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Amérique latine : permanence et révolutions

Analyse. Rapide tour d’Amérique du sud au passé, au présent et au futur. Il est des questions qu’il est interdit de soulever à propos des désordres permanents des pays d’Amérique latine, malgré les travaux remarquables, jamais relayés, d’un Marius André et d’un Jean Dumont, au cours du siècle dernier, hélas, sans successeurs.

Alors que des archéologues péruviens découvrent sur un site précolombien le plus grand charnier d’enfants sacrifiés qu’on ait trouvé au monde, la bataille de l’avortement faisait rage en Argentine. Après le vote de sa légalisation arraché au parlement, la chambre haute l’a bloquée en juillet : 17 heures de débats, des pressions considérables de l’ONU, d’Amnesty international, du New York Times. Les officines de la culture de mort avaient mis le paquet avec les vieux slogans éculés et les statistiques trafiquées, déjà vus chez nous il y a 40 ans, entraînant 9 millions d’avortements. Simone Veil avait avoué que, sans le silence des évêques français, sa loi ne serait pas passée. Et, au fond, le gouvernement attendait cette parole. En Argentine, les évêques ont parlé, avec le soutien appuyé du Pape, au risque des crachats, des caricatures sordides, de la haine du monde. Ils ont suscité une formidable chaîne de prières et mis 6 millions d’Argentins dans les rues. Le pays réel a galvanisé le courage des sénateurs « abolitionnistes ». Est-ce le début d’une reconquête ?

La dictature de gauche ruine le Venezuela. Nicolas Maduro, l’homme qui ne devrait pas être président.

Une autre histoire

1492 : après que la Reconquista espagnole s’achevait par la reprise du dernier royaume islamique d’Andalousie et alors même qu’à l’orient Constantinople tombait sous la coupe turco- musulmane, l’heure de Dieu sonnait sur le Nouveau Monde. Une œuvre d’évangélisation parmi les plus prodigieuses de l’histoire de l’Église commençait en Amérique du Sud et du Centre. L’Europe latine et catholique libérait les Indiens de la barbarie aztèque et inca – un aspect souvent et systématiquement méconnu de ces civilisations, par ailleurs, étonnantes –, abolissait les sacrifices humains et l’infanticide, lançait ses forces vives dans une geste magnifique qui, malgré la sécularisation actuelle, porte encore ses fruits. Elle y consumait sans compter, jusqu’à l’épuisement ou au martyre, une cohorte de prêtres d’élite, jésuites parmi les plus brillants et les plus saints, bâtisseurs, éducateurs, artistes talentueux, organisateurs infatigables. Dans les emblématiques « réductions », véritables citées idéales, ils protégeaient les Indiens des prédateurs et des trafiquants. Comme au nord dans le Québec français. En Amérique du Nord, l’Europe protestante, anglo-saxonne et donneuse de leçons, les exterminait sans vergogne si bien qu’il n’en reste plus, sauf à végéter dans des réserves !

Si toute œuvre humaine comporte des ombres – et il y en eut beaucoup incontestablement –, c’est bien par ses sommets qu’on doit la juger ; en ce sens l’Amérique latine doit beaucoup à l’Espagne, au Portugal et à l’Église. Même si…

Le césarisme démocratique

James Monroe, 5e président des États-Unis, à l’origine de la doctrine du même nom.

En 1808, Napoléon, encore lui, qui avait déjà vendu la Louisiane française en 1803, renversait les Bourbons à Madrid pour y placer son frère Joseph. L’Espagne, ainsi affaiblie allait rapidement perdre ses vice-royautés américaines au profit d’aventuriers qui y établissaient des républiques sans réelle assise constitutionnelle. Un peu plus tard, dans un discours célèbre en 1823, un des premiers présidents des États-Unis, James Monroe, déniait à l’Europe tout droit d’ingérence dans les affaires américaines, s’arrogeant de fait ce droit de regard et de contrôle sur le Sud du continent. Ainsi, s’appuyant sur ce qu’on appellera plus tard la doctrine Monroe, les États-Unis remplaçaient la tutelle – malheureusement insuffisante et pas assez ferme – plutôt bienfaisante de vieilles monarchies catholiques par l’influence sulfureuse des Pères fondateurs illuminés de l’Amérique du Nord.

Un parlementarisme « hors sol » et un régime des partis exacerbé ont alors établi de manière permanente en Amérique latine une instabilité endémique, livrant les États à des prédateurs sans scrupules alors que les vice-rois de jadis, sans être des saints, avaient au moins la crainte du jugement dernier. Marius André appelait cette espèce de va-et-vient anarchique et dictatorial, « le césarisme démocratique » ; « De Démos à César », aurait dit Charles Maurras. Qui pourrait mesurer ce qu’à coûté à tous les pays latins dans le monde de s’être laissés influencer et détourner de leur voie par le prétendu prestige et le réel chantage anglo-saxon ?

En 1920, des maçons fanatiques persécutaient les Cristeros, ces chouans du Mexique. En 1973 un stalinien forcené, coqueluche des soixante-huitards parisiens, faisait tirer sur les mineurs en grève au Chili. Il fut renversé par l’armée. Cette affaire fit l’objet, après les mensonges de Katyn, de la plus virulente entreprise de désinformation gauchiste du siècle. Mais le peuple chilien a tranché : Allende s’était installé avec 36 % des suffrages ; après cinq ans au pouvoir Pinochet était plébiscité sous contrôle international à 78 % ; il le quittait volontairement après quinze ans, un référendum ne lui donnant plus que 43 %.

Dans le sillage de Castro à Cuba, d’Allende au Chili, d’Ortega au Nicaragua, le socialiste Chavez et son dauphin Maduro, réélu au Venezuela faute d’opposition structurée, ont ruiné un pays aux ressources pourtant considérables. Le taux d’homicides pour 100 000 habitants y dépasse 50 (1,6 en France, 5 aux USA). Le peuple désespéré fuit en masse vers le Brésil, le Pérou, l’Équateur ou la Colombie où les malheureux sont accueillis par le nouveau gouvernement conservateur. Ce gouvernement colombien soutenu par l’ancien président Uribe, vainqueur des FARC, est assez sûr de lui pour remettre en cause des accords de paix qui donnaient à ces narco-trafiquants une légitimité politique.

La corruption et l’assassinat

 

Marius André (1868-1927), félibre et chantre de la latinité. Il a tout dit sur l’Amérique latine.

Au Brésil, les chefs d’État se succèdent dans une fausse alternance, tous poursuivis pour corruption. Les élections d’octobre n’y changeront probablement rien. Comme au Mexique, meurtres et enlèvements se multiplient au point que les fabricants de voitures blindées y anticipent une hausse des ventes de 25%. La criminalité dans ces deux pays approche celle du Venezuela et de la Colombie. Profitant habilement du blocage par Trump de l’immigration et des exportations venant du Mexique, la gauche y a repris le pouvoir en juin dernier.

Au Sud, au Chili et en Argentine, le climat est plus sûr ; des difficultés économiques accentuées par la pression d’un fort endettement en devises étrangères et des affaires de corruption ont eu raison des présidentes socialistes Bachelet et Kirchner. La droite est revenue au pouvoir. Ces deux pays avaient échappé de peu à la dictature marxiste dont les Cubains sont toujours prisonniers. L’intervention des militaires en 73 au Chili et en 76 en Argentine avait mis fin aux visées communistes avec l’appui discret des États-Unis qui voyaient mal ces deux pays passer derrière le rideau de fer. Si le Chili a digéré cette période, en Argentine les règlements de comptes médiatiques et judiciaires n’en finissent pas depuis 1982 et la guerre des Malouines qui mit fin au régime. Après des lois d’amnistie votées puis annulées, avec des militaires libérés puis réincarcérés, les derniers procès pour « crime contre l’humanité » se terminaient en 2017. La gauche est mauvaise perdante. Bien sûr, il n’est jamais question des crimes commis par les bandes armées rouges ; il est vrai que les militaires argentins en avaient éliminé une partie. Durement.

Au delà des crises politiques et des guérillas subversives, comme au Pérou, en marge d’un pays légal sans foi ni loi qui capte le pouvoir et l’argent, demeure sur ce continent un pays réel de culture catholique assumée et enracinée. Il a gardé ses vieilles certitudes malgré les exactions des narco-trafiquants, des milices trotskystes et des militaires qui les traquent avec les mêmes méthodes, malgré les sirènes de la démocratie parlementaire et les leurres de la très marxiste théologie de la libération promue par des prélats qui n’ont, en réalité, aucun sens politique.

Les missions jésuites ont semé pour des siècles, Le catholicisme de la Contre-Réforme brille encore au sommet des Andes : il suffit d’aller à Cuzco pour le comprendre. Vienne une vraie libération, et d’abord des esprits. Le sursaut argentin pour l’abolition de l’avortement est un signe. Notre Dame de Guadalupe garde les Amériques.

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Auteur de l'article : Mathieu Épinay

Collectif de spécialistes des questions de Défense