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Trump et le statut de Jérusalem

Jérusalem - Politique Magazine

La décision de Donald Trump d'installer l'ambassade des États-Unis à Jérusalem a suscité un tollé international et d'abord médiatique. Chacun n'a réagi que selon son intérêt, l'enjolivant de noble passion. Erdogan n'en profite-t-il pas pour avancer sa carte ottomane ? Et si la France aussi menait sa politique ?

Peu importent au fond les motivations qu’une presse forcément hostile et des politiques forcément impuissants prêtent à la reconnaissance de Jérusalem comme capitale de l’État hébreu : peut-être M. Trump a-t-il cédé aux instances d’un entourage familial ultra-sioniste ; peut-être a-t-il voulu complaire aux fondamentalistes protestants qui l’ont élu ; peut-être, tout simplement, est-il ce président grotesque et imprévisible que tous ou presque se plaisent à dénoncer. Certains pensent pourtant, à rebours, que sa décision s’inscrit dans une politique proche-orientale des États-Unis qui, tirant volontairement à hue et à dia, contribue à plonger et maintenir toute la région dans un chaos indescriptible depuis quelques dizaines d’années, tactique leur permettant de ménager au mieux leurs intérêts. D’autres enfin font valoir que les instances de l’État d’Israël siègent de facto à Jérusalem (ouest) et qu’y installer une ambassade relève du réalisme le plus élémentaire.

Une accumulation de papiers

Mais qu’importent donc toutes ces hypothèses et approches plus ou moins savantes avancées par nos géopoliticiens patentés. Les plus procéduriers des ennemis de M. Trump pourront bien lui opposer un prétendu « droit international » en se fondant sur plusieurs déclarations de l’ONU : résolution 181 de 1947 stipulant que Jérusalem devrait bénéficier d’un statut sous tutelle internationale ; résolutions 252 de 1968, puis 476 et 478 de 1980 rappelant que Jérusalem devait bénéficier d’un statut spécifique interdisant toute présence d’ambassades. Il est possible aussi de rappeler les accords d’Oslo de 1993 stipulant que Jérusalem serait à terme la capitale de chacun des deux États, hébreu et palestinien. C’est oublier que tous ces bouts de papier ne valent rien sans la première puissance mondiale, principale contributrice au budget des Nations Unies et seule garante des accords d’Oslo. De même est-il vain de rappeler que les pères fondateurs d’Israël, M. Ben Gourion en tête, n’auraient sans doute pas souhaité que Jérusalem fût un jour leur capitale, refus réitéré par M. Rabin en 1995. Vain aussi de prédire qu’on risque d’assister à des mouvements d’humeur de foules islamiques fanatisées ou de subir quelques attentats supplémentaires perpétrés au nom d’Allah : tout cela est devenu banal.

Une politique française ?

À défaut de pouvoir régler un problème sans doute insoluble car lié à la création même de l’État d’Israël, tenons-nous en aux faits et manœuvrons en conséquence. Pour une période indéterminée, la décision de M. Trump pourrait bien ouvrir un boulevard à la diplomatie française. En effet, alors que Russes et Américains ont à l’évidence choisi leur camp, ce qui est tout à fait en accord avec leur stature militaire et internationale, la France doit adopter d’autres façons de faire. Puissance « moyenne » mais puissance tout de même, son atout spécifique dans la région lui vient d’un rôle historique. Rappelons qu’elle continue de posséder ou de « protéger » officiellement, c’est-à-dire avec l’accord des autorités légales israélienne et/ou palestinienne, des dizaines d’établissements culturels et religieux ; rappelons aussi qu’un traité multiséculaire la lie aux populations du Liban – qui lui confère une sorte d’autorité morale que personne ne lui conteste, bien au contraire. Dans cette optique, même si M. Macron a « regretté » la décision de M. Trump (pouvait-il, fallait-il d’ailleurs, faire autrement ?), il a montré par des paroles et des actes qu’il entendait maintenir, voire renforcer, le rôle et l’influence de la France dans l’ensemble de la région : on savait déjà que, concernant la Syrie, et contrairement à ses prédécesseurs, il avait décidé de privilégier le réalisme et non l’idéologie ; on l’a vu récemment inaugurer le « Louvre Abou Dhabi », puis aller vendre armes et avions à Ryad et à Doha, qui sont en froid ; il doit se rendre bientôt à Téhéran, l’épouvantail régional ; il ne se désintéresse pas du Liban, épicentre de la présence française, dans la politique intérieure duquel il vient d’intervenir en « libérant » M. Hariri et en organisant vendredi 8 décembre à Paris une réunion du « groupe international de soutien au Liban ».

Dans ces conditions, Israël, dont il vient de recevoir dimanche 10 décembre le Premier ministre pour lui renouveler notamment sa désapprobation concernant Jérusalem, peut bien rester la chasse gardée des Américains : la déclaration de principe du chef de l’État suffit

Emmanuel Macron et Benyamin Netanyahou

Le 10 décembre Benyamin Netanyahou était reçu à l’Élysée.

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Auteur de l'article : Louis-Joseph Delanglade