% du PIB, mais c’est une dette à 80% interne japonaise.

Sur le plan des relations internationales, les différents territoriaux avec la Chine, la Corée du Sud et la Russie ne sont toujours pas résolus, à quoi s’ajoutent les menaces de la Corée du Nord. La visite de Trump conforte le gouvernement japonais actuel dans sa volonté de défense.

En conclusion de ce tour d’horizon, avec des particularités très différentes, tous ces pays de l’Asie du Nord-Est, Chine, Corée, Japon savent qu’ils doivent affronter une période difficile. Certes, ils ont beaucoup d’échanges économiques entre eux – la Corée du Nord, essentiellement avec la Chine –, qui permettent d’assurer une certaine stabilité et, jusqu’à présent, de surmonter les crises politiques sur les questions de souveraineté. Mais tout est explosif et la Corée du Nord reste une source de grande tension, qui justifie le maintien d’une forte présence militaire américaine, 72 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale.

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Auteur de l'article : M. Danglard

M. DANGLARD a été dirigeant d’entreprise ; il a passé plus de la moitié de sa carrière en Asie. Il réside depuis de nombreuses années au Japon.

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